2
min

Un homme

Image de Bévé

Bévé

61 lectures

29

Un homme est content. Il a le sentiment d’avoir accompli son devoir de citoyen. Il a d’ailleurs été conforté dans ce sens par l’officier de police qui l’a accueilli. On lui a dit que si tout le monde agissait ainsi le pays se porterait mieux. Il n’a pas été obligé de décliner son identité. Il a donné de tels détails que sa crédibilité n’a pas été mise en cause un seul instant.
En descendant les marches de la gendarmerie il relève le col de son imperméable avant de jeter un coup d’œil circulaire. Il lui semble maintenant être habité par une force nouvelle. Il voudrait que quelqu’un le regarde un peu fixement pour pouvoir l’interpeller. Il l’obligerait à venir s’expliquer devant le gradé qui l’a reçu. Mais pour l’instant les rares passants ne s’occupent pas de lui et déambulent en essayant de tenir en équilibre sur le pavé verglacé. Ils portent presque tous des paquets dans les bras et cela lui rappelle qu’il est sorti de chez lui en disant qu’il allait faire les derniers achats pour le réveillon du soir. Durant l’après- midi, en regardant sa femme décorer le sapin, il se demandait quel prétexte il pourrait trouver pour sortir. Il venait de prendre sa décision. Il allait collaborer avec les autorités. Il était inutile d’alerter son épouse sur le sens de sa démarche. Elle était trop occupé par la réussite de la soirée pour l’entendre. Elle lui dirait encore de laisser les gendarmes faire leur travail.
Dans la matinée, en revenant du fond de son jardin avec des bûches dans les bras, il avait été surpris par un cri d’enfant. Les siens étaient adultes et il n’y en avait aucun dans le voisinage. Comme la petite voix continuait à se faire entendre, il en avait cherché l’origine. Cela l’avait amené à s’introduire discrètement dans le jardin qui jouxtait le sien. Il s’était approché de la maison de son voisin et avait découvert le soupirail d’où sortait les bruits enfantins. Il s’était penché vers ce puits lumineux et avait failli pousser un grand cri de colère. La cave était occupée par des gens de couleur qui s’affairaient, eux aussi, à confectionner un sapin de noël . Un couple se servait de branchages défraîchis et leur travail semblait fasciner un petit enfant qui les regardait en babillant et en gesticulant. Dans un coin de la pièce un réchaud à gaz était allumé sous une bouilloire et de nombreuses boîtes de conserves jonchaient le sol.
Il était rentré fébrilement chez lui en maudissant ce voisinage inconscient qui n’avait que le sourire aux lèvres et ne participait pas à la chasse aux clandestins. Heureusement que lui allait remédier à cela. Avec un peu de chance la police pourrait les déloger avant la nuit.
Un homme n’a pas envie d’entendre un gamin brailler à travers un soupirail.

PRIX

Image de 2019

Thème

Image de Très très courts
29

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Ginette Vijaya
Ginette Vijaya · il y a
On s’interroge en effet sur ce qu'il y a lieu de faire .
Image de JACB
JACB · il y a
Je suis cueillie par la chute! Mais j'ai toujours envie de prêter de bons sentiments à mes voisins. Je m'interroge aussi sur ce que je ferais dans une telle situation...parce que l'accueil qui leur est réservé n'est pas à la hauteur d'un geste humanitaire ? votre récit a le mérite de nourrir la réflexion!
Si le droit des femmes vous intéresse, je vous invite Bévé.

Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une belle œuvre bien menée qui démontre le manque de considération
et de sensibilité pour la détresse des clandestins et les chercheurs d'asile ! Bravo !
Mes voix ! Une invitation à découvrir “Justice for All” qui est également en compétition.
Merci d’avance et bonne soirée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/justice-for-all

Image de Claire Bouchet
Claire Bouchet · il y a
Votre histoire fait froid dans le dos et renvoie à bien des époques où dénoncer semble être la raison de vivre de certaines personnes.
Image de Anne Marie Menras
Anne Marie Menras · il y a
Votre histoire me fait penser à celle des gilets j..... qui ont prévenu la gendarmerie qu'il y avait des clandestins dans la cuve d'un camion qu'ils avaient intercepté. Mon vote ultérieurement (après lecture de tous les textes)