un jour c'est sûr

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Et me voici maintenant la tête en bas. Beau retournement de situation réalisé en deux temps, trois mouvements, comme pour une fusée avant l’alunissage. Juste dans l’autre sens. J’ai l’air fine, du coup, à l’envers, car je ne pourrais pas retomber sur mes pattes comme les chats. En même temps, faisons un peu la chasse aux idées préconçues. Les opossums s’éclatent bien dans cette position alors attendons, donc, un peu de voir la suite. Poum Poum, Poum Poum. Tiens, voilà que je les entends à nouveau ces deux bruits-là, ces faux jumeaux qui rythment, en décalés, mes journées et mes nuits. Leur cadence est montée d’un cran, à l’instar de blanches qui se seraient soudainement muées en doubles croches dans un mouvement allegro. Mon petit doigt me dit qu’il va se passer quelque chose. Ma récente posture me rappelle les fourmis qui élèvent les pucerons en les engraissant, parfois suspendus, pour pouvoir les traire comme on s'y prend avec les vaches. Allez savoir pourquoi je pense à ce truc, là, à cet instant. C’est tout le souci avec moi, je me disperse sans arrêt. Petit topo de circonstance, dans la foulée. Inutile de la jouer Caliméro car il ne me manque rien. Nourrie, logée. Logée, nourrie. Pour l'aspect « blanchie », j’ai dans l’idée qu’on verra plus tard, bien plus tard. Pourtant, il faut que je trouve le moyen de me sortir de cette situation car, pour l’instant, cette histoire me paraît tirée par les cheveux. Hum. Je crois bien qu’il est trop tard pour se poser ce genre de questions car mon environnement, tout autour de moi, recommence à remuer. J’utilise le verbe recommencer car depuis quelques temps, il bouge de plus en plus souvent. Voilà maintenant qu’on tangue, sans relâche. Je me sens ballottée de tous les côtés. D’avant en arrière, de la droite vers la gauche et inversement. Avec une intensité qui ne cesse d’augmenter. Le roulis reprend de plus belle. Un jour, c’est sûr, je deviendrai matelote. Mais, est-ce que, pour les filles, on doit dire matelot au juste ? Parce-que je ne me vois pas exactement faire office de figurante en trempant dans une marinade de poissons. Je m’imagine davantage partir sur les flots, bercée par la houle incessante, les cheveux mouillés aux quatre vents, recevant en offrande de la mer, des crevettes par milliers, à l’instar de notre bon vieille connaissance Forest. Arrête. Tu dois te recentrer uniquement sur l’aspect pratico-pratique du moment. Il y a du pain sur la planche, comme on dit. Et la planche a l’air d’être savonneuse. En effet, car je glisse d’un iota. D’un bon iota tout de même. Le genre dégringolade du Titanic, quand il était piqué droit comme un i dans l’océan. Le tout par paliers et avec une certaine persévérance. L'immobilité est de courte durée car voilà que je fais le yoyo de plus belle. Les parois se resserrent, encore et toujours, avec une fréquence rapprochée. L’ensemble se tord, se noue, se retord, se renoue, se détord, se dénoue, sans le moindre dénouement. Nouveau coup de resserrage. Un jour, c’est sûr, je deviendrai spéléologue. Je prendrai un plaisir fou à ramper dans toutes les grottes de France et de Navarre, aucune niche, aucune cavité n’aura de secret pour moi, je me baignerai dans toutes les rivières souterraines, nue comme un ver, en poussant des cris comme Tarzan. On arrête tout. Tu t’es égarée, une fois de plus. Les mouvements s’intensifient. Avec force et courage, sans doute, cette holistique, dont je fais partie, avance, recule, part en diagonale. J’ai l’impression d’être un élément du jeu de Jokari. La balle rattachée à l’élastique. Je n’ai pas la main mise sur la totalité des manœuvres. Et me voici entraînée à nouveau dans toutes les turbulences. J’essaie de faire des pieds et des mains pour trouver de la place. Vainement. Un jour, c’est sûr, je serai contorsionniste. On me pliera comme un mouchoir, en deux, en quatre, en huit, je rentrerai dans un minuscule trou de souris et je ferai un beau pied de nez à toutes les histoires, sans queue ni tête, sans dessus dessous. Sauf celle-là. Je ne sais pas pourquoi mais j’y crois maintenant à cette histoire et je sens qu’elle va finir par tenir debout. Canalise-toi à nouveau, on y est presque. Le va et vient s’accroît en version accélérée et je me sens littéralement happée, prise intégralement dans le flux et reflux du mouvement. Comment cela va-t-il se terminer ? Un jour, c’est sûr, je deviendrai fée dans un conte. Pas la méchante fée, ni la niaisotte de service mais la toute gentille, celle qui fait des dons un peu à tout le monde, avec sa baguette magique. On ne va pas se voiler la face, je suis, comme qui dirait, particulièrement intéressée par l'offre happy end en prime. Chut. Reviens à la réalité. Tiens-toi prête. Quelque chose a changé. Je me sens maintenant de plus en plus bousculée. Poussée en quelque sorte vers la sortie. Enfin, On y est. D’un coup, d’un seul, je suis propulsée vers l’avant. Un peu rapidement certes, mais sûrement. Comme on dit, un bon tien vaut mieux que deux tu l’auras. Dans la foulée, je ressens, étrangement, un énorme vide. Pendant quelques pincées de secondes, je reste bouche bée, ouïes grandes ouvertes. Ou plutôt, je tends l'oreille maintenant. Ahurie. Inquiète. Curieuse. Séduite. Rassurée tout de même, parce que j’ai compris. Tout est fini ou plutôt, tout commence. Je ressens de la joie, ou de la peur, ou de la peur et de la joie, je crois que c’est un peu tout cela, le mélange confus d’une forme de félicité et d’appréhension à la fois, peu importe l’ordre, peu importe l’intensité. Je me mets à crier et à pleurer en même temps. Fort. Très fort. De plus en plus fort. Je me libère. Je respire à pleins poumons. Wouaouh ! Enfin, UN PEU D’AIR !
&
La rutilante sage-femme, satisfaite du travail accompli, lâche à ma mère, avec un large sourire :
— Vous avez une fille, madame. C’est un bien beau bébé avec plein de cheveux noirs, au visage tout rougeaud. Et, vigoureuse avec ça, sacré nom de bleu !

Ce jour-là, c’est sûr, je suis devenue un peu moi.
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