Un important déjeuner d’affaires

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De l'humour parfois, des humeurs surtout, au fil du temps qui passe et des mots qui défilent, me bousculent et s'invitent sans complexe sur une page blanche  [+]

Mon corps délié ne semble plus se souvenir du temps qui passe. Je reste là, allongée sur le sable chaud, réconfortée par les douces caresses du soleil, enivrée par l’air marin et la brise du vent qui soulève délicatement quelques mèches de ma chevelure blonde.

Les yeux fermés, je laisse dériver mes pensées, les accueillant au fur et à mesure qu’elles se présentent, les refoulant lorsqu’elles deviennent trop encombrantes, les chassant plus loin, dans l’éternité. Parfois téméraires, elles insistent, viennent danser et tournoyer comme une valse lugubre. Alors, d’un vaste revers de main, je les chasse et les envoie valser ailleurs, loin, très loin, hors du temps et de l’espace que je me suis crée, à l’abri des regards suspicieux et indiscrets.

Tic Tac ! Tic Tac ! L’horloge tourne, me chante une comptine enfouie, ensevelie sous les cinquante années passées : « Madame Chouette est noctambule, toute la nuit elle déambule, mon petit chat Bidule se cache sous la pendule ».

Tic Tac ! Tic Tac ! L’horloge tourne mais mon corps n’en a que faire. Il se délasse en respirant à pleins poumons l’air iodé, en écoutant le bruit des vagues s’échouant sur le rivage. Bercée, apaisée, je ferme les yeux et doucement je m’endors.

Tic Tac ! Tic Tac ! L’horloge a tourné, je me réveille une heure plus tard, transpirante et rouge comme une écrevisse. Mon corps est brûlant, mes poumons suffoquent sous une chaleur torride. J’ai soif. Je passe ma langue sur mes lèvres salées, asséchées. Je consulte ma montre et me redresse d’un bond en poussant un cri de fureur ! Il se fait tard, plus qu’un petit quart d’heure avant mon prochain rendez-vous, un important déjeuner d’affaires.

Je largue les amarres, cours au bord de l’océan jusqu’au restaurant de la plage, me change et me rafraîchis à toute vitesse, m’échoue à la table de réunion où m’attendent déjà mes principaux collaborateurs. Je les salue brièvement et ne peut m’empêcher de les regarder tour à tour, du coin de l’œil. Tirés à quatre épingles. Costards-cravates, robes moulantes et talons aiguilles, ce qui est surprenant ici. J’attaque vivement le principal sujet, évoquant la signature d’un prochain contrat, laissant chacun d’entre eux prendre tour à tour la parole.

Tic Tac ! Tic Tac ! L’horloge se remet à tourner, leurs voix bourdonnent maintenant à mes oreilles. Je me surprends alors à les imaginer sur la plage, nus comme des nouveau-nés, sans aucun artifice.

Tic Tac ! Tic Tac ! Le déjeuner se termine, une petite idée me trotte dans la tête. Un grand sourire aux lèvres et mes yeux pétillant de malice, j’annonce une dernière réunion qui, une fois n’est pas coutume, sera beaucoup plus informelle : rendez-vous mardi en huit, à onze heures précises, à l'abri des parasols sur le sable chaud du restaurant Beau Rivage.
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