Un homme presque parfait

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Bercée par le ronronnement de la rame du métro aérien pneumatique, les yeux dans le vague, un très léger sourire aux lèvres, elle repensait à sa vie des derniers mois. Ça y était. Après moultes tergiversations, elle avait fini par sauter le pas. Ses amies l’avaient tannée longuement pour qu’elle le fasse, qu’elle en accepte l’idée, lui avaient vanté tous les avantages de cette vie à deux. De guerre lasse, elle avait fini par réfléchir sérieusement à la question. Et surtout, sa vie d’alors de célibataire endurcie ne lui convenait plus. Bien sûr, elle en avait bien profité, avait accumulé des aventures sans lendemain au gré de ses envies, de ses désirs et qui, pour un temps, lui avaient largement convenu. Elle avait même eu quelques liaisons mais qui l’avaient laissée insatisfaite et n’avaient duré guère plus de quelques semaines, à peine trois mois pour la plus durable.
La première à lui en parler avait été Sibylle, sa meilleure amie, qui lui avait dépeint tous les atouts bénéfiques de s’attacher à LUI. Elle s’était ensuite aperçue que la plupart de ses autres amies ou connaissances féminines, bien qu’elles se soient avant tout considérées comme des femmes on ne peut plus libres, avaient elles aussi cédé à la tentation devant l’unique assiette posée le soir sur un coin de table ou devant un plateau repas avec pour toute compagnie la voix monocorde du présentateur télé. Et, comme elles, elle avait peu à peu fini par haïr ce rendez-vous quotidien du soir avec elle-même et ce monsieur météo. C’en était trop. Elle NE VOULAIT plus de cette solitude ! Puisque Sibylle savait exactement comment s’y prendre, un soir, n’y pouvant plus, elle lui avait téléphoné pour lui demander de la conseiller, l’aider dans ses démarches d’approche.

Depuis maintenant six mois, elle s’était enfin jetée à l’eau et avait lié son destin à LUI. Les premiers jours avaient été un peu difficiles, toute sa vie se trouvait changée pour ainsi dire. A présent cela la faisait sourire, voire rire parfois. Intimidée ! Elle ! Par LUI ! Il faut dire à sa décharge, qu’en plus du reste, il était d’une beauté à couper le souffle. Jamais elle n’aurait cru que cela fût possible. Elle se demandait pourquoi elle avait tant attendu pour se décider alors que c’était si simple. Que de temps perdu !

Elle en était là de ses pensées quand la rame s’arrêta au terminus, comme chaque soir. Elle habitait non loin de là et pressa le pas, impatiente de rentrer au bercail, sachant qu’IL l’attendait. Lorsqu’elle pénétra dans l’appartement, une délicieuse odeur de rôti et de pommes au four l’enveloppa littéralement. Outre qu’IL était attentionné et un amant remarquable, IL cuisinait à la perfection. Que demander de plus ? Comme à l’accoutumée, IL l’accueillit souriant, heureux de la voir. IL l’embrassa langoureusement avant de lui tendre un verre qu’IL avait préparé à son intention. Devinant qu’elle serait épuisée ce soir par une journée éprouvante, IL lui avait fait couler un bain chaud et moussant, aux sels relaxants et, lorsqu’elle s’y plongea voluptueusement, IL entreprit de lui masser le cou, les épaules et le dos. Puis ils dînèrent, enfin elle surtout, au son d’une musique douce. Depuis qu’IL partageait sa vie, pas un soir elle n’avait mis en marche le poste de télévision. IL était sa télévision personnelle, son cinéma à domicile, son livre de chevet. IL emplissait à lui tout seul le vide de sa vie passée et elle n’avait plus besoin de quoi que ce fût d’autre que LUI. La soirée s’écoula entrecoupée de rires. IL avait un humour décapant, exactement comme elle aimait.
Puis, ils rejoignirent la chambre à coucher et, lentement, il la déshabilla. A peine eut-il effleuré sa peau qu’un frisson la parcourut. Elle s’abandonna immédiatement, sans retenue, pressée qu’IL lui fasse l’amour. Allongée sur le lit, son corps réagissait à chaque baiser qu’il déposait sur sa peau. D’abord son front, ses paupières, ses joues puis sa bouche entrouverte. Comme sa peau à LUI était douce ! Puis il fit courir sa langue sur son cou, ses seins, son ventre. Elle se mordit les lèvres pour étouffer un cri. Elle se demandait encore comment LUI pouvait la mettre dans un état de pareille excitation aussi intense. Comment cela pouvait-il possible ? Si on le lui avait dit auparavant, jamais elle n’y aurait cru. Mais justement on le lui avait dit ! Sibylle, les autres, toutes l’avaient prévenue et elle avait toujours mis leur parole en doute d’un haussement d’épaules. Comme elle avait été stupide vraiment. IL continuait l’exploration de son corps et atteignait à présent au plus secret de son intimité la destinant au plus intense des plaisirs. Son corps s’arc-boutait sous les caresses expertes de son amant. Elle était prête à défaillir quand, soudain, il stoppa net. Toute à l’excitation de ses sens il lui fallut quelques secondes pour réaliser et s’apercevoir du blocage qu’il montrait. Elle sursauta, s’écarta et s’assit sur le lit. IL n’avait pas bougé d’un iota, comme pétrifié.
- Oh mon Dieu non, par pitié pas ça !
Elle tenta désespérément de le «réanimer» mais rien n’y faisait. Aucune réaction, il ne pouvait plus bouger. Elle sauta hors du lit, se précipita dans le salon et fouilla les tiroirs du bureau à la recherche de son répertoire téléphonique. Vite trouver de l’aide. En même temps elle réfléchissait à toute vitesse. Cela faisait combien de temps exactement ? Six mois ? Un peu plus ? Un peu moins ? Pourvu que ce soit moins...

Elle reposa lentement le combiné sur son socle. Implacable réalité. Trop tard, c’était trop tard ! Yoshikumi Physicall Computer déclinait toute responsabilité. La garantie de six mois de son amant-androïde était dépassée depuis deux jours !
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