Une autre chance ?

il y a
3 min
160
lectures
111
Qualifié
Image de 2020
Image de 15-19 ans

En 1980 la planète était surexploitée mais personne n’y faisait attention. En 2010, les uns consommaient, les autres souffraient, mais personne encore ne faisait quoi que ce soit. En 2020, tout le monde savait, les années défilaient et la Terre se mourait. Les gouvernements signaient des accords sur la baisse des gaz à effet de serre, en vain. Chacun se disait qu’en tant qu’individu il ne pouvait rien, qu’une action individuelle serait inutile. Si le Peuple avait pu voir son futur et le vivre quelques secondes, alors il aurait réagi, et rien ne lui aurait pas paru dérisoire. Aujourd’hui c’est trop tard.
Les Hommes passent leur nuit à scruter le ciel en espérant que les deux astronautes découvrent enfin une planète semblable à la leur.
Le matériel se détruit peu à peu et manque. Les repas n’existent plus, seules de minables soupes populaires sont distribuées dans les rues délabrées. En fait il est devenu impossible de faire pousser le moindre végétal, quant aux animaux les humains les ont fait disparaitre. Il reste de pauvres insectes que les hommes s’arrachent pour remplir un peu leur estomac.
Certains n’ont toujours pas assimilé le fait que leur argent, dont ils ont rempli jour après jour leur Grande Poubelle, ne les sauvera pas.
La Terre en 2500 ??? Un gigantesque désert de dunes de plastiques, de plaines de polystyrènes, de montagnes de déchets nucléaires, de pandémies. Le règne de l’immonde.
Le ciel est devenu la télévision des humains, les têtes levées à longueur de journée, dans l’espoir d’apercevoir le vaisseau de leur avenir ; mais il se trouve à des années lumières et surtout la couche noirâtre qui enveloppe leur misérable planète est bien trop épaisse.
Quelques anciens se souviennent des derniers animaux et plantes, mais ces souvenirs restent tout au fond de leur mémoire, un endroit où personne d’autre qu’eux ne peut avoir accès. Ils n’aiment pas en parler. Pour les uns c’est la honte qui le justifie, pour les autres c’est la nostalgie, l’amertume, la tristesse, la peur, l’abandon, voire l’Alzheimer.
Les athées sont devenus croyants. Chaque jour et chaque nuit, l’humanité entière implore les cieux de lui accorder une autre chance. Leurs yeux, tournés vers le ciel, tentent de distinguer le vaisseau NE-WL-IFE A2, ils n’y lisent que le reflet de leurs prières.
Les agences spatiales ont réuni les derniers matériaux qu’ils possédaient afin de construire l’unique embarcation qui devra sauver l’humanité...
Des années lumières les séparent du système solaire. Se dirigeant à travers la voie lactée, leur vaisseau épie chacune des planètes qu’il croise. La beauté de l’univers équilibre l’angoisse que chacun des deux astronautes supporte. C’est forcément très lourd d’assumer cette grande responsabilité que dix milliards d’humains leur a confiée. Ce n’est pas la première fois que cette femme et cet homme se rendent dans l’espace, mais jamais aucun humain n’a exploré aussi loin. La mission peut se montrer dangereuse mais la question ne se pose pas, l’urgence l’oblige. Cependant, la beauté de la galaxie les émerveille et les fascine, au point qu’ils semblent oublier pour quelle raison ils se trouvent là, alors ils succombent à l’extase de cette insondable et paradisiaque beauté.
A cet instant, leurs yeux se laissent tranquillement amadouer par ce vide interminable. Ils sombrent délicatement dans ce noir qui les enveloppe paisiblement. Leur lutte semble acharnée ; enfin ils s’abandonnent à ce doux néant, accordant leur foi à cette chose mystérieuse et presque surnaturelle qui les attire dans un lieu isolé. Se trouvant tous deux dans un autre monde, réconfortant et chaleureux, ils flottent, légèrement, très légèrement, à travers cet univers si sombre, si incertain mais tellement calme... Leur corps s’engourdit, cela ne les inquiète pas, au contraire, ils se libèrent. Ils s’en vont dans un endroit qui leur est inconnu, mais ils accordent leur confiance à cet aimant qui les entraîne dans un gouffre sans fond. Tandis que leur esprit s’éloigne peu à peu de leur corps le vaisseau change tranquillement de direction. Aucun des deux astronautes ne semble réaliser.
Pendant que cet homme et cette femme se trouvent hypnotisés et détournés par l’inconnu, les équipes sur Terre sont en panique. Le vaisseau change de direction, alors que personne n’a modifié sa trajectoire. Le commandant tente de communiquer avec les astronautes ; pas de réponse. Le vaisseau continue d’avancer de plus en plus rapidement. Une énorme tension s’abat sur chaque scientifique, leurs muscles se contractent et l’angoisse les rejoint peu à peu. Le commandant s’énerve et s’acharne à son microphone : « Je répète ; me recevez-vous ? Le vaisseau a changé de direction, est-ce volontaire ? Répondez immédiatement si vous me recevez ! » Un scientifique interrompt le commandant, il craint qu’un trou noir ne soit en train de les aspirer. Un silence tombe brutalement dans la salle de contrôle, ce vaisseau était le dernier espoir de l’humanité. A ce moment précis, une peur s’empare de chaque homme et chaque femme, leur corps s’immobilise tant l’émotion les étreint. C’est la fin, cette phrase se répète indéfiniment dans l’esprit de chacun. Soudain le commandant brise ce silence glacial et crie : « Nous relevons toujours leur position, la communication n’est pas interrompue, c’est juste que nos deux astronautes ne répondent plus, et on a toujours accès aux caméras extérieures or si un trou noir se trouvait à proximité, nous ne pourrions pas recevoir ces informations. Ce n’est donc pas un trou noir qui est à l’origine de ce qui se passe. Je veux que chacun de vous reprenne son poste et se remette immédiatement à bosser ». Le commandement avait peut-être repris de l’espoir mais il savait qu’une chose incohérente se produisait dans l’espace.
La voix du commandant résonne dans la cabine, mais les astronautes ne sont pas capables d’émerger de cet état second. Leur esprit continue de divaguer dans une autre dimension.
Sur Terre les équipes s’obstinent à comprendre cette situation si énigmatique. Un trou noir en est bel et bien la cause. Est-il d'une autre espèce ? Laquelle ? Quelles sont ses propriétés ? Ces questions resteront sans réponses. Le vaisseau disparaitra peu à peu dans ce gigantesque vide, tandis que les lois scientifiques ne répondaient plus aux expériences des Hommes, le commandant lancera un dernier appel : « Adam ! Eve ! Je vous en prie, répondez... »

111

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,