Un = quatre

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Petit lecteur et écrivain du dimanche (et encore, ceux de vacances!). N'hésitez pas à me faire part de vos ressentis! :)  [+]

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Il était une fois, au XXVIIe siècle, dans une région lointaine de tout et de rien, un vieil homme. Son nom était Archibald. Il vivait dans sa maison perchée sur une colline abrupte. Il était seul. Autrefois, ce vieil homme était maire de la grande ville de Nampon, une ville glorieuse et puissante du désert. Il y a vraiment très longtemps. Si longtemps que maintenant plus personne ne se souvient de lui. Il n’a jamais eu de femme, peut-­être même jamais de parents. Il n’était pas doué pour se faire des amis. Il était autoritaire et fermé. Maintenant Archibald est triste. Il aimerait bien que quelqu’un lui rende visite de temps à autre dans sa bien trop grande maison ! Dans le passé, c’était un inventeur de génie. Mais ce fut il y a très longtemps… C’étaient ses inventions qui l’avaient fait devenir maire. En effet, qui résisterait aux élections face à un homme capable d’équiper la ville de camions-­poubelles autonomes, de plantes qui s’éclairent la nuit et même de trains volants qui désengorgent la cité ?

Un matin ensoleillé d’un printemps nouveau, il eut une idée pour s’extirper de sa solitude. Une idée de génie. Il trima toute la nuit, toutes les nuits de l’année, et même parfois le jour. Heureusement pour lui, les bruits de scies, d’explosions, de téléportations ne pouvaient gêner personne, de par sa localisation. Une fois son invention achevée, il organisa une fête dans son immense demeure, pour présenter cette nouveauté au monde entier. Mais le monde entier ne vint pas. Archibald resta seul dans sa maison, à pleurer. Toutefois, détestant ce monde misérable qui le refusait, il mit en marche son invention. C’était une machine à cloner. L’idée de base était de cloner les personnes qui viendraient à sa fête, afin qu’ils restent avec lui dans sa maison. Il décida alors de se cloner lui-­même. En effet, qui est pareillement méchant, détestable et opiniâtre que lui ? On dit que ceux qui se ressemblent, s’assemblent ; donc qui souhaite que l’on lui ressemble se divise. Le lendemain, il ressortit accompagné de ses trois clones, qu’il a nommés Archi, Iba et Bald.

Au début, la cohabitation se déroula de façon agréable et sereine ; Archibald avait explicité à ses semblables pourquoi et comment leur maître s’est dédoublé. Néanmoins, la situation se dégrada bien vite. Archibald, qui avait la coutume de prendre des bains de plus de sept heures, ne pouvait plus satisfaire son besoin, la salle de bain étant continuellement occupée. Ses copies s’étaient bien trop accoutumées à ses habitudes ! Par la suite, l’argent vint à manquer pour s’offrir de quoi se repaître à tous quatre. Ce problème devint rapidement un véritable défi. N’ayant aucun commerce aux alentours de sa demeure, Archibald s’arrangeait et trouvait auparavant sa pitance par livraison, qu’il réglait grâce à sa misérable retraite. À quatre, il n’arrive plus à payer les frais d’importation.

Archibald regretta alors d’avoir créé ses clones et les invita à disparaître dans la machine qui était à l’origine de leur création. Ils refusèrent tous d’une même voix l’abandon d’une vie à laquelle ils commençaient à prendre goût. Les copies proposèrent à Archibald un marché. Le chantage était tel qu’Archibald était obligé de trouver de l’argent, sinon ils se feraient passer pour lui et le calomnieraient en public. « Vous n’obtiendriez pas satisfaction en espérant me faire chanter de la sorte ! Personne ne se souvient de moi, et quand bien même un pluricentenaire me connaîtrait encore, il s’en ficherait de moi et bien plus de mes propos ! » leur répondit Archibald. Les reproductions, ayant hérité du génie d’Archibald, lui proposèrent une autre offre : « Tu as le choix. Sois tu déniches l’argent nécessaire pour l’achat de nourriture, soit nous intervenons de manière brutale dans le monde des humains ». Archibald resta ferme et décidé. Pourtant, à la vue des massacres, des guerres engendrées par le génie de ces seuls trois hommes, Archibald se plia à leur requête.

Malheureusement, Archibald est bien trop âgé pour exercer un métier autre que celui d’inventeur, la dureté de la reconversion professionnelle une fois la barre du cinq-­centième anniversaire passé est insurmontable pour une personne de son âge. Il ne peut essayer de revendre ses plus fameuses inventions des temps passés, celles qui lui avaient fourni gloire, richesse et une quasi-­adoration dans les années 2300 étaient bien dépassées en 2630, dans ce monde où téléportation et immortalité sont les maîtres-­mots de l’humain au quotidien. Qui aujourd’hui a encore besoin d’un robot à la fois jardinier, cuisinier, majordome ou bien garde du corps ? Il ne peut pas non plus essayer de s’adapter et d’inventer de nouvelles machines, il lui faudrait des millénaires pour s’adapter aux siècles perdus de sa retraite d’inventeur.

Archibald changea les règles du jeu. Au lieu de travailler, comme l’aurait fait toute personne dont le génie n’est pas attesté, il construisit une machine qui « enrichit formidablement son utilisateur ». Cette machine a pour but de donner le pouvoir de changer la matière de tout objet. Archi, Iba et Bald, ravis et satisfaits, essayèrent la machine. Ils changèrent l’or, devenu dépassé lors de l’exploration de Pluton, recouvert de ce minéral, en terre, la matière la plus chère au monde depuis que la planète bleue fut intégralement polluée. Ils créèrent une colline, non, une montagne, non, une nouvelle planète constituée seulement de terre. Bald s’écria : « Plus jamais je ne serai concerné par la faim ! ». Archibald alluma des fusées, qu’il avait au préalable soigneusement dissimulées autour de sa création. Les clones, qui vagabondaient déjà sur leur planète créée selon leurs désirs et par leur malhonnêteté, décollèrent et partirent loin, très loin, suffisamment loin pour qu’Archibald eût la satisfaction de ne plus jamais les revoir de toute son existence. Il soupira, heureux et accompli, en observant cette micro-­planète s’échapper du système solaire.

L’humanité lui fut reconnaissante de l’avoir libéré de ce fléau de méchanceté et de bêtise. On lui fit construire un potager sur toute la colline qui soutenait sa maison, grâce aux restes de terre. Ce potager fut un lieu de rencontre, on vint du monde entier pour admirer ce bienfaiteur de l’humanité planter ses carottes. Archibald sortit de son quotidien d’homme réservé, isolé et enfermé dans son atelier à dévorer des pilules pour goûter à la vie et à des aliments frais, ce qui est une nouveauté pour tous. Un village fut créé au pied de la colline. Tout le monde aida Archibald dans son potager. Une ville naquit. Archibald fut élu maire à l’unanimité. On appela cette ville nouvelle Apta, dont une rumeur affirme que ce nom signifierait en fait « Archibald Pour Toujours Aimé ». On n’eut plus jamais de nouvelles d’Archi, d’Iba et de Bald. On dit qu’ils n’auraient fait que se battre et qu’ils auraient taché leur planète de leur sang, la rendant totalement stérile. Ils sont destinés à pleurer famine le reste de leur existence. Archibald fut heureux jusqu’à son dernier souffle.

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