Un plus deux égale quatre

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La jeune fille aux cheveux d’or se promenait dans les rues du village, insouciante et naïve. Enfin c’est ce qu’elle laissait paraître. Native de ce petit village où tout le monde se connaissait, elle était appréciée de tous. Âgée de pratiquement quinze ans, on ne lui en aurait pas donné plus de treize. Le village était encore endormi, et elle se retrouvait seule dans les rues pavées, libre. Voila une chose dont elle rêvait, une vie libre et loin d’ici. On disait que la ville était dangereuse mais elle n’y croyait pas. Comment un endroit si grand, pouvait ne pas être accueillant ? D’anciennes légendes disaient que la ville la plus proche se trouvait de l’autre coté de la forêt dense qui entourait le petit village.
Arrivée devant les grands arbres, elle s’arrêta et observa les ténèbres. Aurait-elle le courage d’y pénétrer ? Seule ? Avec le risque de se perdre et de mourir ? Pas un instant elle ne pensa à ses parents qui seraient mort d‘inquiétude. Sa soif de liberté était trop forte. Elle devait se décider, et vite. Elle entendait déjà les gens se réveiller et bientôt sa chance de s’évader s’envolerait à nouveau comme la nuit, car ce n’était pas la première fois qu’elle y pensait. Elle se retourna une dernière fois et vit sa mère courir vers elle en criant : « Charlotte ! »
Cela la fit réagir et elle partit en courant vers la forêt de tous les dangers. Charlotte entendit des cris mais elle ne se retourna pas une seule fois. Après être sûre que plus personne ne pourrait la suivre elle s’arrêta enfin pour reprendre son souffle. Qu’est-ce qui lui avait pris ? Comment pourrait-elle survivre ici, alors qu’elle ne connaissait rien à la nature ? Mais à présent il lui était impossible de faire demi tour. C’était trop tard.
Alors elle continua d’avancer en espérant que la forêt ne serait pas trop grande. Charlotte avait toujours été une aventurière mais, élevée avec des règles strictes, elle n’avait jamais vraiment pu être elle-même. Tout le monde connaissait son fort caractère et son air rebelle, même si personne ne savait vraiment ce qu’elle pensait. Toujours secrète et mystérieuse elle avait ensorcelé les naïfs qui tombaient dans ses filets. Plus d’une fois elle avait brisé des cœurs sans pour autant s’en vouloir.
Elle s’assit un instant sur un vieux tronc d’arbre tombé à terre pour réfléchir. Elle avait toujours été une terreur étant enfant, toujours la première à faire des bêtises et à crier haut et fort ce que tout le monde pensait tout bas. Plus d’une fois sa franchise lui avait coûté cher. Elle ne s’était jamais sentie à l’aise là-bas, comme si elle était une étrangère venue d’ailleurs. Et souvent elle se demandait aussi qui elle était. Elle regardait ses parents et remarquait bien des différences avec elle. Trop. Elle secoua la tête ne voulant pas y penser pour le moment, elle devait avancer, ou sinon elle devrait dormir ici et il en était hors de question.
C’est avec détermination qu’elle reprit son chemin. Peu à peu la faim se fit de plus en plus présente et c’est à ce moment qu’elle se rendit compte qu’elle n’avait même pas pris le temps de manger quelque chose. Elle entreprit donc de chercher à manger mais n’y connaissant rien elle désespérait de trouver quelque chose à se mettre sous la dent. C’est quand elle fut prête à abandonner qu’elle sentit une odeur familière. Celle de la soupe. Y avait-il une maison ici ? Elle se dépêcha d’avancer et sortit de la forêt. Elle tomba sur une petite clairière avec une immense grotte sombre au milieu. Pas un instant elle se demanda ce qu’il pouvait y vivre et elle se précipita à l’intérieur, trop attirée par l’odeur alléchante.
Elle mit plusieurs minutes à s’habituer à l’obscurité et quand elle put enfin percer la pénombre elle découvrit une grotte simple. Il n’y avait ni feu ni soupe qui cuisait. Avait-elle rêvé ? Oui c’était forcement ça, la faim lui avait donné des hallucinations. Découragée, elle s’assit à terre la tête dans les mains. Au moins avait-elle trouvé un abri... Soudain un craquement la fit sursauter. La peur s’emparât d’elle et elle scruta les ombres de la grotte quand un rire glaçant déchira le silence.
« Tu t’es perdu belle enfant ? »
La voix aiguë la fit frémir tandis qu’une personne âgée se détachait du noir. Elle semblait frêle mais son regard aurait pu tuer. Puis deux autres femmes sortirent de l’ombre derrière la première. Elles étaient moins âgées mais elles terrifiaient Charlotte tout autant. Elle s’apprêtait à s’enfuir quand les vieilles femmes grognèrent. Et soudain se métamorphosèrent en ours bruns. Charlotte retint un cri et tenta de s’échapper mais on lui attrapa la jambe et elle s’étala à terre, complètement vulnérable. Comment ? Ce n’était pas possible !
Dans un élan de désespoir, alors que les trois ours se jetaient sur elle, elle se leva et fonça sur les femmes de toutes ses forces. Elle ne ressentait que de la rage, elle seule la guidait et sa force semblait décuplée. Elle jeta le premier ours contre la paroi de pierre et il (elle ?) s’écrasa au sol avec un craquement sourd. Les deux autres ripostèrent mais elles ne faisaient plus le poids face à la fillette qui se transformait de seconde en seconde. Charlotte se débarrassa de la deuxième ourse et fit face à la dernière qui lui grogna dessus. Mais ses yeux reflétaient la peur. Charlotte lui sourit et lui sauta dessus. Elle l’a cloua au sol et lui mordit le cou lui brisant la nuque au passage. Elle se reput de son sang un cours instant avant de reculer. Un instinct bestial la contrôlait, comme si soudainement elle s’était transformée.
Du coin de l’œil elle perçut un reflet et s’approcha avec prudence. Un vieux miroir brisé gisait à terre. Quand elle découvrit le reflet qui s’y trouvait, son cœur manqua un battement. Ce n’était plus la petite Charlotte mais un ours blanc avec d’immenses dents acérés comme des couteaux. Non, elle n’était plus Charlotte. A présent elle le savait, ça sonnait comme une évidence : elle était Boucle d’Or.
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Les Histoires de RAC · il y a
Singulier mais agréable !
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Frédéric Bernard · il y a
Un texte original qui mélange le conte de Boucle d'Or et la métamorphose. Je vote pour le côté inattendu.
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Plumeargentée · il y a
Merci du vote et des compliments :)
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Sébastien Broucke · il y a
Quel texte étrange... et bien écrit ! On croirait lire un autoportrait onirique. Félicitations...
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Plumeargentée · il y a
Merci beaucoup, ça me fais vraiment plaisir