Un monde en noir et blanc

il y a
3 min
127
lectures
160

Du haut de mes 15 étés, Je suis une grande passionnée D’écriture, de lecture et de littérature Ainsi que de théâtre et de poésie. C’est pourquoi j’aimerai partager mes écrits  [+]

Image de 1ère édition

Thème

Image de Très très court

Dans une époque ni trop avancée, ni trop lointaine de la nôtre, seuls l’argent et le travail régnaient en maîtres du monde. Tout le monde était tellement obsédé par cela qu’on oublia toutes distractions.
Plus de fêtes, plus de musiques, plus de danse, plus d’éclats de rires, plus de joie, plus de sourires...
« Travail, Rigueur, Salaire », voilà la devise que chaque personne récitait en se levant, en se couchant, et, bien sûr, en allant travailler.
Le monde avait perdu ses couleurs ; seuls le noir et le gris dominaient. L’esprit trop accaparé par le désir avide d’avoir le plus d’argent possible, les gens s’habillaient simplement, avec toujours des couleurs sombres et ternes. Le style des vêtements était le même pour tout le monde : combinaison très large ou jogging et tee-shirt amples. Pour la coiffure, les hommes avaient tous les cheveux coupés courts et les femmes avaient les cheveux attachés en un chignon strict.
A trois heures trente-deux précises, Francisco quitta son bureau pour aller dans sa salle de repos. Dans deux heures quarante, il repartirait pour une énième journée de travail.
Sur chaque lieu de travail chaque employé devait avoir leur coin personnel. Ils avaient le droit à maximum deux heures quarante de sommeil. Très rares étaient les personnes qui rentraient chez elles. Francisco faisait partie de la grande majorité qui vivait sur leur lieu de travail.
« Le temps, c’est de l’argent » ; cette phrase était accrochée à l’accueil de chaque lieu public, dans les transports en communs et dans la rue. Chaque personne possédait une montre mesurant l’argent gagné durant le mois. Le but était d’amasser plus que le mois précédent.
Enfermé dans une petite salle de dix mètre carrés, Francisco souffla doucement. Trop pris par le travail, les gens avaient fini par oublier de respirer. Et puis, l’air de l’extérieur était tellement pollué que si l’on respirait un tout petit peu, on ne cessait de tousser.
- Bonsoir, Monsieur Francisco, dit la voix automatique de la montre.
Francisco cessa de respirer et reprit une contenance.
- Vous ne devriez pas dormir trop longtemps ; votre salaire est en baisse depuis quelque mois, vous aviez gagné quatre-vingt mille pièces il y a deux mois, cinquante mille le mois dernier et vous êtes actuellement à trois cent trente deux pièces. Vous devez travailler plus.
- Je sais, murmura-t-il.
- Vous avez neuf cent trente-deux nouveaux mails et deux cents appels manqués.
Trois cent trente-deux pièces, c’était beaucoup trop peu. Francisco s’était laissé aller ces derniers temps. Il devait se reprendre. Il regagna son bureau en repensant à l’affaire Judith Garden. Cette affaire s’était déroulée il y a quelques années. Madame Garden avait atteint le Seuil Minimal, ce qui signifiait que si vous gagniez moins de cent pièces en un seul mois, on considérait que vous n’étiez pas utile à la société et on vous bannissait. C’est ce qui était arrivé à cette pauvre Judith Garden. Depuis, chaque personne dans le monde redoutait d’avoir le même destin.
Après avoir répondu à deux cent dix-huit mails, Francisco ouvrit la fenêtre pour aérer la pièce. Il allait rejoindre son bureau lorsqu’il entendit... Oui, c’était de la musique. Francisco n’en crut pas ses oreilles. La musique était interdite depuis des décennies ! Ce n’était pas possible ! Il resta un instant immobile à l’écouter. C’était plutôt agréable, en fait. Piqué par la curiosité, Francisco abandonna sa tâche pour se précipiter au-dehors. Il se laissa guider par la douce mélodie. Au coin d’une rue, il vit une petite fille vêtue d’une robe aux couleurs bariolées. Francisco eut un mouvement de recul. Les enfants n’étaient pas admis dans les quartiers d’affaires, encore moins les enfants portant des vêtements de couleurs. D’ailleurs, Francisco n’en avait jamais trop vus. Il fut d’abord intrigué, puis, il trouva cela beau. La fillette portait une petite radio de l’ancien temps. C’était de là d’où provenait cette merveilleuse mélodie.
Soudain, le regard de Francisco et de la fillette se croisèrent. La panique se dessina sur le visage de cette dernière ; elle se mit à courir. Au lieu de retourner à son quotidien monotone comme l'aurait fait n’importe quelle autre personne, Francisco décida de la suivre. Il ne sut combien de temps il courut mais il arriva finalement près d’une haie aux feuilles desséchées. La fillette passa au travers, sans se soucier des branches. Francisco hésita une demi-seconde et décida de faire de même. Les branches griffèrent son visage et ses vêtements s’y accrochèrent plusieurs fois. Il décida un instant de faire demi-tour mais fut intrigué par une lumière qui provenait de l’autre côté de la haie. Il avança et parvint à se libérer des branches. Francisco fut alors ébahi par ce qu’il vit.
De la couleur. Partout. L’herbe était verte, le ciel bleu, les nuages blancs, le soleil jaune...
Le regard de Francisco se dirigea vers la fillette qui se trouvait dans les bras d’une vieille dame.
Celle-ci aperçu le nouveau venu et se dirigea vers lui en souriant.
- Bonjour ! Bienvenue !
Francisco fronça les sourcils. Il avait déjà vu ce visage, mais où ?
- Je suis Judith Garden. Mais, vous pouvez m’appeler Judith. Vous avez été banni, vous aussi ?
Muet de stupéfaction, Francisco ne répondit pas.
- Eh, oui, voilà à quoi ressemble le monde lorsque nous sommes mis au banc de la société, continua la vieille dame. Et c’est bien mieux. On vit comme au siècle dernier, où tout était en couleur et, surtout, où il y avait de l’air.
- De... De l’air ?
- Mais oui ! Vous pouvez respirer, mon garçon ! L’air n’est pas pollué, ici.
Alors, Francisco lâcha un très long soupir. Il inspira et expira plusieurs fois. L’air qui entrait dans ses narines était bon, était pur.
- Monsieur Francisco, vous avez dépassé depuis longtemps votre quota de pause, veuillez vous remettre au trav...
Francisco écrasa sa montre. Il inspira et expira une nouvelle fois.
Pour la première fois de sa vie, il respirait vraiment.

160
160

Un petit mot pour l'auteur ? 32 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Ozias Eleke
Ozias Eleke · il y a
Jolie plume. J'ai adoré vous lire.
Je vous prie de lire mon texte pour le compte du Prix des Jeunes Écritures https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred

Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
toutes mes voies
svp votes pour moi !!!

Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Un avenir bien noir ! Et pourtant les bannis du système retrouve les plaisirs d'antant ! Bravo, Marine ! Vous avez mes cinq voix.
Je vous invite à lire mon poème : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/la-rose-la-bouteille-et-le-baiser Bonne journée à vous.

Image de Yanis Auteur
Yanis Auteur · il y a
Bonjour Mes 5 voix bravo pour cette histoire.
Je vous conseille aussi mon histoire pour le concour adolescent.
Voici le lien
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lhomme-10

Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette belle histoire bien menée ! Mon soutien !
Je vous invite à découvrir “David contre Goliath” qui est
en FINALE pour le Prix Portez Haut les Couleurs 2020.
Merci d’avance et prenez bien soin de vous!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/david-contre-goliath-2

Image de Zouzou
Zouzou · il y a
Ces couleurs...et quelles bouffées d'air ,!
En lice aussi si vous aimez....

Image de RAC
RAC · il y a
Jolie satire de la vie actuelle...
Image de Atoutva
Atoutva · il y a
Une petite histoire fort moralisatrice. L'argent ne fait pas le bonheur.
Image de Chantane P.
Chantane P. · il y a
Un bon moment de lecture
Image de Pierre Millet
Pierre Millet · il y a
Bravo " Marine Plumette " tu as bien retraçait une vie passée où : le Laboureur disait a ses enfants " LABOUREZ RETOURNEZ LA TERRE…...UN TRESOR Y EST CACHE ". et c'est ainsi que la société c'est enfermée dans ce terrible binaire " travail - argent ". Mais….. on a trouvé la solution…….les 35 heures/semaines………
Bonne blague nous n'avons pas d'argent pour les loisirs !!!!!!