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Une fin de vie

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Cruella

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Ma soeur vient d'entrer dans la chambre d'hôpital. Elle a un moment d'hésitation en voyant les tuyaux implantés dans mes bras mais elle continue d'avancer. Je la gratifie d'un faible sourire de remerciement. Elle essaie de sourire elle aussi, je le vois, mais ses yeux se remplissent de larmes. Je n'ai aucune idée de ce qui la rend si triste. Je vais bien, pourtant ! Je sortirais de l'Hôpital dans quelques jours, tout ira bien pour moi. Grande Sur s'est toujours inquiétée pour moi bien plus qu'il ne le fallait. Mais je me sens bien. Je devrais lui dire, pour éviter qu'elle s'inquiète plus. Je ne sens plus rien, comme si tout mon corps était endormi. C'est génial.

Elle s'avance lentement vers moi, une larme roule sur sa joue.

-Bonjour, Petite Sur.

-Bonjour, Grande Sur, je lui réponds. Ma voix me paraît faible, mais c'est parce que je n'ai pas parlé pendant longtemps. Juste le temps passé à l'Hôpital et celui dans la voiture. Je ne sais pas exactement combien ça fait, j'ai perdu la notion du temps.

Elle semble reprendre confiance en elle, s'assoit et me prend la main. Tout ce que je vois dans ses yeux, c'est de la fierté. Une fierté immense, inconditionnelle. Peut-être un peu de tristesse, aussi. Moi aussi, je suis triste de la voir comme ça. On dirait qu'elle n'a pas mangé depuis des jours. Ses joues sont creuses, sa voix est éraillée et ses yeux sont rouges, bordés de cernes aussi grosses que mon petit poing. Je ne sais pas à quoi je ressemble, moi. Il faudrait qu'elle me prenne en photo pour me montrer. J'aimerais bien avoir un petit souvenir de ce séjour à l'Hôpital, quand je serais plus grande.

- Grande Sur, tu veux bien me montrer mon visage ?

Elle ignore ma question, ou alors elle ne l'a pas entendue. J'ai l'impression qu'elle me contemple, qu'elle essaie de graver chaque ligne de mon visage dans sa mémoire, sans doute pour se remémorer plus tard ce que cela fait de me voir mourir. Elle ne doit pas être au courant. Après tout, j'étais la deuxième au courant. Les Vieux avaient l'air si heureux quand ils me l'ont annoncé ! Ils gardent sans doute cette nouvelle pour lui faire une surprise. Je me laisse sombrer dans mes pensées, ma main dans la sienne, comme toujours quand je suis malade. je ne sais pas combien de temps nous restons ainsi, mais une voix m'arrache enfin à mes pensées.

-Tu veux un bonbon, Petite Sur ? J'en ai fait passer en douce pour toi.

Je souris quand elle me montre le Schtroumf en riant à moitié. Elle sait ce que j'aime.

-Oh, oui, Grande Sur ! Ils m'en ont privée pendant des siècles !

-Calme toi, cela ne fait que deux semaines à peine que tu n'en as pas mangé. Cela dit, ça doit faire beaucoup pour toi !

J'acquisse et tire la langue pour qu'elle me le mette dans la bouche. Mona ma Grande Sur, c'est comme une mère pour moi. Elle me nourrirait à la petite cuillère tout le temps si elle le pouvait. Alors, puisque je ne peux pas bouger avec tous ces fils que je n'ose même pas regarder, elle en profite. J'ai l'impression d'être une princesse.

Je savoure lentement le goût du bonbon dans ma bouche, priant pour que cet instant parfait, avec Mona, dure pour l'éternité. Elle et un bonbon, c'est tout ce dont j'ai besoin. Tous les tuyaux du monde ne pourraient pas changer ça.

je sens l'envie de dormir me gagner. ça m'arrive souvent, ces temps-ci. Une larme coule le long de la joue de ma sur, qui se penche par dessus moi pour me donner un baiser sur le front.

je me sens mourir.
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