Une autre femme

il y a
2 min
2
lectures
0

Parfois je ressens le besoin de coucher sur le papier, les histoires qui prennent vie dans ma tête  [+]

Mon cher Jules,


Tu dois savoir que je t'ai vu avec cette fille, cet après-midi, à la plage. La jolie blonde qui t'a salué alors que tu pêchais sur le ponton. En grande conversation avec ton ami Victor, tu lui a répondu distraitement. Elle a installé son matériel près de vous, mais ce n'est que lorsqu'elle a sorti de l'eau un poisson frétillant qu'elle a attiré ton attention. Elle a ri aux éclats tandis que les mouvements frénétiques de ce dernier vous éclaboussaient tous deux.

Tout d'abord décontenancé, tu as essuyé les gouttes d'eau salée de ton visage, puis tu lui as souri. Est-ce son audace ou la perfection de sa silhouette qui a suscité l'admiration que j'ai lue dans ton regard à cet instant ? Ce même regard qui m'était destiné il y a encore quelques années de cela.

Je vous ai observés un moment depuis la plage. Tu passais nerveusement ta main dans tes cheveux pour te donner une contenance, tandis que tu buvais ses paroles, le sourire aux lèvres. J'ai compris alors qu'elle avait d'ores et déjà fait chavirer ton cœur et j'ai senti le mien se serrer.


Je ne peux pas te blâmer. Elle est jeune, jolie et vous semblez déjà partager bien plus que nous ne partageons tous les deux désormais. Mais rappelle-toi, Jules, le temps où nous riions ensemble, où tu étais heureux d'être simplement près de moi.

Plus tard, elle t'a pris la main, t'embarquant avec elle dans une nouvelle aventure. Je vous ai regardés vous éloigner le long de la côte, jusqu'à ce que vous disparaissiez de mon champ de vision. J'ai compris alors que rien ne serait plus jamais comme avant. Je suis restée là, les yeux rivés sur l'océan, emportée par une vague de nostalgie.

Je me suis rappelée les innombrables fois où nous nous sommes promenés main dans la main. Au début, c'était naturel, bien sûr. Puis le temps a passé. Parfois encore, il t'arrivait de glisser ta main dans la mienne. Une façon, sans doute, de t'assurer que je n'appartenais toujours qu'à toi seul ou peut-être, que nous étions ensemble pour affronter le reste du monde. Je ne saurais dire, seulement que j'aimais ça. Mais dès que nous croisions des connaissances, tu la retirais prestement pour adopter une attitude nonchalante. J'étais amusée d'être la seule à savoir que tu n'étais pas aussi assuré que tu le prétendais, et à la fois peinée que tu n'assumes plus ton attachement pour moi aux yeux des autres.

Tu as tellement changé, Jules. Et en si peu de temps, que j'ai parfois du mal à reconnaître cet homme qui se tient devant moi. J'imagine que tes lèvres, qui me couvraient si souvent de baisers, sont pressées d'explorer les siennes d'une façon bien plus tumultueuse. Et que ton corps réclame puissamment de ne faire qu'un avec le sien, après avoir été si intimement lié au mien à une époque qui me paraît si lointaine désormais.

Même si je sais que je garderai toujours une place particulière au fond de ton cœur, je ne suis pas certaine de parvenir à faire cesser un jour cette jalousie qui se déchaîne en moi chaque fois que je te vois avec une autre femme ! Essaie simplement de ne pas trop m'en vouloir, s'il te plaît.


Je t'aime.


Maman
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,