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Une Aube nouvelle

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Cathy Luke

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Plus rien ne me retenait en France, un divorce douloureux, pas d'enfant, plus de famille.
Infirmière, métier pratiqué avec passion, je ne trouvais plus la flamme qui m'animait quelques années auparavant dans mon pays.
Aussi ai-je pris la décision de postuler dans une O.N.G, pour effectuer une mission dans un endroit de la terre où je pourrai à nouveau me sentir utile.
J'ai reçu une lettre m'informant que j'avais rempli les tests et questionnaires avec succès.
L'Organisation, très intéressée par mon expérience et ma disponibilité immédiate, me donnait rendez-vous pour un entretien afin d'organiser mon futur départ.
La durée de ma mission n'était pas précisée, ce qui m'importait peu, la destination, le Cameroun, pour m'occuper des enfants des rues.
Motivée, j'acceptais avec enthousiasme et après 7 heures de vol, épuisée, j'arrivais enfin à Yaoundé.
Une religieuse, souriante, m'attendait munie d'une ardoise avec mon nom écrit à la craie.
Mes bagages furent balancés à l'arrière d'une vieille jeep toute poussiéreuse.
La sœur conduisait rapidement, slalomant dans les rues encombrées d'étals de marchandises et d'animaux errants.
Dans une chaleur étouffante, nous arrivâmes bientôt à l'orphelinat et fûmes accueillies par les cris de joie de nombreux enfants de tous âges, habillés du même uniforme.
Je découvris ma chambre, spartiate, blanchie à la chaux, plutôt une cellule, composée d'un lit en fer, d'une chaise, de quelques étagères et d'un évier où se trouvait un broc de faïence bleue et blanche, ce qui me suffisait amplement.
Fatiguée, je ne pris pas la peine de déboucler mes valises et me couchais tout habillée sombrant dans un sommeil de plomb.
Je me réveillais à l'aube, moment magique et furtif, que je savourais avec émotion, la première lueur du soleil levant commença à blanchir l'horizon, puis laissa place à l'aurore qui rosit le ciel.
Ma blouse blanche, mes sabots et le plus important ma trousse furent vite déballés.
Je rejoignis les sœurs, déjà à l'ouvrage, qui me firent visiter les locaux.
Tout était reluisant de propreté, les sols, les tables de la cantine, les dortoirs, draps blancs, couvertures grises, il y avait même une salle d'école avec un grand tableau noir.
Enfin, ma pièce, où je devais gérer le stock de médicaments, trop limité à mon goût, effectuer les vaccinations, compléter également la formation de mes deux collègues infirmiers, un homme et une femme, d'une trentaine d'années environ comme moi, originaires de ce pays.
Tout se fit de façon naturelle, j'étais heureuse d'apprendre à connaître les enfants, il en arrivait toujours plus tous les jours, qui défilèrent dans ce que j'appelais pompeusement mon "cabinet".
Beaucoup d'enfants utilisaient un dialecte qui m'était inconnu, aussi avais-je besoin de mes collègues qui me servaient de traducteurs, mais d'autres, peu nombreux, parlaient le français ou l'anglais.
Mais ce n'était pas ça le plus important, c'était leurs grands yeux remplis d'amour et d'espoir tournés vers moi, de leurs sourires éclatants malgré tout ce qu'ils avaient pu vivre.
Ces enfants étaient devenus les miens, je connaissais leurs prénoms, leurs souffrances, et lorsque je me levais à l'aube, comme tous les matins, j'étais submergée d'amour.
De collègues, nous étions devenus amis et partagions nos repas ensemble, ils me racontaient l'histoire de leur pays et nous volions quelques heures pour me le faire découvrir, quelle beauté !
Souvent, nous ramenions des enfants apeurés, sales, en loques, amaigris, qui erraient seuls, abandonnés dans les rues et pratiquaient la mendicité.
Au fil des jours une attirance réciproque s'était instaurée entre mon camarade et moi, c'était un très beau camerounais qui brillait par son humour et qui souriait tout le temps, malgré un passé vécu dans la rue.
Tout est devenu évident pour moi, j'ai liquidé mes affaires en France et me suis installée définitivement au Cameroun à écouter et à partager avec les enfants leurs douleurs et leurs rires.
Mais pas seulement, de collègue et d'ami, il est devenu mon mari, maintenant nous sommes deux bientôt trois à admirer ensemble l'aube se lever sur un horizon désormais rempli d'amour.

PRIX

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Nelly ! Je relis avec grand plaisir votre beau texte de la Saint-Valentin !
Vous avez soutenu mon sonnet Mumba et je vous en remercie. Il est désormais en finale. Le soutiendrez-vous de nouveau ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba Bonne journée à vous !

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Zurglub · il y a
C’est chouette comme tout !
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Maour · il y a
Je vous soutiens pour le prix ;)
J'espère que vous aimerez aussi mon poème :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-retour-du-soleil
Amitiés

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Topscher Nelly · il y a
Très jolie tranche de vie.
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Jean Calbrix · il y a
Une très jolie trajectoire ! Bravo, Cathy pour ce très beau texte débordant d'amour ! Vous avez mes cinq votes.
J'ai un sonnet en compétition printemps qui pourrait ne pas vous déplaire http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba Bonne journée à vous

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