Un poisson nommé John Magic Bomba

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Jeune écrivain talentueux.  [+]

Image de Automne 2020
« Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l’avenir. »
Alphonse Allais

John Magic Bomba était un poisson de la race des shouchoutans. Peu commun en Europe ou dans tout autre continent, le schouchoutan est un très sympathique compagnon qui sait généralement parler français, anglais et japonais.

J’ai rencontré John Magic pendant que je pêchais la baleine dans le bateau pirate du capitaine Crochet. Alors que nous admirions les poissons ramenés par nos filets, j’entendis une voix qui criait :

Let me out! Let me out! Bunch of savages!

À l’époque, je ne parlais pas un traître mot d’anglais et je dus me contenter d’attraper le beau poisson rose qui gigotait sur le sol du navire. À ma tête d’entêté, il dut reconnaître que j’étais français, car il me dit :

— Mon nom est John Magic Bomba, je ne suis pas comestible ! Si tu me relâches maintenant, je te promets de venir t’aider au moment où tu seras le plus désespéré. Il te suffira de crier Magic trois fois et j’apparaîtrai. Si tu ne me relâches pas, je te tue toi et toute ta famille.

Devant l’autorité de ce joli poisson, je m’exécutai, je pris le risque de me faire licencier par Crochet le flibustier et je jetai John Magic à la mer.

Des années passèrent et il ne m’arrivait que très rarement de penser à John Magic, quand je me remémorai cet étrange moment, je me sentais un peu honteux de ne pas avoir partagé cette belle prise avec le reste de l’équipage.

À la retraite de David Crochet, je fus nommé capitaine Pirate par l’intégralité de mon équipage, ce fut un moment de fierté. Je jurai fidélité à mes marins et je leur assurai que rien ne me détournerait de l’intérêt du collectif. Nous passâmes trois jours et trois nuits à célébrer ma nomination dans un bordel de l’île d’Oléron.

Malheureusement, quelques mois plus tard, une mutinerie éclata sur mon navire alors que nous voguions sur l’océan pacifique. On me reprochait une trop grande rigidité, toutes les mains se sentaient maltraitées ! Pour me récompenser, ils me jetèrent par dessus bord, me laissant être la proie de la soif, de la faim et surtout des requins.

Au bout de deux jours, la folie me gagnait, j’étais complètement déshydraté, je me savais condamné et j’espérais seulement qu’une mort rapide vienne me délivrer. Des larmes salées coulaient sur mes joues quand un mot me vint à l’esprit. De mon cerveau, le mot sauta vers ma bouche et presque contre ma volonté, je m’entendais crier :

— MAGIIIIC MAGIIIC MAGGGGGIIIIIC !

Et comme par enchantement, John Magic Bomba apparut devant moi vêtu de lunettes de soleil noires et d’une casquette New York :

— John Magic à la rescousse ! Tu as le droit à trois vœux, mon frère, ce que tu veux mon ami ! Je peux te rendre riche ou te faire roi d’un pays. Mais vu comme tu es laid, je pense que tu vas vouloir que je te refasse le portrait…

Les forces me manquaient et je dis timidement :

— Je veux juste sortir de l’eau.

Ma phrase à peine finie, je m’envolai et me retrouvai transporté vers l’île la plus proche.

Malheureusement, l’île était déserte, je ne pouvais pas y survivre plus d’une journée. Je choisis comme deuxième vœu d’être dans ma maison bordelaise. Le poisson se mit à chanter la Marseillaise, et en quelques secondes j’étais dans mon lit, dans ma grande maison girondine.

John Magic qui avait dû en perdre son latin me dit :

Your third wish bro, what’s your third wish?

Je réfléchissais à tous mes rêves, tous ces projets que j’avais abandonnés en grandissant. Une idée me vint malgré moi : toute ma vie, j’avais été égoïste, chaque action que j’avais faite jusque là servait mon propre intérêt. Mes marins n’avaient pas été dupes et au bout de quelques mois, il s’était rendu compte de ma vraie identité, j’étais né pour profiter. Je marchais sur les gens, je ne cherchais jamais qu’à écraser…

C’est alors que j’eus une inspiration un peu folle :

— John Magic, je veux être comme toi, un poisson qui sauve les gens, je veux être un MAGIC !

Le beau poisson était outré, il m’expliqua que John Magic était son prénom et qu’il appartenait à la race des shouchoutans. Il me frappa de toutes ses forces à la mâchoire pour me punir de mon erreur puis il me dit :

— Mon frère, tu es sûr que tu ne préfères pas devenir millionnaire ? Le prends pas mal, mais t’avoir comme compagnon pendant quatre-cents ans, ça me dit moyen.

Je ne me suis pas senti la force d’argumenter, j’ai accepté le million, et depuis j’ai racheté un bateau et engagé des nouveaux marins ; et croyez-moi, j’en fais baver à ces vauriens ! Quant au beau poisson rose, quel destin morose ! Je l’ai tué puis je l’ai brûlé, j’ai jeté ces cendres dans mon évier. MAGIC MAGIC MAGIC, tu ne viendras plus m’embêter !

À bon entendeur,

Timothée Hook
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