Un road trip, c’est une aventure pimentée par une dose d’imprévu

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Le goût de l'écriture m'est venu suite à la rencontre d'un écrivain. Depuis je n'ai cessé d'écrire. En ce moment, je travaille sur un roman, mais j'aime aussi écrire des nouvelles ou des textes  [+]

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Héloïse s’impatientait sur le bord de la route. Le type de route où l’on rencontre une voiture toute les deux heures. Elle prit une profonde inspiration, avant de se lever. Elle regarda autour d’elle. Des champs à perte de vue. Sa montre indiquait 15 heures. Cela signifiait que Yann était parti depuis plus d’une heure. Elle porta sa main à sa bouche et mordit l’ongle de son pouce. Elle n’aurait pas dû le laisser partir. Il n’aurait pas dû la laisser seule sur cette route. Un taré pourrait débarquer et... Elle chassa la vision qui l’assaillit.
Frénétiquement, elle appuya sur un bouton de son téléphone, qui mettait trop de temps à réagir. Elle le plaqua à son oreille. Six sonneries avant qu’elle bascule sur le répondeur de Yann. Elle s’assit à côté de la mobylette. Il aurait été là, il aurait une nouvelle fois dissipait cet imprévu d’un revers de main. Un road trip, c’est une aventure pimentait par une dose d’imprévu, disait-il. Pourtant, elle s’en serait bien passée.
Lorsque les premières gouttes tombèrent, un éclat de rire lui échappa. Le temps continuait à s’acharner. Héloïse sortit son équipement de pluie en pensant à leur road trip, à son enthousiasme initial et aux premiers jours.

Ils n’en étaient pas à leur premier road trip. Le dernier en date avait été en voiture. Lyon-Rome. Cette année, c’est en mobylette qu’ils s’apprêtaient à parcourir 550 km. L’objectif : faire Eu - Saint Malo en 5 jours. L’occasion s’était présentée lorsqu’ils avaient gagné une nuit dans un hôtel 4 étoiles à Etretat. A partir de là, ils avaient réfléchi à un circuit. Parcourir la côté s’était vite imposé comme une évidence. Ils n’avaient jamais eu l’occasion d’admirer les belles falaises de calcaires, ou de voir les longues plages de sables du Calvados. Pourquoi la mobylette ? Une autre occasion et ils avaient acheté deux 103 Vogue.
Ce fut leur première erreur. Pourquoi ? Ils avaient tout prévu ou presque. Sur le réservoir de chacun, un sac d’affaire était attaché. Ensuite, ils s’étaient répartis deux tapis de sol, une tente très compacte, une boîte à outils, etc. Ajouté à cela un grand sac à dos pour chacun. Les deux premiers jours, hormis un vent fort, rouler en mobylette était agréable. Mais les caprices de la météo, la pluie qui s’ajoutait au vent pendant les deux jours suivants rendirent leur road trip éprouvant. Ils firent une halte imprévue à Honfleur. Malgré leur équipement de pluie, Heloïse refusa de poursuivre sous ce temps de chien.

L’averse ne dura pas trop longtemps. Héloïse se rendit compte qu’elle avait surestimé la capacité de cette route à être fréquentée. Bientôt deux heures qu’elle attendait. Elle avait faim. Bien entendu, le paquet de barres de céréales se trouvait au fond du sac. Elle retira sans ménagement les affaires qui l’empêcher de l’atteindre. En grignotant, elle regarda les photos prises avec son numérique. Elle se figea un instant en regardant la photo de leur tente posée sur la plage. Sur la suivante, Yann posait et lui faisait son plus beau sourire.

Ils s’étaient arrêtés sur une plage du Calvados. Ils venaient de manger dans un restaurant de fruits de mer avant de partir en quête d’un endroit pour dormir. Yann avait eu l’idée de la plage. Il était tard. Le soleil était presque couché. Les chances qu’ils se fassent chasser d’ici étaient moindres, pensaient-ils, et ils partiraient dès les premières lueurs de l’aube. Ce fut leur deuxième erreur.
Après quelques bières, Héloïse s’était détendue et ne tarda pas à dormir. Elle fut réveillée par des bruits en provenance de dehors. Yann n’était plus à ces côtés. Elle braqua sa lampe de poche dehors avant de sortir de la tente. Il était à genoux et vomissait.
- Les fruits de mer ou l’alcool, demanda-t-elle rieuse.
- Ca devrait aller maintenant.
Ils regagnèrent la tente, mais au moment de s’y engouffrer, une voix autoritaire s’écria :
- Arrêtez-vous !
Héloïse laissa Yann s’asseoir. Elle fit face à 3 hommes en uniforme. La poisse, pensa-elle.
- Vous ne pouvez pas rester ici. Il est interdit de faire du camper sur la plage.
- Nous sommes arrivés trop tard pour prendre un emplacement au camping et nous n’avons pas les moyens d’aller à l’hôtel, expliqua-t-elle. Nous ne sommes pas en voiture, sinon nous aurions dormi dedans. S’il vous plait, laissez-nous et nous partirons très tôt.
- Non, madame. Vous devez quitter les lieux.
- Pour aller où ? s’énerva-t-elle.
- Vous avez une heure pour partir.

Héloïse se rappela que Yann prit cela avec philosophie. Mais ce n’était pas lui qui avait tout rangé sur les mobylettes, qui l’avait traîné jusqu’à un banc dans un abri bus. Lui, avait dormi sur son épaule, tandis qu’elle avait ruminait toute la nuit. Aujourd’hui encore, elle se retrouvait dans cette position.
Ils étaient arrivés à Dieppe et brusquement l’idée lui était venue de s’enfoncer dans les terres. On leur avait en effet vanté la beauté des paysages du Pays de Bray, l’authenticité de ses villages. Ce fut leur troisième erreur.
Pendant un temps, rouler était agréable. Les routes étaient très étroites et Héloïse se méfiait de la mauvaise visibilité. Souvent, Yann restait assez loin devant. Le bruit que faisaient leurs mobylettes les empêchait d’entendre arriver les voitures. Il ne fallait se fier qu’à la route et regarder aussi loin que possible. Lorsqu’elle déboucha d’un virage et vit la mobylette couchée sur le bas-côté, Héloïse prit peur. Elle freina si fort qu’elle bloqua la roue et dérapa. Tout se passa très vite. La mobylette se coucha et elle fut projetée dans le champ. Elle n’avait presque rien, juste mal à la cheville. Yann l’avait convaincue que la meilleure chose à faire était qu’il parte. Il devait être à 4 ou 5 bornes du prochain village. Ça lui prendrait peu de temps. Mais voilà que trois heures plus tard, elle était toujours seule.
Alors qu’elle prenait son portable, il se mit à sonner.
Numéro inconnu
- Chéri ?
- Je suis Mr Duval. Votre mari va...
La suite fut quasi-inaudible. Héloïse regarda son téléphone hébétée tandis que la pluie se remit à tomber averse.

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