Une école mystique et mythique

« Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux.» ainsi formulée, ce fut la première réflexion qui me traversa l’esprit car oui, j’arrivais à peine à réaliser l’absurdité de la nouvelle qu’on venait de nous annoncer et la stupéfaction dans laquelle cela me plongea se peignit sur mon visage tel un tableau de Picasso. Je continuais toujours à me demander s’il venait, tout juste là de traiter toute une promotion de voleuse alors que c’était une seule personne qui avait commis cet acte ignoble et qui, indéniablement ne faisait pas partie de notre promotion, je n’en revenais pas, je n’y croyais pas. Mais quel genre de proviseur était-il ?, dans quelle sorte d’école avais-je mis les pieds ? Ces questions, avaient-elles une réponse logique et plausible, seul Dieu le savait. En effet, ce 15 Septembre fut une date qui marqua une étape cruciale dans la vie d’un groupe de filles et de garçons, la cinquième promotion du lycée scientifique de Santon, ce nom qui sonnait presque comme celui du maitre des enfers : Satan, et oui l’on venait de mettre pieds dans les entrailles de l’enfer sans pour autant le réaliser pour le moment. C’est ainsi que débuta une grande histoire, l’histoire de trois années de cohabitation avec de parfaits et parfaites inconnues qui allaient devenir des membres à part entière d’une grande famille. Le lycée scientifique de Santon est un lycée doté d’un internat auquel l’on accède par un concours d’entrée après le Brevet d’Etude du Premier Cycle, concours basé sur l’excellence dans les matières scientifiques (Mathématiques et Science-Physiques), au concours écrit et sur la moyenne générale obtenue à l’examen pour la présélection. C’était un mercredi soir dans les environs de quatorze heures, Violette venais de mettre pieds au lycée pour la première fois escortée par un agent de sécurité qui lui disait ainsi qu’à sa mère qu’ici l’on sortait rarement donc de bien observer autour d’elle car elle risquait de ne plus voir ce paysage pendant un bon bout de temps ;tout ceci lui fichait la trouille de sa vie car fille unique elle n’avait jamais eu à se séparer de sa mère. Tout lui semblait si grand et tous les visages étrangers jusqu’à ce qu’on leur attribue leurs cabines et que des ainés leur viennent en aide pour les repérer et s’installer. Elle se dit donc qu’une grande et belle aventure l’attendait, mais c’était sans compter sur les surprises désagréables et les exigences étouffantes sans précédent que lui réservait cette école à la facette luisante mais au cœur noir, oui lugubre. Aussi la rentrée commença dès le lendemain ; et ce fut à cinq heures tapante que tout le monde fut réveillé pour balayer la cour avant de se préparer pour aller suivre les cours et il fallait être impeccable dans sa présentation et dans sa tenue, ne rien laisser au hasard sinon on se faisait punir sans avertissement aucune par le bourreau des lieux, le gardien de cet enfer : c’était un homme court au teint chocolat aux yeux rouges revêtu d’un costume noir bien repassé et l’air assez rustre et très sérieux  : c’est le proviseur du lycée m’a-t-on dit la première fois que j’eus à le croiser. Et ce fut ce même personnage lugubre et sans cœur qui venait là de nous enlever toute notre dignité en traitant toute notre promotion de « promotion voleuse » sans la moindre preuve et sans aucun remord, le visage impassible et de marbre. Il semblait oublier que cela faisait trois ans que l’on était dans ce lycée, qu’on était une promotion irréprochable et qu’il n’y a jamais eu de ces histoires sordides, invraisemblables et surtout pas venant de nous. Mais oui par contre j’allais oublier, des histoires morbides, mystiques et apeurantes étaient monnaies courantes dans le lycée Santon et donnaient la chair de poule à chacun d’entre nous. C’est peu de le dire mais depuis la classe de seconde, notre vie dans cet internat a toujours été rythmée par les mythes et ce côté mystique, à part la routine qui était fait :par les cours, les interrogations, les devoirs à n’en plus finir, entrecoupés par les rares moments de répits qu’étaient les heures du réfectoire, les visites des parents, le fait de rentrer à la maison chaque premier samedi du mois et qui était vraiment étouffante. Mais quelle ne fut ma torpeur, cette année de seconde oui plus précisément ce midi ,quand l’on venait juste d’arriver des cours et qu’on vit le corps inerte de Corolle gisant sur le sol dans sa tenue d’école qu’elle n’avait même pas encore enlevé et qui était mi sale mi propre du fait de s’être tordue de douleur au sol donnant un aspect mitigé a ce corps à terre .Oui moi Violette, une jeune fille a l’esprit si forte ,je venais d’être touchée par cette image que je découvrais avec dégout et peur ;et oui jeune fille fragile et tremblotante, suis-je devenue en l’espace de quelques secondes car elle venait de perdre connaissance après avoir fait une crise épileptique, une crise qui n’était pas la première mais l’une des plus violentes sur une longue liste ; de tant puis qu’elle en faisait régulièrement et à chaque fois le même scenario se répétait : aucun signe, aucune explication logique ne ressortaient des examens cliniques et s’en était arrivé à un point où sa pauvre mère que l’on appelait tout le temps pour ces tristes épisodes, nous confia ce jour-là que cela faisait trois années que faisaient sa fille dans cette école et que ces crises n’étaient pas normales mais revêtaient un aspect mystique et mystérieux qu’elle ne pouvait expliquer ni s’expliquer à elle-même. Mais la goutte d’eau qui fit déborder la vase, c’était cette manie oppressante qu’avait les dirigeants de cet enfer d’exiger de nous les élèves une excellence parfaite et criarde dans le travail scolaire et dans les résultats à la fin de l’année car disaient-ils : « s’en était presque devenu un mythe que le lycée scientifique Santon soit le meilleur sur toute la ligne ». Ainsi nous étions pris entre le marteau et l’enclume où nous devrions nous battre contre la peur du mystique que nous, tous petits de la classe de seconde ne maitrisions pas du tout et cette incessante oppression de la quête de l’excellence : mystère ou mythe, je pense que je commençais à avoir un semblant de réponse à ma question, j’avais mis mes pieds dans une école mystique et mythique. Et moi je fus touchée par cette règle rocambolesque qui stipulait que si les points cumulés en matières scientifiques n’atteignaient pas douze de moyenne l’on ne pouvait pas faire la classe de première là. Je fus d’abord secouée par la nouvelle et je devais faire face à cette dernière en me préparant à venir composer en matières scientifiques afin de savoir si je continuerais mon cursus là ou pas, ce que j’eus réussi haut les mains. Et c’est avec joie et reconnaissance à Dieu que je recommençai une nouvelle année. L’année de la classe de première où on était un peu plus aguerri et plus savant de ce qui nous attendait. Cette année était vraiment un challenge pour nous car pour la première fois on devait porter le flambeau, aller représenter le lycée dans un centre car l’examen du Baccalauréat première partie, nous attendais à la fin de l’année et madame Fidèlia notre professeur de biologie, nous exhortais donc à prier car selon elle, cette atmosphère mystique qui régnait au sein de cet internat pouvais ,à coup sûr entraver notre réussite ; cette corrélation entre le mythique et le mystique, qu’arborait cette école, en était presque risible si vous possédiez un humour morbide. Mais l’on s’en est sorti la tête haute en ramenant un résultat de 100 % de reussite .Vous conviendrez donc avec moi que nous traiter, arriver en année terminale, de promotion voleuse, frôlait le paroxysme de l’insupportable et de la bêtise. Je vous laisse donc imaginez quelle ne fut sa gêne quand il découvrit sa bourde, mais hélas nous on était loin, très loin de cet enfer qu’on avait pu combattre.......