Une curieuse lettre

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Mes gouts ? Les contes légendes, la SF et le Fantastique, l’Histoire de France jusqu’en 1815 avec une préférence pour l’époque médiévale, la Terre libre, naturelle et farouche. Et puis  [+]

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Je ne reçois jamais de courrier. À part des factures, bien sûr, comme tout le monde. Je ne reçois jamais de courrier parce que je ne connais personne. Et cette situation me satisfait puisqu’elle comble ma tranquillité.
Aussi, devinez ma surprise, ce jour, en trouvant une lettre dans ma boite aux lettres ! Une lettre ! Pour moi !
Tiens, non, pas pour moi… Ce n’est ni mon nom ni mon adresse. Foi de Gugus, que je me dis, on peut même plus se fier au facteur ! Gugus, c’est Gustave.
Le nom, je ne le connais pas. L’adresse, c’est le numéro au bout de ma rue. Et que je la tourne et la retourne, cette enveloppe carrée et blanche, qui ne comporte que le nom et l’adresse du destinataire qui n’est pas moi. Que contient-elle ? Qui a écrit la lettre à l’intérieur ? Et que je la sens, et que je la hume et que je la respire d’un côté et de l’autre, cette enveloppe carrée et blanche. Mais non, aucune odeur, aucun parfum même bas de gamme n’en émane. Et que je la pèse et la soupèse, cette fameuse enveloppe blanche et carrée. Comme si son poids pouvait indiquer son contenu. Ne va-t-elle pas enfin me dévoiler son secret ? Je l’expose au soleil, pour voir si par transparence, je peux lire quelque chose. Mais non, c’est peine perdue. Elle est trop épaisse, trop opaque, rien ne transparait.

Que dois-je en faire ?
Je la porte à son destinataire — seulement une trentaine de mètres plus loin. Ni vu ni connu. Pourquoi ? Je ne suis pas facteur ! Et puis, on va croire que je l’ai fait exprès, que j’ai soudoyé le préposé, que je l’ai ouverte, que je sais ce qui est écrit. Allez savoir ce que pensent les gens d’aujourd’hui ! Mais si on ne me voit pas, si on ne sait pas que c’est moi, qui viens la mettre dans la boite… Mais si on me voit, derrière les rideaux, par exemple ?
Bon, je la garde. Que puis-je en faire ? Rien. Puisque ce n’est pas pour moi. Et si c’était urgent ? Voyons, Gugus, tu ne peux pas… Bof ! C’est une femme qui écrit à son amant. Ou le contraire. Une lettre d’amour ? Une lettre de rupture ? C’est une simple carte de voyage. Un banal « Un bonjour de… où nous avons rendez-vous avec le soleil… ». C’est un billet pour un spectacle. Et s’il ne m’intéresse pas, qu’en ferai-je ? C’est un secret, un code que quelqu’un donne à quelqu’un d’autre. Un code de quoi ? D’une carte bancaire ? À moi les millions, alors ! Non, Gugus, rêve pas ! Ah, quand la tête s’envole…
Bon, laissons-la ainsi sur la table. Rien d’important là et occupons mains ou esprit à autre chose. Maison ou jardin, les travaux ne manquent pas !

Bon sang, que cette enveloppe m’attire ! Comment œuvrer avec cette idée qui m’obnubile ? Je tourne et vire. Pour rien. Rien. Je ne peux rien faire. Elle m’attire, foi de Gugus – Gugus c’est moi, c’est Gustave. Il faut que je sache ce qu’elle contient ! Curieux ? Je suis curieux ? Oui sans doute. Tant pis. La main me démange jusqu’au bout des doigts, jusqu’au bout des ongles. Il faut que je sache. Et comment penser à autre chose ? À quoi d’ailleurs ! Non, cette enveloppe, il faut que je sache ce qu’elle contient ! Foi de Gugus !
Et brûlant d’impatience trop longtemps contenue, je l’ai enfin ouverte, cette fameuse enveloppe… Et j’ai lu la lettre qu’elle contenait. Ah, monsieur le commissaire… ! À mesure que je lisais, les yeux s’agrandissaient, la bouche s’ouvrait toute ronde, la respiration s’arrêtait. J’ai lu : « Je t’ai averti trois fois, triple idiot. Tu n’as pas voulu m’écouter. Vendredi1er mai, jour de la fête du Travail, 15 heures, tout va saut… »

Je n’ai pas eu le temps de lire le dernier mot quoique le devinant. Il était 15 heures et une formidable explosion retentissait au bout de la rue. Explosion qui mettait le feu à la maison. Feu qui se propagea à la maison voisine puis à la suivante. Feu qui voulut bien s’arrêter devant la mienne. Grâce aux pompiers diligents, heureusement.
Ah, si j’avais su ! Pour sûr que je l’aurais vite ouverte, cette fameuse enveloppe carrée et blanche.
Terrorisme ? Rivalité amoureuse ? Mauvais voisinage ? Allez savoir ! Avec tout ce qui se passe de nos jours… Voilà, Monsieur le Commissaire, c’est tout ce que je sais, tout ce que je peux vous dire sur cette explosion qui mit le feu aux maisons, qui était prévue dans cette fameuse lettre qui ne m’était pas destinée. Foi de Gugus. Gugus, c’est moi, c’est Gustave.

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Chris BÉKA · il y a
La curiosité ... salvatrice ! Chute très inattendue !

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