Un jour mon Charmant Son

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L'écriture m'est apparue sur le tard Telle la révélation d'un soir Depuis nulle recherche de gloire Seule la magie des histoires Guide mon stylo sur le buvard  [+]

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Le rituel du coucher est immuable. Les enfants sont prêts, leurs oreilles tendues et celles des doudous, mâchouillées. Mais ici, nulle histoire à dormir debout dans un pays lointain.
Il était une fois une jeune Iséroise férue de montagne et d’animaux. La petite Sandrine habitait au Sappey en Chartreuse et avait l’habitude de grimper sur les sommets avoisinants les soirs de pleine lune. Ses parents et ses deux frères l’appelaient Sandrinon car elle ne leur parlait quasiment pas et disait toujours non. Elle était d’ailleurs la risée permanente de sa fratrie et de ses géniteurs.
Ce soir-là, elle avait prévu d’aller jusqu’au sommet du charmant Som. Le chemin serait long, mais la lune l’accompagnerait pendant des heures. Elle avait vérifié sur météo Grenoble. De toute façon c’était le seul moyen de s’échapper de cette maison et de ses hôtes. Son père lui avait sommé un retour pour minuit dernier carat sous peine de courroux.
Elle quittait son hameau juste après le diner. La lune n’était pas encore levée mais elle connaissait le sentier sur le bout de doigts. Elle avança vers Montjalat à grand pas. Puis traversa le balcon de Roche Rousse sans une once de frousse. Elle gagna le col de Porte au moment où l’astre nocturne fit son apparition. Sur la dernière montée elle crut apercevoir un chamois sur les pentes de Chamechaude. Les premières lueurs lunaires éclairèrent les pylônes du vieux téléski de la station qui vit ses premières glissades. Cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait plus le bruit des perches ni les cris des enfants. La neige avait quitté les sommets Chartreux pour aménager dans de plus hauts massifs alpins. Le chemin montant à la Pinéa était raide mais bien dégagé. Les conifères laissaient danser leurs effluves de résine et d’aiguilles. Le tout se mêlait au parfum vert des myrtilliers et des fougères. Au loin une chouette hululait signe de son festin à venir. Elle franchit les crêtes du Mont Fromage avec rage. Les souvenirs de son enfance refaisaient surface. Elle devait trouver un moyen de partir au plus vite de chez elle. Plus rien ne la retenait.
Arrivée aux abords de la bergerie, la lune passa derrière un premier nuage. Elle frissonna car elle remarqua à cet instant que le silence était tombé net. Plus aucun bruit ne lui tenait compagnie. Peu importe après tout, la dernière montée était facile et sans danger. Elle la fit dans le noir et avec ce silence monacal si caractéristique des ecclésiastiques de la région. C’est à quelques encablures du sommet qu’elle vit le premier éclair transpercer la nuit. Il n’y avait pourtant aucun risque d’orage, elle avait bien vérifié avant de s’élancer. Au sommet le déluge s’abattit sur ses frêles épaules. Pour la première fois de sa vie elle paniqua. Elle se voyait déjà humiliée et privée de tout par son père et ce pour un bon bout de temps.
Ses quelques années passées en colo lui avaient appris à agir vite. Elle redescendit le plus rapidement qu’elle put, en slalomant entre les ruisseaux de boue et en trébuchant à multiples reprises dans la noirceur zébrée de lumières furtives. Elle entendit entre deux coups de tonnerre le troupeau de l’alpage qui courait se mettre à l’abri. En montagne quand les éléments se déchainent, ils mettent toutes les espèces sur le même pied d’égalité.
Epuisée, trempée comme une soupe, elle trouva refuge sous le porche de l’auberge. En reprenant ses esprits elle se rendit compte qu’elle avait perdu une chaussure dans la descente. Son père allait vraiment la tuer. Comment redescendre, unijambiste, à l’heure, sous ce temps hostile ?
Au moment où elle allait repartir pour en découdre, elle vit une lumière près de la bergerie. Le berger ou un autre randonneur aurait-il été surpris comme elle ? En s’approchant elle l’aperçut.
Assis à côté de sa torche, un jeune soldat semblait assoupi. Elle fit du bruit, le jeune homme sursauta et se tendit comme un arc. Elle recula pour repartir mais il l’invita à s’asseoir à l’abri du tas de bois. Il s’appelait Tristan et était en formation chez les chasseurs Alpins à Varces. Il avait perdu sa patrouille et allait se faire descendre par le colonel. Il devait regagner la caserne à pied avant l’appel du matin. Il lui passa les vêtements de rechange de son sac. Ils étaient bien trop grands pour elle, mais secs. Elle se retrouva rapidement affublée d’une tarte, d’un poncho de camouflage, d’un treillis kaki et de rangers.
Elle lui expliqua sa situation et son urgence de rentrer au bercail. Il se leva et la prit par la main. Avec un compagnon, une lampe et des chaussures elle devrait être à l’heure.
Durant toute la descente ils se racontèrent leurs vies et les similitudes qui les jalonnaient. Elle ne s’était jamais sentie aussi protégée et heureuse que durant ces kilomètres de descente. Elle en avait oublié les fracas du ciel.
A quelques minutes de minuit, ils atteignirent les premières maisons du Sappey. Elle était à l’heure. Elle eut juste le temps de lui rendre ses apparats militaires et lui demanda de l’attendre une minute. Elle revint avec les clés de la Mercedes de son père. Elle les donna à Tristan qui ne se fit pas prier pour monter dans le carrosse allemand. Elle eut juste le temps de lui glisser un baiser sur la joue. Il promit de revenir la chercher le lendemain matin. Ils iraient récupérer sa chaussure et partiraient loin d’ici vivre leurs rêves ensemble.
En regagnant son lit elle passa devant son père et le regarda une dernière fois. Elle n’éprouvait rien pour ce monsieur si ce n’est de la pitié.
Elle était rentrée tout juste avant minuit et avait eu si trouille.
Mais elle avait trouvé son charmant Som, avait rencontré son chevalier et avait connu moult coups de foudre.
Ils vécurent heureux et eurent deux beaux enfants.
« Allez bonne nuit les enfants ! »
Le temps d’éteindre la lumière et de fermer la porte de la chambre, Tristan m’attendait sur le balcon.
« Sandrine, Il faudra un jour leur dire que cette histoire est le début de la leur »

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lucile latour · il y a
agreable lecture et bol d'air frais en altutude. mes voix.
rv sur la page? vs me direz.

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Valerie Josserand · il y a
Belle histoire. Je me suis laissé emporter. Un moment j étais Sandrine.
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Patrick Robin · il y a
MERCI Valérie !
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M. Iraje · il y a
Une astucieuse manière de conter l'Isère !
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Anne Estelle DP · il y a
Oh que c'est joli. J'étais à fond. Ayant grimpé le Charmant Som il y a plusieurs années, j'avais les images qui collaient. Même si je n'ai eu ni l'orage, ni le coup de foudre pour un soldat perdu :-) Le cadre de la Chartreuse de nuit, c'est splendide. Merci pour cette très belle histoire :-)
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Patrick Robin · il y a
Merci pour votre commentaire très personnel
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Tnomreg Germont · il y a
Mes voix bonne chance à vous
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Patrick Robin · il y a
Merci beaucoup
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ALYAE B.S · il y a
Je soutiens votre texte... Je vote... Bonne chance ;)
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Patrick Robin · il y a
Merci beaucoup
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Stéphane Jobard · il y a
Ne jamais faire confiance à la météo :)
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Gilles C · il y a
Belle histoire
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Jo Kummer · il y a
Mes voix pour l'oeuvre de Patrick (Un jour mon Charmant Son)!
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Patrick Robin · il y a
Merci c'est gentil
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Fabienne Maillebuau · il y a
Une belle histoire faite de rebondissements, et d'échos, mes cinq voix, je vous invite Patrick robin, sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-son-dune-voix
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Patrick Robin · il y a
Merci pour votre soutien