Un jour férié

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Entre les espaces de la nuit l'absence a glissé ses épines de rosiers pour recoudre en vain la déchirure du jou  [+]

Fred sorti silencieusement de la maison et comme à son habitude s'arrêta sur le perron. L'air était léger et les températures douces pour la saison. Une brise marine caressa son visage l'enivrant du parfum des bougainvilliers qui couvraient la palissade. Il ferma les yeux et inspira profondément pour profiter de ce moment. Le parfum caressa longuement ses sens, puis s’estompant fini par disparaitre avec la brise mourante. Il leva les yeux vers le ciel espérant la fraicheur d’une pluie prochaine mais ne trouva que ce ciel bleu azur qui lui était si familier. Il sourit car plus que tout il aimait la douceur de ces matins calmes où les températures sont encore supportables et où le monde semblait lui appartenir.
Tournant le regard vers le vieil arbre qui de sa fraicheur arrosait en cet instant la façade de la maison, il vit ces maudites corneilles qui ne le lâchaient pas du regard, attendant quelques cris ou mouvements de sa part. Il savait qu’elles attendaient son départ pour venir boire l’eau qui s’écoulait du climatiseur. Méfiantes, elles surveillaient à distance ses faits et gestes car il avait pour habitude de les chasser lorsqu’il souhaitait se reposer paisiblement sans entendre ces cris dissonants dont la nature les avait affublés. Non, ce matin il ne se livrerait pas à cette gymnastique ridicule qui faisait rire les Autochtones car il souhaitait garder sa bonne humeur et savourer ce précieux moment. Oubliant les volatiles railleurs, son regard reprit son chemin, glissa le long du tronc, puis obliquant, rencontra les 4 rangées de fils barbelés qui coiffaient un mur de briques rouges. L’ensemble formait l’enceinte de la bâtisse tel un camp militaire. Enfin ses yeux se posèrent sur le lourd portail métallique de gris vêtu, percé par endroits par la rouille avec à ses côtés sa petite sœur la porte. Tout ce dispositif était censé les protéger, lui et sa famille, des dangers de la ville mais il lui semblait que ça ne faisait que les isoler un peu plus de la population locale.

Soudain dans un vacarme assourdissant la porte s’ouvrit, laissant apparaitre trois individus qui se précipitèrent dans l’enceinte. « Hé ! » cria Fred, irrité d’avoir été extirpé sans ménagement de sa méditation. Dans le groupe, il reconnut Moktar, son « shouf », qui tentait sans succès de refermer la porte entravée par un de ses acolytes tombé au sol. Le troisième homme saisi par les bras son ami piégé et entreprit de le dégager en tirant de toutes ses forces. Fred s’avança vers les hommes pour leur demander de se calmer, lorsqu’il comprit que le pied de l’homme était retenu par des inconnus depuis la rue l’empêchant de se réfugier dans sa propriété. Des cris et des injures fusaient en arabe depuis l’entrée. Cette scène rocambolesque sembla durer une éternité jusqu’à ce que la chaussure se dégage, libérant ainsi l’homme, ce qui permit à Moktar de fermer la porte dans un claquement métallique libérateur.

Moktar se tourna fièrement vers Fred en affichant un sourire vainqueur :
« Police chef, c’est la police »
« Quoi la police ? Que se passe-t-il ? » demanda Fred.
Moktar lui expliqua que la police locale organisait les jours fériés des rafles parmi les « shoufs » sachant que les Européens quittaient la ville trop chaude pour la fraicheur du bord de mer, puis les relâchait moyennant une petite somme d’argent ce qui leur permettait d’améliorer leur maigre salaire et c’était pour cette raison qu’ils étaient venus se réfugier chez Fred car la police n’entre pas chez les Européens.
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