Un souffle pour me ramener à la vie

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Michael, marié, trois enfants... Et écrivain  [+]

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Je me souviens de son sourire. C’est elle qui m’a sauvé, c’était il y a deux ans. Deux ans, j’ai l’impression que ma vie d’avant, date d’il y a une décennie. J’étais devenu triste, aigri, moche, insensible, en roue libre... Ma vie était en pilotage automatique. De la faute à qui?
La mienne alors que je pensais durant tout ce temps que c’était de la faute des autres. C’était plus simple de rejeter la faute sur les autres. Je me souviens de ce jour, où elle a posé ses yeux sur moi. C’était il y a deux ans. Délivrance dans mon coeur et dans ma chair. Son regard sur moi me rendait beau. Simplement beau. A travers son regard, je voyais le monde en couleur alors que le mien était plongé dans l’obscurité. Elle s’approcha de moi ou est-ce moi qui fit le premier pas? Je ne sais pas, je ne sais plus, l’important n’est pas là. Nos bouches entrouvertes, le monde autour de nous n’existait plus. Une danse, deux-trois minutes pas plus et j’ai su. La chaleur de son corps contre le mien me faisait perdre le nord. Expression de vieux, je ne suis plus si jeune, même si j’essaie de me prouver le contraire. Main dans la main sur les pavés parisiens que je ne connaissais qu’à travers les cartes postales représentant les photos en noir et blanc de Doisneau, nous écoutions un écouteur chacun dans les oreilles, les fabuleux textes et mélodies de Gainsbourg. Quelques mois plus tard, alors que mon amour pour elle ne cessait de grandir, la malheureuse s’est rendue compte de la supercherie. Je n’étais pas moi. Quelqu’un d’autre s’était emparé de moi. J’étais devenu quelqu’un que je ne connaissais pas. Moi même, je me surprenais parfois à ne pas me reconnaître lorsque je me regardais dans le grand miroir de l’entrée. Qui était cet homme face à moi? Certes, j’étais devenu plus mince, plus affuté, plus beau... Mais j’avais toujours le même regard. Le regard d’un homme perdu. Que dis-je? Le regard d’un enfant perdu, un de ces gamins accompagnant Peter Pan dans le monde imaginaire grâce à de la poussière de fée, Oliver Twist courant sur les pavés de l’Angleterre du 19 ème siècle, Fievel Souriskewitz regardant la lune de ses yeux tristes... J’étais un petit garçon perdu. Perdu dans une vie qui n’était pas la mienne. Alors, ses yeux qui me regardaient plein d’amour et de tendresse un an plus tôt s’en allèrent, «Très loin là-bas, sous la lune d’opale...». Dans ma tête un pianiste joue quelques accords de Chopin pour que je me sente encore plus triste. Mes yeux pleurent l’amour perdu mais pas seulement. Mes yeux pleurent ma vie. Une vie faite de hauts et de bas. Et comme je suis malheureux, les bas prennent le dessus sur les hauts. Je voudrais m’arracher la peau, les yeux... Je voudrais en finir... Alors je hurle, je crie mon amour perdu à qui veut bien m’entendre. Je reste allongé longtemps, très longtemps, trop longtemps... Les nouvelles d’elle se font de plus en plus rare. Elle a choisi de s’en aller, de partir loin de mon corps meurtri... Comment lui en vouloir? C’est un peu plus tard, lorsque le temps a fait son travail que je me relève, pour la haïr, pour me mentir, pour me dire que rien n’est de ma faute, que la vie est une chienne... Qu’elle, partie avec un autre ne me mérite pas... Alors, j’erre dans les rues... Je rencontre une multitude de personnages bien plus abîmés par la vie que moi. Je me rends compte que la vie n’épargne pas les coeurs fragiles, les âmes en peine, les gens qui ne s’aiment pas... Alors je bois, je fume, je danse. Pour oublier, avec les gens paumés... Les gens comme moi, qui n’ont pas su être aimés, les abîmés de la vie, les copains d’un soir, les copines de l’âme, celles qui écoutent et qui pleurent en te faisant l’amour car rien d’autre n’a d’importance, les patrons de bars qui te payent à boire pour que tu leur racontes tes histoires, les jeunes filles paumées par une addiction qui va bientôt les tuer, les petits musiciens qui rêvent de gloire et moi... Moi... Moi et mon putain chagrin... Mon chagrin pour qui, pour quoi? Pour elle, pour ma vie, pour mon fils que je ne vois pas aussi souvent que je le voudrais mais qui est là mon beau gaillard, la meilleure copie de moi-même, alors je le regarde à travers mon téléphone portable qui me décroche une larme, puis deux, puis une fontaine. Je le caresse à travers mon écran sali par le gras des cacahouètes du bar... Je me promets d’être fort, de grandir, de me construire... De me reconstruire pour lui, pour moi, pour que le jour où il sera étoilé, il soit fier d’inviter son «Papounet» à manger à l’arrière, dans les cuisines de son restaurant New Yorkais. Je quitte le bar car je veux survivre, je veux vivre... Je respire fortement l’air pollué des pots d’échappement de la capitale et décide que cette soirée lacrymale serait celle du premier jour du reste de ma vie, comme le dit si bien Etienne. Je me redresse et essuie mes larmes. Je pense à elle. Les soirs suivants, je sors sans me mettre la tête à l’envers comme lorsque j’étais gamin à l’arrière de la voiture et que je regardais les nuages prendre des formes d’animaux extra-ordinaires ou ado lorsque j’aspirais à plein poumon les cigarettes magiques de mon copain sans cheveux. Je regarde le monde vivre, je souris à ses filles sans vie dans le regard. J’écoute leurs histoires à dormir debout pendant qu’elles écoutent mes envies de luxures. Je me reconstruis à travers leurs larmes en écoutant leurs mensonges qu’elles pensent réelles. Et moi, je pense à elle, toujours... Que fait-elle? Et avec qui? Pense-t-elle à moi parfois? Je m’endors sur nos souvenirs. Souvenirs d’un an de magie, de sourire, d’espoir... D’évidence.Alors, lorsque le matin suivant je reçois son appel mon coeur repart de plus belle. Bam, bam, bam... J’étais tellement dans les abysses de ma vie que lorsqu’elle est réapparue devant moi la semaine suivante, je me suis surpris à verser une larme, puis deux, puis trois. «Pourquoi pleures-tu?» Me demanda-t-elle. «Parce que la vie est belle parfois...», fut ma seule réponse. Deux jours plus tard, elle s’en alla. «C’est mieux comme ça!», et elle partit encore une fois, me laissant seul face à moi même. Seul, la voyant sur le quai de départ sans un regard pour moi, je me revois cherchant le regard de maman, celle qui ne m’a pas vu comme j’étais, celle qui ne m’a pas aimé comme j’aurais voulu être aimé... Je sais aujourd’hui, que c’est depuis ce jour que je cherche l’amour, je cherche le regard des autres, les regards qui vont m’aimer, me porter... Alors j’essaie de vivre, de survivre, de me construire, sans elle...C’est ce matin, dans mon bain dominical alors que mes pensées sont pour elle. Un message venant d’un portail magique d’une galaxie lointaine très lointaine se remet à vibrer. Un message de mon évidence, me demandant «Tu vas bien?». Je repose mon téléphone portable et plonge sans respirer dans le fond de la baignoire. De l’air, un peu d’air... Elle est mon oxygène... Je ne peux faire sans elle, mais je ne répondrai pas à son appel, car je sais que je ne vais pas bien... Pas bien du tout... Elle sera là seulement pour me donner un peu d’air car mon coeur, mon âme, tout mon être est enfermé dans une forteresse obscure... Son appel, même sans avoir entendu sa voix, me fait enfin comprendre qu’avant qu’un jour futur, elle ne m’aime à nouveau, j’ai besoin de m’aimer moi. Comment espérer être aimé, si moi-même, je ne m’aime pas? Qui suis-je? Qu’ai-je fait tout ce temps? Quel est mon histoire? Je l’ai lui, mon étoilé, ou plutôt il m’a moi... Alors pour lui, pour moi... Oui, pour moi, seulement pour moi, je vais devenir l’homme que j’ai toujours voulu être... Et peut-être qu’après tout ce temps, elle sera la femme qui m’accompagnera dans mon histoire, sinon, elle aura été l’air qui m’aura ramené à une vie qui était à coup sûr perdue d’avance. Elle m’aura alors seulement donné «un peu d’air»... Un peu d’air, un souffle pour me ramener à la vie.
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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo Michael, j'adore votre style! Très beau, vous avez ma voix!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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DEBA WANDJI · il y a
Tout simplement waouh!
J'adhère et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Eric diokel Ngom · il y a
J'ai bcp aimé. Un texte original et bien structuré .. un style fluide .. merci de consulter le mien avis et voté pour m'aider à progresser . toutes mes voix
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Utilisateur désactivé · il y a
toutes mes voies
svp votes pour moi !

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Yanis Auteur · il y a
Bonjour Mes 5 voix bravo pour cette histoire.
Je vous conseille aussi mon histoire pour le concour adolescent.
Voici le lien.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lhomme-10

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Keith Simmonds · il y a
Une belle plume por cette œuvre d'un réalisme saisissant !
Mon soutien ! Une invitation à découvrir “David contre Goliath”
qui est en finale pour le Prix Portez Haut les Couleurs 2020 !
Merci d’avance !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/david-contre-goliath-2

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Éléna Finot · il y a
Superbe 😍
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MICHAEL MARECHAL · il y a
Merci beaucoup
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Yann Olivier · il y a
Vous avez un style. Mes voix.
Je suis aussi à lire avec Gypsie, si le cœur vous en dit.

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MICHAEL MARECHAL · il y a
Merci beaucoup
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Leméditant · il y a
Récit d'une longue chute et d'une renaissance qui sait toucher par ses accents de vérité et de profonde humanité.
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Cristo · il y a
Un texte d'un réalisme et modernisme saisissant qui exprime sans nul doute un vécu par de nombreux hommes en rupture avec une vie qui les dépasse et en recherche du souffle qui redonnera un sens à leur vie. Bravo pour l'émotion omniprésente tout au long ce texte.
5 voix sans hésiter
Solarius en lice https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-air-de-rien-1.

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MICHAEL MARECHAL · il y a
Immense merci!!!