Un regard pour un sourire

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Tout est possible dans la vie  [+]

Nous étions belles, nous étions jeunes... ça, nous l’étions, et pas seulement, car bien plus que belles et jeunes, il faut admettre qu’on était aussi bien folles qu’insouciantes ! Nous avions toutes entre dix-huit et vingt ans, l’âge de la liberté ; toutes, sauf ma sœur Azi, qui n’en avait que seize, même si sa corpulence lui donnerait facilement vingt ans. Cette période de la vie qui arrive aussi vite qu’elle repart, en nous laisse parfois des cicatrices et des souvenirs à la fois merveilleux et douloureux qui nous accompagnent tout au long de notre parcours vers la maturité.

De nature frivole et épicurienne, ma jeune cousine Vania et son amoureux Léo, un jeune et charmant entrepreneur nous invita à sa soirée. C’était le genre de soirée où le seul fait de connaitre l’existence faisait office d’invitation ; et faire sa petite liste d’invitées n’était qu’une simple esquisse de ce qu’allait être le vrai nombre.

Vania ma jeune cousine âgée de dix-huit ans comme moi à cette époque, avait prévue de clore la soirée dans un nouveau club récemment inauguré, en compagnie de son cortège d’amis comme dans ses habitudes. Mais nous trainions encore un peu car l’équipe n’était pas au grand complet . il fallait à tout prix que la jeunesse marbrée visite le nouveau club dit le « Onze ». Ce club qui était vue comme le Upper de la ville.

Une dernière amie venait de nous rejoindre ; et comme nous toutes, elle était aussi vêtue de bleu, la couleur que nous avions adoptée comme code vestimentaire, avec des robes moulantes et talons aiguilles. Elle était en retard ; et ça ne nous surprenait pas car, juste à la voir arriver toute belle, les addictes de maquillage comprendrait qu’une telle peinture de visage ne pouvait qu’être le fruit de plusieurs heures de soin et de préparation.

Pour une fois, nous n’étions pas beaucoup plus nombreux que prévu car cette fois-là, l’info de l’organisation de la soirée n’a pas fuitée. Nous n’étions finalement que onze comme une équipe de foot; cinq filles, et six garçon. Nous avions bien nos habitudes chez Leo ; mais le bémol était que l’alcool ne pouvait pas couler à flot, malgré la grande taille des bouteilles de bière de mon pays. Leo était musulman, comme toute sa famille. Mais en revanche, nos amis fumeurs ont réussi à enflammer la soirée en remplissant le living de fumée comme à l’accoutumé lors de nos soirée. Le cendrier sur la table était bien rempli des cendres à la fois noirâtre et grisâtre.

Les filles avaient l’habitude de se retirer entre elles pour bavarder des derniers ragots et nouvelles. J’étais donc avec elles lorsque l’envie de m’éloigner un peu du patio où nous étions toutes assises me pris soudain. C’était un soir de pleine lune, et la soirée belle.

Une piscine ornait le centre du patio. Un petit courant rafraîchissant de juillet soufflait et balayait mes cheveux vers l’arrière ; je ne savais plus vraiment si j’avais le vent dans les cheveux, ou les cheveux dans le vent lorsque je me dirigeais vers la piscine tout en me déchaussant. Je descendais les trois premières marches de la piscine, trempant ainsi mes jambes jusqu’à mit cuisse, presqu’où ma robe bleu moulante s’arrêtait. Je me souviens encore aujourd’hui de cette robe qui pouvait bien faire pâlir un prêtre et énervé les bonnes sœurs. Rire...

Je me mis au bord de la piscine, contemplant le reflet de la lune sur la surface de l’eau lorsque ma sœur Azi vint près de moi partager cette expérience à mes côtés, les pieds nus dans cette eau un peu glacée. Nous frissonnions un peu et nous en riions aux éclats tout en ventant cet exploit réalisé sans tenir compte de tout ce qui se déroulait autour de nous.

En balayant du regard le patio sous son claire de lune, je vis soudain un homme brun d’environ un mètre quatre-vingt-dix débarquer de nulle part. Je n’avais pas fini d’être surprise de le voir là, près de nous, qu’il avait déjà fini de nous saluer et de passer sans même nous laisser le temps de lui répondre.

- Vania, dis-je à ma cousine, le connais-tu ?

- Non Ela! répliqua-t-elle, je ne l’avais jamais vu avant ce soir. Il doit sûrement être un ami du frère aîné de Léo.

- il me semble assez étrange ; dis-je à Vania.

- oui, en effet, me répondit-elle, je ne me souviens pas l’avoir rencontré lors des présentations. Mais bon... je vous ressers à boire les filles ?

-oui, un soda pour moi... répondit Syzie la copine à ma sœur Azi qui entretemps discutait avec elle du rouge à lèvre qui conviendrait le mieux avec sa robe.

Sans vouloir interrompre la conversation des filles avec lesquelles j’étais, Léo arriva en toute tranquillité nous annoncer que sous peu nous devrions aller au «Onze», ce club qui venait d’être inaugurer le week-end d’avant notre soirée. Le Onze venait d’ouvrir avec la réputation d’être le plus respecté et chaud de la ville, avec son DJ de renom, tatoué du cou au poignet droit où une dizaine de bracelets multicolores pendait. Cette nouvelle nous ravie toutes, au point où nous allions nous pomponner de nouveau.

Après presqu’une heure, nous étions toutes prêtes. Oui, presqu’une heure ; le onze n’étais pas n’importe quel club, fallait bien une retouche digne du Onze ! Parfumées comme des geishas, robes moulantes et talons aiguilles, nous ne pouvions qu’attirer les yeux des garçons qui nous accompagnaient à ce club ; mais pas qu’eux...

C’est à peine arrivé au club, qu’un ami de Léo se déclara et m’invita à danser avec lui. Je ne connaissais pas son nom, Il avait trop tendance à se coller contre moi durant la danse que j’avais eu du mal à lui refuser la danse pour pas le vexer. Il me collait telle une limace. De taille moyenne, cheveux lices aux grands yeux, il frôlait presque l’anorexie.

J’avais du mal à le repousser et je lui accordais une autre danse malgré moi sans trop en faire. Au bout d’un moment, ne sachant plus contenir mon rire, mon sourire me trahissait à force de le voir sautiller dans tous les sens. Le pauvre me prit la main par le poignet et m’amena avec lui hors du club, dans le hall loin des bruits. Et tout ceci se déroulait sous le regard attentif de cette inconnue du patio qui ne me quittait plus des yeux. Mon dragueur anorexique alluma sa cigarette et aspira un bon coup de fumer au point de se rougir les yeux et le visage. Au bout de quelques seconds, quinze tout au plus, il se lâcha et me déclara sa flamme.

Je restais sans voix L’inertie et l’indifférence dont je faisais preuve confirma ses doutes sur mes sentiments qui ne s’accordait pas aux siens. Essayant de rester courtoise, je venais de rejeter avec délicatesse et élégance ses avances. Un peu déboussolé et faisant semblant, Il retournait à l’intérieur du club tout seul, sans moi, me laissant derrière lui. Je reprenais mon souffle et je retournais rejoindre ma meute sur la piste comme si de rien n’était.

Quelques minutes plus tard, alors que nous étions toutes assises avec les amis de Léo et Vania, le DJ presqu’en transe sous son casque noir enchainait morceaux et tubs bien saccadés. Nous sentions la musique dans nos jambes et finalement dans nos tripes lorsqu’il balança « Crazy in Love » dont nous étions tous fans. Amusée et emportée par ce son, je me sentais comme téléportée sur la piste et me mis à danser. Je n’étais plus en moi ; je me déhanchais en toute désinvolture... je bougeais dans tous les sens, et je ne pouvais pas soupçonner qu’un regard attentionné était en permanence jeté sur moi. De gauche à droite, je tournais sur moi-même avec un sourire qui ne me quittait pas.

Je ne savais pourtant pas que tous ces mouvements me plaçaient à coup sûr dans la ligne de mire de cet inconnu beau et brun de la piscine don la taille environnait le mètre quatre-vingt-dix qui désormais, ne me quittais plus des yeux.

Comme par le pire des hasards, je sentais qu’il commençait à se passer quelque chose dans ma vie. Elle semblait commencer à changer. Il me regardait avec désir, ma danse baissait de rythme et d’intensité, je passais de l’emprise de la musique à l’emprise de mon imaginaire stimulé par ce regard possédant. Comme un aimant la piste retenait ceux qui y étaient déjà, mon cas, et attiraient ceux qui n’y étaient pas encore, le cas de mon désirable inconnu, qui finit par m’y rejoindre. Il ne pouvait plus résister longtemps à mes mouvements cadencés auxquelles il a synchronisé les siens.

Nous dansions ensembles, côte à côte. Une danse qu’il n’aura pas pris le temps de demander ; une danse que j’aurai sans doute accordée avant qu’elle me fut demandée... il était aussi ivre de mon charme que je l’étais de lui. A croire que quelques heures plutôt, il me semblait si indifférent, que je comprenais à l’instant la portée de la fameuse phrase de Pascal « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».

Il ne m’avait encore rien dit, que je ne pouvais plus m’empêcher de le regarder et d’apprendre par cœur chaque trait de son visage alors qu’il me regardait droit dans les yeux. Ses yeux d’un vert d’émeraude me faisaient chavirer. Sans trop le connaitre, je pouvais dire qu’il avait des cheveux noirs comme le pétrole de son pays, avec sa peau blanche mais un peu basanée sur son corps d’athlète olympique et ses jambes biens ciselés. Parfumé comme un prince du désert, il était simplement beau avec son allure chevaleresque qui m’avait entièrement conquise. Le bruit du Onze enflammé par la musique à tue-tête n’était rien face aux petits murmures qu’il glissait à mon oreille d’une voix qui me berçait comme une douce mélodie dans ce bruit. Cupidon venait de frapper fort !

J’étais foudroyée dans cette longue et exaltante soirée riche en émotions. Nous avions tous quitté la piste pour nous assoir autour d’une table dans le hall du club. Les uns près des autres, la glace venait d’être brisée. Nous apprenions finalement tous à mieux nous connaître, ou plutôt presque. Les filles de bonnes familles rentraient toujours assez tôt dans la nuit, avant nous autres et les garçons qui pouvions rester jusqu’au petit matin.

Il commençait presqu’à faire jour lorsqu’après avoir assez roucoulé toute la nuit, mon bel inconnu se leva de sa chaise pour me dire au revoir avec une tête de nigaud et indifférent devant les moqueries de Leo et sa bande d’amis.

Tout s’est passé si vite qu’Il ne m’avait même pas dit son nom. Le jour suivant, je n’avais plus que son visage et son parfum dans ma tête.

Ce fut un sourire pour un regard, ce fut celui de mon bel inconnu.
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Jacquie Karthof · il y a
Très émouvant, une très belle histoire.
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Mwepu M Sarah · il y a
Merci bcp !!!
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Gabriel SISONGWE · il y a
Belle histoire avec un joli enchaînement des faits...
...nos 18,19 et 20 ans, une période qui passe aussi vite qu'elle n'arrive vraiment... Merci