Un homme ordinaire

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Je suis de sexe masculin et je n’en suis pas fier ! Pas fier en effet, de posséder un attribut qui me donnerait des droits iniques et ferait de moi un être différent en droit, de mes congénères féminines.
En effet, il est devenu quotidien de lire ou entendre, ici et là, le tsunami récurrent des agressions sexuelles. Il ne se passe pas un jour que soit mise sur la place publique une affaire de mœurs navrante, pathétique que trop souvent, les femmes ont à déplorer. Serait-ce un phénomène astral qui influerait sur nos libidos déboussolées, nous les hommes ? Serait-ce le gène folâtre du mâle dominateur, exhibant comme un totem sa virilité, en opposition à celles qui désormais ont l’outrecuidance d’user de leur libre-arbitre et de leurs droits les plus élémentaires, en dénonçant les agressions et les outrages dont elles sont les victimes ?
Serait-ce l’apanage de ceux qui se croient intouchables. Ou alors, Serait-ce un mouvement féministe désireux d’en finir avec « un droit de cuissage moderne » qui refuse de dire son nom.
Que ce soit dans le monde du spectacle, de la politique, de l’entreprise, tout est question de rapport de force avec pour l’incriminé, l’espoir, sinon la quasi-certitude, du classé sans suite ou d’une peine légère et pour la victime, une fin de non-recevoir, avec parfois une touche de suspicion et de mépris quant à la réalité des faits allégués.
Cependant et sauf à ne plus jouir de ses facultés mentales, ou se croyant inaccessible, comment un homme politique peut-t-il risquer de ruiner sa vie et sa carrière, pour une basse pulsion sexuelle non consentie ? Pourquoi une star du spectacle, un metteur en scène, un capitaine d’industrie se fourvoie-t-il dans de sordides affaires de mœurs, rabaissant la femme au rôle d’objet de plaisir, avec lequel il peut jouer à sa guise et en toute impunité ? Sans doute pense-il que sous le couvert du pouvoir, de la notoriété, de l’argent dont il dispose bref, de sa toute-puissance, il ne sera jamais inquiété. Ou alors, cette certitude d’impunité, sublimée par une pulsion impérieuse de violence et de domination, serait-elle tellement plus excitante que le magnifique acte de séduction et de consentement réciproque ?

Mais désormais, les femmes ne l’entendent plus ainsi. Elles n’ont plus cette retenue qui les désignait comme seules responsables de leur infortune et qui faisait d’elles des victimes silencieuses. Aujourd’hui, elles ont décidé de parler. Elles accusent. Elles montrent du doigt leur agresseur.

Le plus navrant est que ceux-ci, dans le prétoire, n’ont même pas le courage d’assumer leur faute.
Ils parlent, de provocations féminines, de minauderies, d'honneur bafoué et, par avocat interposé (souvent un ténor du Barreau), ils s’indignent que l’on puisse les soupçonner d’avoir commis un acte aussi ignominieux.
-« Mon client ne l’a pas abusée, Monsieur le Président !... Elle était consentante. De plus, elle s’est bien gardée de lui dire qu’elle n’avait que treize ans ! » dira celui-ci, avec force effets de manches.
- « C’est la plaignante qui lui a fait des avances !...Elle voulait être retenue pour le rôle ! », rétorquera cet autre.

Je ne suis pas fier de mon statut d’homme ! Je redoute même un jour, de me retrouver seul auprès d’une femme et sous son regard inquiet, devoir me justifier comme un coupable en puissance et de lui dire :
-« Rassurez-vous !... Je suis un homme ordinaire. Vous n’avez rien à craindre de moi. »
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