Un jour, une photographie...

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Rêveur et voyageur, j'espère que mes propositions vous séduiront. Merci par avance pour vos lectures et vos remarques  [+]

Il y a dix-sept personnes sur la photo. Ils sont installés devant la fontaine de Médicis. Ils posent pour un photographe, réservé pour la journée. Les passants se sont éloignés le temps que la photo soit prise. Le garçon à côté de moi, c'est Lucas. Il est grand. Il est beaucoup plus grand que moi. Il se tient droit, ses cheveux sont coupés courts, il porte un costume trois pièces, une chemise blanche, surmontée d’une cravate, et de la poche extérieur de son costume, on peut apercevoir une pochette blanche. Moi aussi, je porte un costume, et une chemise blanche. Mais sans le gilet, et à la place de la cravate, j'ai choisi un noeud papillon. Nos costumes sont de la même couleur. Bleu marine. Quant à nos chaussures, de couleurs différentes, elles sont couvertes de la poussière des allées du jardin. De cette poussière ramassée, quand nous avons marché depuis l’entrée du boulevard. Nous sommes au premier rang, côte à côte. Nous venons de nous marier. Que ressentons-nous en cette belle journée ? Est-ce que nous ressentons la même chose ? La photo a été prise en plein mois de juillet. Il ne semble pas faire trop chaud. Nos visages ne sont pas rouges, ne sont pas couverts de sueur. Nos parents se tiennent à nos côtés. Le père et la mère de Lucas, sont les seuls à porter un chapeau et des lunettes de soleil. Mais tout le monde est bien habillé, lumineux, étincelant. Tout le monde sourit. Au premier plan, nous aussi nous sourions. Je porte les cheveux courts, mais je ne suis pas rasé. Cela fait un certain temps déjà que j’essaie de tenir une barbe de trois jours. Trois jours, tous les jours. Ce semblant de barbe tiendra encore un an. L’été suivant, je me raserai. Ce sera le jour où mon père m’apprendra le décès de ma mère par téléphone. Ce jour-là, en me regardant dans le miroir de la salle de le bains, le visage défait, je ferai tomber tous ces poils inutiles dans le lavabo. Fini la barbe de trois jours. Je me rappelle que ma mère ne l’aimait pas beaucoup. Elle disait que cela me faisait une ombre sur le visage. Comme si je voulais me cacher derrière. Justement, ma mère est sur ma gauche, souriante. Ses boucles lui entourent le visage, comme une couronne de fleurs éclatantes. Des boucles désordonnées. Comme des antennes ondulées. Mon père est derrière elle, discret. Il apparait d’une tête, au-dessus de celle de ma mère. Ses cheveux sont courts, un peu gris. Il sourit, lui aussi. Ils semblent tous les deux être très être à l’aise. Pourtant, ils détestent être pris en photo. Mon frère n’est pas sur la photo. Je ne l’ai pas invité. Je le regretterai. Entre mes amis et moi, se tient ma cousine. Ses talons lui permettent de me dépasser d’une tête. Elle porte le sourire large. Elle est heureuse. Mon oncle et ma tante, ses parents, ne sont pas sur la photo. Je ne les ai pas invité. Eux aussi. Nous avons préféré rassembler les personnes les plus proches autour de nous. Celles et ceux qui nous ont accompagné tout au long de notre vie de couple. Je me rends compte que Lucas et moi, ne nous tenons pas la main. D’ailleurs, personne ne se tient la main. Il n’y a que ma mère qui a posé sa main, délicatement sur l’épaule du petit Camille. Le plus jeune des deux garçons de ma cousine. Le cadet apparait entre mon père et moi. Ils n’ont aucune ressemblance. Tandis que le premier ressemble à son père, le second ressemble trait pour trait au frère de ma cousine, décédé. La ressemblance est troublante. Ce sont les seuls enfants présents à notre mariage. Camille ne se prend pas au sérieux. Il grimace devant l'objectif. Ses yeux et sa bouche se tordent, et il tient à la main un éventail en bois, que nous avons offert à tout le monde, pour la journée. En ce mois de juillet, ma mère est encore vivante. Dans un an, exactement, elle ne sera plus avec nous. Dans un an exactement, c’est cette image de ma mère que je tiendrai à garder, au fond de moi. Souriante et pleine de vie.
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