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Un petit village bien tranquille

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Phildroug

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La Gaulle était occupée depuis des siècles et avait changé de nom : France l'avait-on nommée.

Mais, au cœur d'une petite vallée irriguée par un petit ruisseau, un petit village résistait à la colonisation et aux étrangers venus de l'autre côté de la colline.
Ce village avait un Chef, druide de son état, qui avait perpétré une tradition ancestrale sur laquelle s'appuyait le commerce de ses ouailles : l'eau du petit ruisseau était magique...elle provoquait chez celui qui la goûtait de fortes diarrhées qui le lavaient de tout reste de ripailles et festoiements.

Le manant ainsi piégé ne pouvait quitter le petit village qu'au terme d'une lune, le temps nécessaire, aux dires du druide, pour se purifier et retrouver un transit normal.
Pendant ce temps, des naïades s'occupaient activement du pauvre bougre et celui-ci n'avait d'autres loisirs que de dépenser son or dans les tavernes et chez les marchands du petit village.
C'est ainsi que le petit village s'enrichit au grand dam de ses voisins et fit construire, tels des arcs de triomphe, des édifices dédiés à la colique des envahisseurs.

De l'autre côté de la colline, de jeunes druides, auxquels ce marché de la diarrhée échappait, eurent la géniale idée de prélever de l'eau magique du petit ruisseau qui traversait la vallée du petit village et de la transformer, par une secrète recette de leur invention, en pastilles à avaler.
De sonner trompettes et résonner clairettes, ils en firent grand commerce dans tout le royaume, et même au-delà des frontières de celui-ci.
Leur commerce eut un tel succès que le petit village vit au fil des ans le sien se rabougrir.

Mais les villageois ayant engrangé des mannes considérables et leur Chef-druide ne supportant aucune contestation, ils s'imaginèrent que, de l'autre côté de la colline, les étrangers festoyaient moins que par le passé et avaient donc moins besoin de leur eau magique et ils trouvèrent cela normal.
Heureusement, cette eau avait une autre vertu : elle créait chez le sujet qui la buvait une accoutumance qui obligeait celui-ci à revenir la boire régulièrement, chaque année, pendant une lune. C'est ainsi que le petit village vit revenir les mêmes buveurs d'eau magique mais que ceux-ci disparurent progressivement, gagnés par la vieillesse ou emportés vers l'au-delà.
Le Chef-druide essaya bien de redynamiser le commerce de ses ouailles en faisant croire que l'eau magique procurait également des bienfaits pour ceux qui souffraient de rhumatismes, mais, de l'autre côté de la colline, on empêchait que cette idée fusse propagée pour ainsi vendre encore plus de pastilles.

Ce commerce de pastilles connut un tel engouement que plus personne ne vint boire l'eau magique du petit ruisseau qui traversait le petit village.

Aujourd'hui, quelques visiteurs viennent en pèlerinage dans ce petit village : ils veulent connaître exactement l'endroit où un aïeul était venu subir des lavements pour se purifier, après des mois de fêtes et d'abus.
Mais ces visiteurs, bien qu'attirés par la beauté des lieux, ne restent pas, ils passent.
Les tavernes ont disparu, les quelques marchands encore présents exposent des objets et marchandises d'un autre âge, et dont l'utilité et la présentation laissent perplexes les chalands. Le bureau de renseignements du petit village vante encore les mérites de son eau, mais point de son air et de sa campagne, des fois que...

Le petit village résiste encore à l'invasion des étrangers, ses habitants ne savent pas que, de l'autre côté de la colline, une nouvelle espèce d'envahisseurs pacifiques a fait son apparition : on les nomme "touristes".
Mais pour le savoir, il eut fallu que le Chef-druide et ses ouailles osassent franchir la colline...
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Fantomette · il y a
C'est tellement vrai, nous aussi on les subit, obligé lorsque l'on vit au bord de la mer, mon vote
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un joli conte philosophique où l'esprit de clocher côtoie les souvenirs "kitchs" et où domine l'aveuglement et l'emprise des "chefaillons".
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