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Outlook express.
Double click. Inspirer. Lever les yeux au ciel. Fermer les yeux. Expirer.
Prendre un air sinistre. Se préparer à l’imminente désillusion.

Connexion. Authentification en cours. Réception du courrier.

Quelques secondes suffisent pour appréhender toutes les étendues émotionnelles que nos glandes, nos hormones et notre cervelle ont en stock et même certaines, inconnues à ce jour.

Vous avez un message non lu.
Palpitations effrénées, poitrine et tempes. Sueurs froides et mains moites.

Une décharge, une fuite d’adrénaline, qui ne s’arrête pas.
Cupidon, il est où ? J’ai besoin d’un plombier. Le genre de marabout céleste multifonction, acupuncture par fléchettes, je prends.
Bouche les fuites d’urgence Cupidon !
C’est malin, quand j’étais en Grèce chez les Souvlaki, avec ton pote Dionysos vous ne m’avez pas loupé, maintenant faut assumer les conséquences !

A cet instant, tu es devenu fébrile et vulnérable, dans un état d’explosive émotivité. On me pousse du bout du doigt, je m’affale prostré sur le carrelage, épileptique.

Une multitude de sensations fugitives, un amas confus d’idées en quelques secondes te bombardent. Tu ne sais même pas ce que tu es en train de ressentir que tu ressens déjà un truc plus fort.

Ne plus avoir aucune notion de temps, être pressé.
Un cataclysme te guette dans un coin d’existence. C’est certain.
Les dix plaies d’Egypte comme épée de Damoclès, juste là sur ta tronche.
Tu lèves la tête tu vois Cupidon pris en otage par les quatre cavaliers de l’apocalypse prêts à le trucider sous tes yeux.

Double click. Lire le mail.
Non, le message n’a pas mis une semaine pour arriver en Grèce. Le message ne s’est pas paumé dans son acheminement entre les protocoles SMTP, POP3 et tout le bazar, dans une putain de distorsion protocolaire.

Et oui, enfin. Un mail.
J’examine chaque mot. Je tente de déceler l’implicite derrière chaque lettre. Je soupçonne le code dissimulé dans l’indifférence apparente, le diagramme prophétique. Je décrypte : lectures verticales, diagonales, une lettre sur deux.
Comme les codes de la Bible. Il doit y avoir un message caché. Obligé.

Je cherche un aveu dissimulé dans sa retenue désinvolte.
Je traque dans l’âme du mail, derrière l’écran même, un coup de foudre ? Non, n’abusons pas, une étincelle molasse même, un semblant d’ouverture, un sentiment partagé, qui trahirait un quelconque intérêt pour moi, je prends.
Direct, je prends.

Elle a mis une semaine pour traduire l’anglais en grec. Elle a tout son temps. Des valises de mails et autant de photos, cela à un rythme quasi quotidien depuis ton retour de Grèce il y a une semaine.
Elle ne sait pas toujours quoi répondre. Ça se comprend si tu y réfléchis.
Mais tu évites de trop réfléchir. Parce que ça fait mal.

Il ne faut pas croire, ce n’est en aucun cas une position de faiblesse. Il y a de la dignité à serrer les dents et à garder les yeux ouverts, à demeurer assidûment devant l’écran, chaque soir.

Reprendre ses esprits. Penser à répondre.
Les poings serrés, les dents aussi. Faire preuve d’audace et de vaillance, choisir les bons mots, faire dans l’implicite, le message subliminal.
Desserrer les poings pour pouvoir tapoter sur le clavier.

Tu sais qu’il y a ce fléau qui t’attend, tranquille, peinard, comme un nouveau sourire, un regard qui pourrait croiser le sien, à tout instant à l’autre bout de l’Europe, là-bas chez les Souvlaki.
Dans un petit coin de ta tête, tu sais que tu ne la reverras pas.
C’est surement mieux comme ça.
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