Un poignet

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le hasard...l'envie...la nouveauté.... associés à une vie de famille, à un travail et à un quotidien avec ses peines et ses immenses joies  [+]

L’importance des veines douces et sensibles du poignet étaient un secret de ma grand-mère confié un jour de vacances : j’ai chaud, un filet d’eau froide sur mes veines fait monter la fraicheur. Quand le froid se faufile le long de mon corps, emmailloter mes poignets de tissus chaud coupe cet envahissement glacé.
Le prof de gym arrivait toujours à briser cette harmonie, été comme hiver. Jamais, je n’ai su, à la fin des tours de pistes, prendre mon pouls en posant un doigt ou deux doigts, en exerçant une pression ou pas, pour compter quoi ? je ne ressentais pas ce que je ne savais pas chercher. Le système scolaire commençait à me perdre. J’étais inquiète : pourquoi je ne savais pas faire alors qu’aucun médecin ne m’avait dit que je n’avais pas de pouls.... Qui se trompait le prof de gym ou le médecin ? je ne savais pas à qui il fallait que j’en veuille.
Cette fragilité de mon poignet grandit avec moi. Petite, je regardais les poignets autour de moi pour y chercher ces entailles décrites dans les livres, à jeter un coup d’œil pour chercher l’occasion impossible de pouvoir dire « raconte-moi», « pourquoi as-tu pensé à mettre fin à la vie ? », « comment part-on dans une baignoire tout habillé? », « Comment connaitre ce moment où on fait le dernier geste de tailler ? ».
Je me suis rapidement félicitée d’avoir gardé mes poignets intacts de toutes boursouflures car le premier chercheur d’amour de plage a lu les lignes de ma main pour finir doucement sur mon poignet. Ces doigts insistants sur la peau fine ont fait résonner des émotions joyeuses si différentes de mes précédentes obsessions de porcelaine blanchâtre des baignoires. Plus tard, les doigts glissés sous les manches des pulls pour des ballades sans fin dans les rues de paris me réchauffaient beaucoup plus que les conseils de ma grand-mère. C’était si doux, si éternel. J’étais souvent surprise en rentrant de ne pas y trouver des marques d’usure et si contente, de retrouver mon amour dans un café se saisir de ma main et la rendre prisonnière de sa caresse sur mon poignet.
Mes poignets se sont usés, un jour. Lorsqu’un homme avait pris pour habitude de m’attraper le poignet pour le tirer, pour me trainer. Je crois qu’il n’a jamais connu la face cachée douce et sensible mais simplement mes os du poignet avec cet étau qui les enserrait. « Viens », « Plus vite », « suis-moi ». Epoque où, en rentrant, je massais, doucement, pour faire disparaitre les marques de bracelet incrustées dans ma peau. C’était cette façon de me bousculer, comme un enfant que je n’ai jamais été, qui ne pouvait pas s’éterniser. Mon poignet a eu la force de m’alerter. La révolte de mon poignet m’a permis d’offrir un chien avec un collier à cet homme et de le quitter, lâchement, toujours... Il n’a pas pu comprendre mon cadeau de rupture.
Aujourd’hui, je suis à la place où j’ai vu la dernière fois ma grand-mère, j’ai froid. Nous avons une aiguille plantée dans nos veines douces et sensibles, aujourd’hui blanchâtres, de nos poignets. Si fragiles, mais qui se battent pour nous apporter la vie, un souffle de résistance. A l’autre poignet, nous avons un bracelet avec notre nom. J’aurai dû prendre avec moi ceux que j’ai gardés de la naissance de mes enfants, seule la taille du poignet change.
Ma chère grand-mère, je me souviens avoir caressé ta peau, je me souviens de ton regard maternel, car ma mère, ta fille, nous avait déjà quittés. Tu n’avais pas la force de me parler d’histoires de poignet, je le fais pour toi aujourd’hui.

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