Un mariage ordinaire

il y a
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Il était hors de question que je me marie.

Simone de Beauvoir est mon modèle à penser. Son couple avec Jean-Paul Sartre n’avait rien de conventionnel, et sans savoir pourquoi je m’y suis identifiée, comme si je pouvais être plus forte, plus détachée qu’une autre. Nous avons besoin d’amours contingentes pour vivre pleinement l’amour nécessaire. Tu parles ! Il a suffit que je tombe éperdument amoureuse, et surtout que ce soit réciproque pour que je rature cette partie de l’histoire, bien trop jalouse pour supporter la moindre contingence posant ne serait-ce qu’une main sur ma dulcinée.

Á Florence, dans une trattoria bien romantique, la Cipolla Rossa j’ai décidé de faire ma demande. Pas à l’improviste, non, quelque chose de bien calculé, bien préparé, bien ficelé. Dans l’après-midi déjà j’avais semé quelques graines ça et là, dans les jardins de Boboli allongées sur une moitié de serviette, se repassant la bande originale de notre vie à deux en se partageant les mêmes écouteurs. Puis le soir entre l’entrecôte florentine et quelques verres de Chianti Riserva, je me suis lancée. J’avais écrit le petit roman de notre histoire sans trouver preneur dans une maison d’édition : édité par mes soins avec une petite dédicace sur la page de garde, il a eu son petit moment de gloire. J’avais quand même prévu une bague au cas où elle se mettrait à rire. Après quelques larmes, l’affaire était pliée. Oui, nous allions devoir nous marier.
Les affres de cette banale institution allaient nous hanter des mois durant, pas pour l’engagement que cela représentait, mais pour tout ce qui nous attendait et qui nous correspondait si peu. On ne naît pas princesse avec des rêves de robe blanche, et pour ma part je ne le suis pas non plus devenue.

J’allai devoir délaisser mes convictions existentialistes pour me consacrer à un univers encore inconnue et lointain, celui du mariage.
Le mariage : ses salons, ses boutiques, ses articles de fête, ses robes, ses accessoires, ses imprévus, son budget et ses traditions. Malgré mes aversions pour cette farandole de bonheur jeté en pleine figure, il a bien fallu que je me prenne au jeu. Il a fallu choisir une date où il ne fait pas trop chaud ni trop froid, la date idéale en quelque sorte, celle qui n’existe pas. Il a fallu ensuite sélectionner un lieu parmi les centaines de possibilités, choisir l’heure de la réception, le midi ou le soir, dehors ou dedans, viande ou poisson, rose blanche ou lys, la couleur des nappes... Tout un tas de détail dont on devrait se foutre, mais qui finalement finiraient presque par nous empêcher de dormir. Et si seulement il n’y avait que les doutes concernant le repas... La recherche de la tenue n’a pas été très fructueuse non plus : à une semaine du jour J j’étais encore en train d’essayer mon pantalon en désespérant de pouvoir parvenir à le fermer. La couturière avait semble-t-il pris des mesures très approximatives. Le choix des musiques, le plan de table, les décorations... des questions inutilement dramatiques mais je me revois en train de me demander si les dragées devaient se poser au centre ou sur le côté de l’assiette. Loin de l’être et le néant !

Mais qu’importe ! Famille et amis ont répondu à l’appel pour fêter ce jour que nous avons préparé patiemment. Finalement ce fut un mariage ordinaire, avec une cérémonie, un lancé de bouquet, une pièce montée, une ouverture de bal, des témoins, de l’émotion, de l’alcool, des histoires de famille et de beaux souvenirs.
Ce fut un mariage ordinaire mais il aurait été impossible auparavant. Le 17 Mai 2013, la loi m’accordait ce droit, faisait de moi une citoyenne égale devant l’amour légitime. Il fallait bien en profiter un peu. Alors ce fut un mariage ordinaire avec tout de même un peu d’audace et de fierté.
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Carla Rosique · il y a
Magnifique. Et ce n'était pas un mariage ordinaire, c'était un mariage merveilleux, plein d'amour et de deux magnifiques personnes