Un jour à la fois

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L'ignorance assumée est la plus courageuse des vertus. Sinon, vous pouvez aussi élever des écrevisses-revolvers ou des hippocampes alcooliques. Ça se fait bien dans une salle de bain ou au  [+]

Image de Été 2013

Fermez les yeux.
Imaginez une odeur qui, par sa simple présence, vous procure des frissons d’appréhension et de plaisir. Un effluve qui vous électrise, vous perfore le cœur de part et d’autre. Vous ne savez pas si cela vous rend heureux ou triste, vous n’êtes plus capable de penser clairement.

Autour de vous, personne ne semble l’avoir remarquée. Vous, vous y êtes sensible, mais ceux qui vous entourent ne semblent pas l’être. Ils ne lui jettent pas des regards en coin comme vous le faites. Ne se demandent pas quel âge elle a, comment elle est arrivée là.

Vous avez l’impression qu’elle souffre d’être ignorée de tous. Quelqu’un l’a oubliée. Quelqu’un qui ne reviendra pas. Votre désir prend peu à peu le pas. Dans votre tête, la peur et l’envie luttent.

Vous ne pouvez pas. Vous avez promis à votre femme que ça n’arriverait plus. Que dirait votre fille !
Que penserait votre père...

Il suffit qu’ils ne le sachent jamais. Personne n’est forcé d’en parler. Elle, elle vous regarde. Vous lui souriez nerveusement puis détournez aussitôt la tête. Vous la connaissez ! Elle était au même bar, la semaine passée. Elle accompagnait un jeune homme au regard défait. La voilà qui vous appelle. Elle aussi vous a reconnu. Elle a lu le désir dans le fond de vos yeux.

Vous l’ignorez. Vous êtes plus fort que ça. La lutte reprend. Cette lutte devenue presque quotidienne. Elle n’est pas la seule à vous faire cet effet. Peu importe leur âge, vous n’êtes plus à quelques années près. Maintenant l’envie vient du fond de vos tripes, brûlante. Elle ne se laisse pas aussi facilement faire que lorsque vous étiez jeune.

Vous transpirez. Vous ne pouvez en parler à qui que ce soit. C’est tellement tabou. Tellement mal vu. On vous prendra pour un monstre ou alors on ne vous traitera plus qu’avec compassion. Vous n’en voulez pas. Mais vous êtes seul. Seul à lutter chaque jour contre ces pulsions.
Vous êtes brisé. À l’intérieur, les morceaux ne tiennent que par de la colle encore fraîche. Si seul. Jamais plus vous ne serez à l’abri. Jamais plus vous ne pourrez rentrer ici sans des bouffées d’angoisse à l’idée de ce que vous êtes capable de lui faire, à elle. Dans un mauvais jour, vous pourriez même vous attaquer à plusieurs de ses amies.

Vous êtes terrifié. Vous vous dégoûtez. Persuadé que ça ne touchait que les autres, les personnes dérangées, dépressives. Maintenant, vous êtes là. Affrontant un destin plus fort que vous.

Vous perdez pied, vous allez craquer.
Vous ne cédez pas. Vous êtes plus fort que cette bouteille de scotch.

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Ikouk OL · il y a
Comme toujours , texte précis, formules coup de poing . Et toujours , cet auteur qui se dégoute, lutte contre lui-même et finit par se transcender au travers de ses mots, de ses phrases , de sa poésie et nous prend à rebrousse poils avec sa chute si originale. Je vous ai découvert et je ne le regrette pas !
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Felix Culpa · il y a
Excellente analogie, excellent récit, c'est palpitant ! C'est de la très belle littérature ! Merci pour cette belle lecture !
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Arlo G · il y a
J'étais passé à coté de votre excellent TTC et je vote avec un peu de retard. A L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée. Cordialement, Arlo
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David Verneyre · il y a
Wow. Très bien amené, bravo !
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Thara · il y a
Elle sait y faire avec sa jolie robe dorée, son parfum, que seul un connaisseur reconnaît ce genre de sensation !
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Fred Panassac · il y a
Très bien écrite, cette description de la "victime" nous fait partir sur une autre piste et la chute est surprenante'
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Rostaim Yavari · il y a
Haha, ravi que ce faux-indice ai fonctionné. Je suis ravi de voir que certains auteurs font encore l'effort d'aller lire les œuvres plus anciennes de leur collègues, c'est une agréable surprise.
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Fred Panassac · il y a
Tous vos textes lauréats, ou presque... a priori ça ne doit pas être de la roupie de sansonnet et mérite d'être
découvert ! Je continuerai cette semaine. @+

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Christian Pluche · il y a
Bien vu...
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Flip · il y a
Les fumeurs, les buveurs, les chocolateurs se reconnaîtrons dans la justesse des sensations. Puissent-ils se débarrasser de ces poids qui les freinent/ Merci à vous. A+
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Rostaim Yavari · il y a
Vous remarquerez que le titre, c'est le crédo des alcooliques anonymes (ce que personne n'a relevé haha). Merci encore !
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F. Chironimo · il y a
Quelle surprise! en prenant des nouvelles des bornes de lecture installés par Short dans certains lieux publics, j'apprend qu'il en est arrivée une en Bretagne, en gare de Rennes... avec une photo à l'appui... que j'agrandis... dont je corrige contraste et netteté pour voir si par hasard ce ne serait pas mon "Quai des Indes" (lauréat 2015) livré ainsi en pâture culturelle aux appétits bretons... eh bien non, c'est le tien! C'est fou, non?! http://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/un-distributeur-dhistoires-courtes-dans-la-gare-de-rennes-4186364

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