Une femme pressée

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Dans un hurlement de sirène, le 747 fonce en piqué sur les sommets enneigés des Andes. Le pilote redresse in extremis l’appareil qui dans une longue glissade vient s’écraser sur une barre rocheuse.

Ma voisine de fauteuil - à qui j’avais cédé ma place près du hublot, avec l’arrière-pensée de l’inviter à la « Cabrera » en arrivant à Santiago et plus si affinités - a semble t-il aussi bien supporté le choc que moi. Les coques de nos fauteuils ont résisté à l’écrasement et les ceintures n’ont pas lâché. Un sacré crash-test dont nous sortons quasiment indemnes, à part quelques contusions. Il n’en va pas de même pour tous les passagers. Pour certains, il n’y a plus rien à faire. Le plus grand nombre râle à l’article de la mort, écrasés, découpés, perdant leur sang au hasard des veines ou des artères sectionnées.

La business woman peroxydée, juchée sur ses escarpins Louboutin a déjà détaché sa ceinture et m’enjambe, m’offrant en cinémascope une vision éclair de sa petite culotte. Sans tarder elle s’affaire auprès des rescapés, épongeant ici, garrottant là, avec la maîtrise d’une infirmière de bloc opératoire.

La nuit tombe sans qu’un membre de l’équipage ne se soit signalé. Ils sont probablement écrasés dans la cabine de pilotage qui était aux avants-postes lors du choc contre la paroi rocheuse. Avec elle le froid se fait plus prégnant. La carcasse d’un avion est faite d’aluminium et de plastique, ce qui n’est pas l’idéal pour alimenter un brasero. Nous nous emmitouflons dans les couvertures de survie, récupérées dans les placards du local des hôtesses qui, comme les stewards n’ont pas assuré leur dernier voyage jusqu’à destination.

Au fil des jours nos compagnons de voyage reprennent de l’altitude, tout au moins pour ceux qui croient que leur avenir est désormais là-haut. Nous envisageons un instant de les inhumer et reculons aussitôt devant l’ampleur de la tâche, trois cents fosses dans un terrain rocailleux avec des pelles style campeur épuiseraient nos dernières ressources. Nous les traînons à l’écart pour éviter les nuisances olfactives, sans trop nous assurer de leur décès.

Ma voisine commence à perdre de sa superbe. Elle ne cesse pourtant de consulter sa montre, comme si elle craignait de rater un rendez-vous. Il nous faut tenir jusqu’à ce que les sauveteurs nous aient localisés. Les maigres réserves depuis que les vols n’assurent plus de repas complets, ne sont qu’un souvenir.

Nous ne sommes désormais que deux recroquevillés dans nos fauteuils. Depuis quelques jours nous luttons contre le sommeil. L’un comme l’autre nous jetons des regards hallucinés. Le dernier aura peut-être la vie sauve, grâce à l’autre.

Je ne peux plus résister, mes yeux se ferment malgré moi.

La douleur de la morsure, suivi des « flats, flats » d’un hélico me sortent d'un coup de ma léthargie.

Il était temps. Elle aurait pu attendre un peu. Mais c’est une femme pressée.
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