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Un train pour un nouvel envol

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SandieC

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Tout juste âgée de 20 ans, j’avais prévu de partir quelques mois faire un semestre d’études Erasmus à l’étranger. Oh, pas trop loin, moins de trois heures de vol, je n’étais pas si courageuse pour partir à l’autre bout du monde, mais tout de même dans une autre culture, la Suède.
C’était la première fois que je quittais le cocon familial, une sacrée expérience j’espérais. Mes parents me soutenaient, ils m’encourageaient tous les deux dans mon choix de partir « découvrir le monde ». Je me préparais donc le cœur en joie à me confronter à de nouvelles expériences.
C’est avec le cœur lourd que je quittais donc mes sœurs et mon père, tous en vacances ensemble dans la Drôme. J’avais eu la chance de passer quelques jours de repos avec eux, à profiter du soleil et de la chaleur étouffante de la canicule de l’été 2003, avant de m’aventurer dans un autre monde, nordique, froid, et – je l’espérais - accueillant.
Ma mère décida tout de même de m’accompagner jusqu’à Paris où j’allais prendre mon vol pour Stockholm. Premier grand vol toute seule, comme une grande, fière de partir, mais toujours petite fille au besoin viscéral d’être rassurée. Sa seule présence me fit comprendre que tout irait bien pour les mois à venir.
J’avais bouclé ma valise, une simple valise, avec le stricte nécessaire pour quelques mois, et surtout l’assurance d’être partie avec l’essentiel, je trouverai le reste sur place.
Mais sur les conseils de mes parents, je prenais tout de même une grosse veste d’hiver, doublée en mouton bien chaud. Avec le recul des années, je pense que cela les rassurait autant que moi. Au moins je n’aurais pas trop froid.
Partir en plein mois d’août, avec ses lunettes de soleil, ses sandales et... sa grosse veste d’hiver. Je revois encore le regard plein d’incompréhension des personnes que nous croisions dans le TGV. Je n’avais pas assez de place dans ma seule valise, et me résolvais donc à la porter sur les épaules en plein mois d’août.
Puis vint le moment tant redouté des dernières embrassades sur le quai du RER avec ma mère. Je la laissais partir avant moi. Elle partait. Et non moi. La symbolique était forte, je ne quittais pas ma mère pour aller prendre mon avion à Charles-de-Gaulle, c’est elle qui allait reprendre un train et rejoindre les nôtres, pour des vacances bien mérités. Et qui me laissait sans avoir à voir ni à gérer sa propre peine de voir sa fille quitter le cocon.
Un RER quitte le quai, elle ne monte pas dedans, nous ne pouvons pas nous résoudre à nous quitter. Puis réalisant l’heure qui file et mon check-in qui va bientôt commencer, elle se décide à monter dans ce train vide comme mon cœur, serré, à me demander – un instant seulement – si je faisais le bon choix.
Je me revois, assise sur ma valise bleue à roulettes, sur le quai de la gare Charles de Gaulle 2 du RER, avec nos 38° C de température estivale, mes lunettes de soleil et ma grosse veste sur les épaules, mais également le cœur en berne.
Je croisais ainsi un dernier regard avec ma chère Maman, le temps que son train quitte le quai. Ces quelques secondes où nous avons partagé tellement plus que des mots.
Je me levais, et rejoignais l’aéroport, avec l’assurance inconsciente de ceux qui partent en se sachant aimés.

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Yann Suerte · il y a
La liberté...Si chère..Merci de ce partage...Et si vos heures vous y emportent, n’hésitez pas à vous arrêter un instant à ma Place du Tertre. Amicalement, Yann
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Keith Simmonds · il y a
Un beau récit plein de tendresse et très émouvant ! Bravo ! Mes votes ! Une invitation à lire et soutenir “ De l’Autre Côté de Notre Monde” qui est en lice pour la Matinale en Cavale, 5ème edition. Merci d’avance et bonne soirée!
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Alain d'Issy · il y a
Texte touchant et bien rythmé - j'aime
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Catherine Ackermann · il y a
Moment vécu en tant que maman...
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Abi Allano · il y a
Un très beau texte pour un moment difficile. Sur les rails de l'indépendance. (-: Bravo!
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Arlo · il y a
Excellent texte très réussi et agréable à lire. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invité à découvrir ses deux poèmes "sur un air de guitare" retenu pour le prix hiver catégorie poésie et "j'avais l'soleil au fond des yeux" de la matinale en cavale. Bonne chance à vous. http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/javais-lsoleil-au-fond-des-yeux
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