Un Noël en eaux profondes

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S’évader : 1. S’échapper d’un lieu où l’on était retenu, enfermé. 2. FIG. Echapper volontairement à (une réalité). Enseignant à plein temps à des mômes aux vies souvent plus  [+]

Il était 21h00 en ce samedi de décembre. Le temps était glacial. La pluie fine qui tombait donnait au ciel un aspect brumeux et mélancolique. Le vent soufflait, léger, sur la rade de Brest. Noël était passé depuis deux jours. Briac était sur le quai, devant le bâtiment, prêt à embarquer pour une mission dont il ne connaissait pas encore la durée.

Briac avait profité de sa famille, de ses parents et de sa sœur Nolwenn, de quatre ans sa cadette. Papy Jean et Mamie Toinette, ses grands-parents maternels qu’ils ne voyaient que pour les grandes occasions – Noël en était une, qu’ils ne rataient pour rien au monde - les avaient rejoints depuis la banlieue parisienne où ils vivaient. La famille s’était réunie dans la maison de ses grands-parents paternels, qu’il n’avait pas eus le bonheur de connaître, décédés tous deux, peu de temps avant sa naissance. Ses parents avaient hérité de cette maison de caractère, située dans un petit hameau tranquille et discret, à deux pas du port de Camaret-sur-Mer.

La maison était leur camp de base pour les vacances familiales. Eté comme hiver. Ils aimaient venir s’y ressourcer dès qu’ils le pouvaient. La bâtisse en pierres n’était pas très grande mais la maisonnette pouvait accueillir aisément toute la famille. Son père avait passé des étés entiers à la rénover, pierre après pierre. Briac aimait lui donner quelques coups de main dans les travaux de bricolage qu’il effectuait. Il appréciait de se retrouver ainsi à maçonner avec son père. Même s’il n’y connaissait rien, il faisait un bon manœuvre. Ces moments étaient des moments privilégiés pour discuter entre hommes. De tout, de rien et de la vie qui passe. Pendant ce temps, sa mère cuisinait les mets qui les régalaient et les requinquaient pour la suite des travaux. Elle s’occupait aussi des massifs d’hortensias magnifiques qui faisaient sa fierté. C’est vrai qu’elle était douée. L’été précédent, les volets bleus avaient été repeints et s’accordaient merveilleusement avec les parterres de fleurs qui égayaient le jardinet. Durant les mois d’été, chacun profitait de la douceur et des balades le long de la côte chargées d’embruns.

A chaque Noël, la famille était heureuse de se retrouver, au complet, pour partager les instants magiques que constituaient les fêtes de fin d’année. Le sapin, orné de guirlandes et de boules rouges et blanches, scintillait devant l’âtre flamboyant qui crépitait et réchauffait l’atmosphère et les cœurs. Au pied de l’arbre lumineux, les cadeaux étaient joliment emballés et étiquetés, soigneusement disposés, prêts à être déballés le moment venu. Il fallait patienter jusqu’au lendemain. La crèche était, comme toujours, magnifiquement décorée. Une étoile brillait à son sommet. Quelques bougies éclairaient Marie et Joseph, agenouillés devant le berceau de paille, encore vide, à cette heure-ci. L’âne, le bœuf, les agneaux et leurs bergers patientaient également derrière eux et attendaient la naissance de l’enfant. Un peu plus tôt, dans la soirée, toute la famille s’était rendue à l’église du village pour y célébrer la nativité. Ils avaient attendu minuit pour placer l’Enfant-Jésus à sa place dans l’étable. En rentrant de la messe, ils étaient restés un moment sur le port à discuter avec quelques amis, profitant de la mer que les lampadaires éclairaient doucement, cette mer immense qui faisait partie de l’histoire familiale de Briac.

Jadis, son arrière-grand-père fut pêcheur sardinier à Douarnenez. Ses grands-parents travaillèrent dans l’une des nombreuses conserveries artisanales et familiales que comptait alors la ville portuaire. Son père, quant à lui, était ingénieur en construction navale. Briac ne faisait pas exception. Lui aussi était passionné par le monde maritime et ses profondeurs. Il avait plongé dans les aventures du commandant Cousteau. Ses récits merveilleux lui avaient donné l’envie d’explorations sous-marines et d’embrasser une carrière dans la Marine nationale française.

C’est ainsi, qu’en cette fin du mois de décembre, Briac s’apprêtait à appareiller à bord du sous-marin Le Triomphant, un nom prédestiné. C’était sa première plongée. Un moment unique dont il se souviendrait toute sa vie. Son père était fier. Briac n’était encore qu’un enfant, excité et anxieux à la fois. Il savait que la guerre n’était pas un jeu.
Concentré à son poste, le jeune officier assurait son quart devant son tableau de sécurité-plongée, paré à la manœuvre.

- F6, annonça-t-il calmement.
- Touché, lui répondit son père dubitatif.

La partie venait à peine de débuter, mais déjà, Briac touchait l’un des cinq navires de la flotte paternelle, secrètement placés devant lui. Le garçonnet découvrait son jeu de la bataille navale, déposé, deux jours plus tôt, au pied du sapin clignotant.
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