Un regard neuf

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L'écriture une passion, qui me dévore tel un poison. Bien qu’Etudiante en médecine, J’ai toujours aimé écrire sur moi, sur les autres, sur tout. J’adore inventer et rêver. Alors êtes  [+]

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Ah, l’été ! Le soleil grisant et la chaleur à son paroxysme. Mes cheveux blonds attachés en queue de cheval et de grosses gouttes de sueur perlant sur mon front. Je me délectais de la légère brise qui pénétrait dans la voiture, rafraichissant ma peau martyrisée par la canicule. Je demandais toutes les cinq minutes : « Chéri, où allons-nous ? Sommes-nous bientôt arrivés ? » Mes questions incessantes, n’exaspéraient guère mon mari qui gardait son calme au volant, ce qui attisait davantage ma curiosité. J’ignorais où il m’amenait. Cet après-midi, il m’avait juste dit : « Kate, habille-toi confortablement, on fait une virée en voiture. » A sa grande satisfaction, je m’étais exécutée docilement. A vrai dire, sa proposition me surprit et me ravit, d’autant plus que cela faisait pratiquement un an que nous n’avions pas eu de véritables sorties.
En effet, j’avais été atteinte d’un cancer du sein droit, décelé tôt heureusement. Dès le premier diagnostic, René avait complètement changé. Il était devenu froid et distant. Tout se résumait à son travail. On parlait peu, se confiait moins et nos seules conversations ne portaient que sur mon état de santé. Maintes fois, je voulais lui avouer mon mal-être vis-à-vis de son comportement. Cependant, je craignais de rendre cette situation encore plus difficile. Je me contentais d’éviter tout ce qui pouvait causer la moindre dispute.
Aujourd’hui que je suis guérie après plusieurs séances de chimiothérapie, je suis perdue dans notre relation et doute des sentiments de mon mari.
Il y avait une certaine tension au début de notre trajet. Tournée vers la vitre, je réappréciais silencieuse, les merveilles du paysage pittoresque de Grenoble. Tout était toujours aussi magnifique. En traversant Saint-Laurent, je m’extasiais en observant les téléphériques qui mènent au fort de la Bastille. René le remarqua, et se mit à se moquer de mon étonnement, qu’il qualifia d’enfantin. En les contemplant également, il me rappela ma frayeur il y a deux ans, lorsque nous étions montés dans une de ces bulles aériennes. Et nous fredonnâmes ensemble, la chanson dont il se servit pour me rasséréner ce jour. Sur ces premières notes musicales qui détendirent l’atmosphère, nous nous mîmes à chanter toutes sortes d’airs, pendant une bonne demi-heure. Le reste du temps, j’étais bercée par les ronronnements du vieux moteur.
Subitement, la voiture abandonna la chaussée, roula quelques secondes sur le bas-côté, puis s’immobilisa. René en fit le tour, et m’ouvrit la portière, avant de déclarer sur un ton théâtral : « Bienvenue à Saint-Hilaire-du-Touvet, le sanctuaire de ma jeunesse. » Il déposa sur le sol tout un attirail retiré du coffre. En voyant le matériel de parapente, je devinai la raison de notre présence en ces lieux. René adorait cette activité, mais depuis ma maladie, il n’en faisait plus. J’étais larguée. En voiture, il avait été attentionné et aimant. Je n’étais plus habituée à cette facette de mon époux, inexistante au cours de mon alitement. Intriguée, je le questionnai sans ménagement :
- « Pourquoi tout ceci ? Quelle est cette prévenance René ?
- Je ne comprends pas. De quoi parles-tu ?
- Voici bientôt plus d’un an, que tu es différent, absent quand il s’agit de nous. Tu me délaisses, toujours absorbé par ton boulot. Pourquoi te plies tu en quatre maintenant ? Me trompes-tu ? ai-je hurlé »
Il s’approcha de moi en me fixant langoureusement, puis il chuchota au creux de mon oreille : « Tu es et resteras mon unique amour. La femme pour laquelle je vis et respire. Effrayée par l’idée de te perdre, je travaillais dur, afin que tu bénéficiasses des meilleurs soins possibles. Je suis désolée que tu te sois sentie abandonnée chérie. » A ses mots, je fus prise de remords. Tout ce temps, j’avais été égoïste, ne pensant pas à René qui m’aimait tant. Je déposai sur ses lèvres un baiser et nous nous embrassâmes tendrement.
A présent sur la même phase, nous empruntâmes le sentier à notre gauche. A mesure que nous nous engouffrions dans la nature, les sons routiers assourdissants des véhicules bariolés s’évanouissaient, et laissaient place aux gazouillis des oiseaux. En nous frayant un chemin entre les troncs d’arbres obscurcies par leur propre feuillage, nous sentions sur notre peau la douceur et la pureté de l’air.

Arrivés à l’aire de décollage, il installa son arsenal et ficela nos deux corps avec les harnais de sécurité. Les casques sur nos têtes, nous étions fins prêts à décoller. Sentant la peur m’envahir de nouveau, il me dit : « Ne t’inquiète pas chérie, tout va bien se passer. » Sa phrase me rassura. Nous nous mîmes à courir par petits sauts sur la pente, et l’instant d’après nous étions dans les airs. Nous flottions sous l’emprise du vent impétueux qui tout en entrainant le voile, nous donnait la chair de poule. Le spectacle qui s’offrait à nous était un délice pour nos pupilles. La nature verdoyante, s’étalait à l’horizon. Les arbres et les habitats tous aussi minuscules dessinaient çà et là des figures géométriques parfaitement distinctes d’en haut. Devant nous, se dressaient fièrement les sommets montagneux ; ces géants de la nature, dont la couleur grisâtre contrastait agréablement avec la verdure. En nous approchant de « la via ferrata », un itinéraire alpin aménagé dans une paroi rocheuse, nous rencontrâmes une falaise. Nous ne percevions alors plus que le bruit sourd de l’eau fleuretant avec les rochers, et la fraicheur très agréable émanant de la source. Dommage que cet instant ne fut que de courte durée. Au loin, on apercevait, les fameux monts blancs à l’allure époustouflante. Je crus un moment que le temps se figeait, ou voulus-je qu’il se figea, tant j’étais heureuse. Je revivais dans ce paysage, et oubliais tous les problèmes de ces douze derniers mois. Mes souffrances, ma mélancolie avec René, tout s’était effacé. Le monde me paraissait nouveau, l’amour encore plus beau, j’étais enclin à un regard neuf, survolant le paradis qu’est Saint Hilaire, en Isère.
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Zouzou Z · il y a
Une symbiose salvatrice...
En lice ' Idylle aux Ecrins' si vous aimez...

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Marie Sarah M · il y a
ok je vais immediatement la lire
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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Jolie communion avec la nature.
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Marie Sarah M · il y a
Merci 🙏🏾
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Keith Simmonds · il y a
Mon soutien pour cette œuvre bien conçue, attachante et pleine d'optimisme ! Une invitation à venir vous dépayser dans mon “Dépaysement au Royaume des Animaux” qui est également en compétition pour le Prix Short Paysages –Isère 2020. Merci d’avance ! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/depaysement-au-royaume-des-animaux
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M. Iraje · il y a
Il est bon quelquefois de prendre de la hauteur ...
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Marie Sarah M · il y a
Exactement
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Tnomreg Germont · il y a
Magnifique ! merci à vous - ma voix
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Marie Sarah M · il y a
Merci à vous🙏🏾
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Abdoul Aziz Dione · il y a
Ah j’ai adoré c’est assez superbe pour une histoire si courte pleine de sens !!!
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Marie Sarah M · il y a
Merci🤗 Aziz
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Ginette Flora Amouma · il y a
Un beau texte sur le bonheur auprès de la nature .
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Marie Sarah M · il y a
Merci Flora🙏🏾
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Eden Josuée Mouandza · il y a
C'est une belle petite histoire. Bravo Marie-Sarah
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Marie Sarah M · il y a
Merci 🙏🏾 Eden
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De margotin · il y a
Super beau.

Je vous invite à découvrir mon nouveau recueil de poèmes en lice au grand prix du manuscrit 2020.
veuillez cliquer sur ce lien http://www.lajourneedumanuscrit.com/Stigmates
Pour lire l'extrait et sur j'aime pour connecter, puis sur j'aime à nouveau si vous voulez le soutenir au grand prix de la journée du manuscrit. Merci beaucoup
Salutations chaleureuses

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Marie Sarah M · il y a
Ok ne vous inquiétez pas je passerai lire votre manuscrit 🙏🏾
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Arnely Matissa · il y a
Je t'assure c'est trooopp beau et merveilleusement bien écrit ♥️♥️
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Marie Sarah M · il y a
Merci beaucoup 🙏🏾