Une cible idéale

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Un peu de pub pour ami touriste intergalactique, actuellement en visite sur Terre, qui raconte ses aventures sur son blog (il a remarqué que ça se faisait beaucoup chez les humains)  [+]

Quand Joris était passé par hasard devant la parfumerie La Guêpière, l'idée avait fait tilt. L'endroit était parfait : à l'écart, dans une ruelle peu fréquentée, avec une porte arrière donnant sur un dédale de rues piétonnes et une recette qui devait fleurer bon les euros vu les prix affichés en vitrine.
Ç'avait été une galère, mais il avait fini par se procurer un revolver. Revolver qui se trouvait maintenant dissimulé dans son pantalon. Jamais avant de découvrir cette boutique il n'avait pensé faire un casse. Il était l'as du vol à l'étalage et à l'arraché ; jusqu'à ce jour, cette gloire et les revenus procurés par ces activités lui suffisaient. Mais l'occasion était trop belle : cette Guêpière était une cible si facile. Sans compter les riches clientes apeurées à soulager de leurs bijoux et porte-monnaie.
Il rabattit sa cagoule, sortit son arme et entra.
« Que personne ne bouge ! C'est un hold-up ! »
Quel pied de déclamer une réplique qu'on entend si souvent au cinéma ! Cette fois, c'était lui, le héros – enfin, tout dépendait du point de vue.
Il balaya le magasin du regard. Il repéra quatre vendeuses en uniforme, cinq clientes à l'air embourgeoisé et... Merde ! Il y avait un mec. Plutôt baraqué en plus. Sûrement un pauvre pigeon venu accompagné sa copine faire du shopping. L'autre raison qui faisait de ce magasin une cible idéale, c'était qu'habituellement, il n'était rempli que de bonnes femmes.
Qu'à cela ne tienne, il ferait avec. Et si ce mec jouait le brave, tant pis pour lui.
Une dernière personne s'ajouta au tableau : une dame à chignon rond apparut depuis l'arrière-boutique.
« Monsieur, je suis la directrice...
— M'en fous ! Filez-moi le fric, en vitesse ! »
Il s'approcha de la caisse et mit en joue la vendeuse blonde derrière le comptoir.
« Grouille ! »
Elle ouvrit le tiroir-caisse, récolta les billets de ses belles mains manucurées et lui tendit le tout.
« Mets-les dans un sac. »
D'un geste qu'elle faisait cent fois dans la journée, elle attrapa un des sachets du magasin, en papier rigide et anses en tissu.
« Non, pas ça ! Tout va foutre le camp, j'en veux un solide et qui ferme. »
Un sac, il aurait dû prendre un sac. Quel con de ne pas y avoir pensé ! La faute à son manque de préparation, responsable également de la présence du baraqué : un repérage préalable lui aurait permis de frapper au moment où les clients auraient été les moins nombreux et exclusivement du sexe faible. Mais il avait zappé cette étape à dessein. Prendre le temps de préparer un coup, c'est aussi prendre le temps de se dégonfler. Raison pour laquelle son goût allait habituellement au vol à l'arraché : il ne laissait pas de place à la réflexion.
D'ailleurs, penser à son activité favorite lui donna une idée. Il s'adressa à la bande de vendeuses : « Que l'une de vous me donne son sac à main ! »
Ces greluches hésitaient. Fallait-il mettre une balle dans la tête de l'une d'elles pour leur faire comprendre qu'il ne plaisantait pas ? Tenaient-elles plus à leur joli petit sac qu'à leur vie ? Il aurait pu prendre celui d'une cliente mais elles s'étaient toutes rassemblées autour du grand costaud, il préférait éviter l'affrontement de ce côté-ci. D'ailleurs, pour la balle, la tête de ce mec ferait un emplacement idéal.
« Si je puis me permettre, fit la directrice, vous vous feriez remarquer en ville avec un sac à main féminin. Nous pouvons vous proposer à la place une de nos magnifiques sacoches de marque.
— Ouais, O.K. Mais activez ! »
La fille à la caisse prit la sacoche la plus proche. Rose avec des strass.
« Et vous croyez qu'avec ça je ne vais pas me faire remarquer ?
— Nous avons en réserve le même modèle en noir.
— C'est déjà mieux. Et je prendrai l'argent du coffre avec ça. »
Soudain, une voiture de police apparut sirène hurlante dans la ruelle et freina juste devant le magasin.
« Quelle est la connasse qui a prévenu les keufs ? Verrouillez les portes ! »
Le braqueur empoigna le bras de la caissière : « Vous m'obligez à prendre un otage. On vide le coffre puis tu me suis dehors, princesse ! »
Du coin de l'œil, il vit le baraqué se manifester. C'était sans doute le genre à jouer les sauveurs de jeunes filles en détresse, surtout avec sa jolie copine dans le public. Joris n'avait jamais tiré sur quelqu'un, mais il était prêt à tout pour ne pas se faire coffrer. Il vrilla son regard dans celui de l'armoire à glace. Il pointa son arme sur lui et...
« AAAAAH ! »
Une petite vendeuse d'un mètre cinquante venait d'asperger de parfum les yeux du braqueur. Elle lui arracha son arme avant de lui donner un grand coup dans les parties. Il s'affala sur le sol. En position fœtale, il gémissait, les mains pressées sur son intimité.
« Voilà ce qu'on fait aux pauvres types qui viennent nous braquer ! » fit la vendeuse petite par la taille mais grande par le courage, comme ses collègues qui n'avaient pas tremblé depuis le début du braquage.
Les policiers purent faire leur entrée et procéder à l'arrestation.
« Comme d'habitude, pas un mot à la presse, je vous prie, leur dit la directrice. Nous ne voudrions pas d'une mauvaise publicité auprès de nos amis braqueurs amateurs, nous aimons trop briser leur carrière.
— Le commissaire nous a fait part de votre arrangement. Alors à bientôt, mesdames. »
Dès que la douleur lui laisserait assez de répit pour penser à nouveau, Joris pourrait se dire, comme ses quatre « confrères » avant lui : « Quel guêpier cette Guêpière ! »
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