Une cérémonie bien arrosée

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Je poussai un profond soupir, couvert par le bruyant clapotis de la pluie sur mon pare-brise. Il n’était pas huit heures du soir, et j’étais déjà au bout de mes forces. J’attrapai le bouquet de fleur ainsi que mon éternel sacoche au cuir élimé et rassemblai tout mon courage pour ouvrir la portière. Si seulement j’avais su, je n’aurai même pas pris la peine de mettre le pied dehors.

Les trombes d’eau tombant du ciel ne tardèrent pas à traverser mon manteau, imbibant petit à petit ce costume de soirée qui m’avait coûté un rein. Je traversai hâtivement le parking, zigzaguant à qui mieux mieux entre les flaques et les voitures mal stationnées, ma sacoche maintenue disgracieusement au-dessus ma tête, un bien piètre couvre-chef.

J’arrivai enfin sous le porche salvateur, trempé comme une soupe. Le groupe de fumeurs qui y avait établi domicile me jaugea du regard avec une vague perplexité. Je n’avais pas la chance de les connaître mais ne m’y attardai pas. Ce devait être de la famille du côté de la future mariée. Le groupe s’écarta avec courtoisie pour me laisser accéder à la porte (je les soupçonnais de vouloir simplement s’éloigner de ma redingote ruisselante).

Si de l’extérieur (du moins de ce que le déluge en laissait voir) la salle des fêtes paraissait minuscule, comprimée entre les deux imposants bâtiments voisins, on découvrait en passant son seuil qu’il n’en était rien. Une quelconque prouesse architecturale vous donnait l’impression de pénétrer dans un immense hall tout en longueur, très lumineux. Et présentement surpeuplé et bariolé de toutes parts de guirlandes rouges et blanches ainsi qu’autres décorations savamment disposées. Cette surabondance de ballons de baudruche aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Mais le brouhaha et le fond sonore m’étourdissaient trop pour m’y attarder outre mesure.

Pressé de mener à terme mon honorable mission de témoin (et de quitter cet endroit dont la densité de personnes inconnues mettait mon introversion au supplice), je me frayai péniblement un chemin à travers la marée humaine, prenant bien garde de ne pas perdre ni mon bouquet (qui avait bien mauvaise mine depuis la douche diluvienne), ni ma précieuse sacoche (qui en avait vu des bien pires). Je crus reconnaître au loin quelques visages familiers, mais la foule mouvante me les ôtait aussitôt de la vue.

J’arrivai enfin vers ce qui s’apparentait à l’autel. Qui était, pour l’heure, désert. Mon ami d’enfance, qui avait cru bon de me signaler « une petite vingtaine d’invités » à son mariage, n’était regrettablement pas en vu. Je jetai un regard agacé aux alentours. A part un portique supportant à grand peine des éclairages multicolores, une poignée d’enceintes hors de prix et l’autel recouvert de dentelle blanche immaculé (ainsi qu’une foule dense de sombres inconnus), il n’y avait aucune trace d’un quelconque blondinet facétieux en costard. Je tapotai nerveusement le pied, cette ambiance bruyante commençant à m’oppresser. Je ressortis mon téléphone (hors d’âge certes, mais waterproof), encore ouvert sur le dernier message en date de mon redoutable meilleur ami.

RDV 20h vers l’autel, dans la salle des fêtes de ----

L’horloge de mon téléphone me signifiai que l’heure fatidique était dépassée depuis maintenant un bon quart d’heure. Las de m’attendre plus de cinq minutes, il serait allé se sustenter au buffet ? Ça lui ressemblait bien. J’avisai le-dit buffet et laissai échapper un glapissement de désespoir : il se trouvait de l’autre côté de la salle. Je sentis le courage m’abandonner et m’assis sur l’estrade, posant le bouquet qui rendait l’âme à mes côtés.

Ça valait bien la peine de faire vingt-cinq kilomètres, sous une pluie battante, par des sentiers obscures et sinueux (et ô Dieu mal indiqués), pour arriver dans une bourgade perdue en pleine cambrousse. Tout ça pour que votre meilleur ami vous pose un lapin le jour de son mariage ! Je sursautai en sentant mon téléphone vibrer dans ma poche.

Tu es où ??? Tout le monde t’attend !

Je m’y repris à deux fois pour lire le message, abasourdi de ce culot. J’allais répondre, avec une virulence sans pareille, lorsqu’un affreux doute me frappa. Je me relevai, chancelant, et m’avançai jusqu’à un invité. Je l’interpellai d’une main sur l’épaule et croassai, d’une voix étranglée par l’embarras.
« E... excusez-moi... Nous sommes bien à la salle des fêtes de — , pour le mariage de Nathan et Adeline ? »
Fermant les yeux, je priais de toute mon âme que ce ne soit qu’un mauvais rêve.

Douce illusion...

Qui fut broyée par un petit rire amusé.

« Qui ? Ah non non, la « salle des fêtes » c’est à l’autre bout du village en fait. Ça fait dix ans que ce n’est plus ici mais personne n’a changé les panneaux ! »
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Ginette Flora Amouma · il y a
Irrésistible ! tous les ingrédients pour faire de ce mariage un nectar désopilant !
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Susy Rose · il y a
Merci beaucoup, je suis ravie que ça vous ai plu ! Un mariage en effet très cocasse...
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Paul Royaux · il y a
Instant de vie qui sent le vécu. Distrayant...Merci
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Susy Rose · il y a
Pas exactement du vécu, mais presque, haha !
Merci à vous d'avoir pris le temps de lire et commenter mon texte

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