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Un voyage incertain

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Jules Côte

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En compétition

Lucas était un voyageur, un grand voyageur. Ses voyages avaient débuté à seize ans, lorsque ses parents lui offrirent une carte du monde à remplir après chaque voyage. Depuis, chaque week-end et chaque vacance étaient consacrés à ses expéditions. Il avait commencé près de chez lui, visitant les grandes villes et les beaux paysages qu’offrait la France les uns après les autres. Puis, ayant exploré tous les mystères de son pays, il alla en chercher dans les pays environnants : l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne,... Chacun de ses voyages l’emmenait plus loin que le précédent.
Vingt ans après son premier périple, sa carte était quasiment complète. Mais désormais, chaque destination demandait un temps de voyage incroyablement long, et cela l’exaspérait. Il n’avait que faire des voyages en taxi, en bus, en train ou en avion. Tout ce qui l’intéressait c’était la destination, le moment où il aurait besoin seulement de ses pieds pour avancer et de ses yeux pour admirer.
Mais quelque chose d’autre l’exaspérait plus encore. Maintenant qu’il avait pu voir toutes les merveilles qu’avait à offrir le monde, gouter à des plats incroyables, rencontrer de nouveaux amis, il voulait pouvoir y revivre encore et encore. Mais le temps lui manquait malheureusement. Dans ses rêves, il quittait son laboratoire pour aller se balader à dos de dromadaire près des pyramides. Puis, il s’en allait acheter des sushis à Tokyo, pour pouvoir aller les déguster en observant les aurores boréales au Groenland. Et s’il avait la tête à ça, il rejoignait ses amis en Espagne ou au Brésil pour faire la fête toute la nuit.
Même avec ça, Lucas ne serait pas pleinement satisfait. Il avait cet esprit des colons prêts à embarquer sur un navire, sans savoir si une terre ferme les attendait de l’autre côté de l’océan. Jusqu’à maintenant, il n’avait visité que des choses déjà découvertes, la Terre ayant déjà livré tous ses mystères à d’autres personnes. Mais il y a plus que la Terre à visiter. Lucas souhaitait pouvoir enfiler une combinaison pour aller faire des bons sur la Lune, ou encore allé vérifier que Kopler-438b était bien une planète habitable.
Scientifique de génie, il avait consacré ces dix dernières années à la réalisation d’une machine de téléportation qui lui permettrait de réaliser tous ses rêves. Au bout de huit ans, il réussit sa première téléportation d’objet. Cette machine allait changer la vie de millions de personnes, et pourtant deux ans plus tard elle restait inutilisée. En effet, un problème majeur persistait. En moyenne, une fois sur huit l’objet ou l’animal placé dans la machine disparaissait pour ne jamais réapparaitre nulle part.
Deux années à être si près du but sans l’atteindre l’enrageait. Lucas passait ses journées à revoir ses calculs, toujours les mêmes lignes sans jamais trouver d’explication. Des dizaines de ses collègues, tentèrent de l’aider, mais rien que le fonctionnement basique de la machine les dépassait. Plus rien ne comptait pour lui à part résoudre ce problème. Il lui arrivait de s’asseoir en face de la machine et la fixer durant des heures. Les calculs s’enchainaient probablement dans sa tête, en vain.
Ses voyages se faisaient de plus en plus rare, préférant travailler tous les week-ends sur cette machine infernale. Il délaissa peu à peu ses amis et sa famille. La machine qu’il avait construite était en train de le ronger. A trente-six ans, la majorité de ses cheveux étaient devenus blancs, sa barbe n’avait pas été taillée depuis bien longtemps et des cernes étaient profondément installées.
Lucas en était arrivé à une conclusion : pour comprendre le problème il fallait qu’il essaye la machine. Tous ses amis le prièrent de renoncer à cette folie, même si certains étaient persuadés que ce serait la seule façon de le ramener à la raison. De toute manière, Lucas se moquait bien de leurs avis, il était trop près de réaliser ses rêves les plus fous pour renoncer maintenant. Et puis une chance sur huit était un pari relativement raisonnable.
Alors, un soir que tout le monde avait quitté le laboratoire, il s’approcha de la machine et entra les coordonnées de sa pizzeria préférée à Rome. Quitte à risquer sa vie, autant que ça serve à quelque chose. Il entra dans la machine. Respira profondément, et l’a mise en marche.
Puis il disparut.

PRIX

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Ginette Vijaya · il y a
Et on l'a retrouvé dans la pizzeria de Rome ?
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Jules Côte · il y a
A vous de voir :)
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Christopher GIL · il y a
J'ai vraiment bien aimé l'histoire! Mais j'aurai voulu une fin plus "définitive", mes voix!
Venez me lire si ça vous tente :)

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Chantal Sourire · il y a
Et alors, après ? Je vote et vous invite sur ma page, merci !
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Rei · il y a
Belle histoire Jules, que lui arrive t'il ensuite? Il es mort? Transporté dans une autre dimension?
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Jules Côte · il y a
Merci bien. A vous de choisir, peut-être est-il en train de manger sa pizza ?
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JiJinou · il y a
Un beau voyage incertain mais si court. La fin me laisse un peu sur ma faim mais votre histoire m'a plu. Mes voix Jules.
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Chantal Sourire · il y a
T'as qu'à manger la pizza, Jijinou !
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Jules Côte · il y a
Merci beaucoup.
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