Un hiver au fond du canyon

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Novembre était arrivé. Comme prévu, l'établissement thermal avait fermé. L'office de tourisme affichait crânement : «Réouverture courant mai».
Sa voiture était seule désormais sur l'étroit parking.
Là haut, au village, on se gardait bien de descendre jusqu'à la station : il n'y avait rien à y faire puisque les curistes et les randonneurs étaient partis. Au printemps, reprendraient les travaux pour préparer la saison. L'hiver, ici, il n'y avait même pas assez de neige pour faire du ski.
Dernier à partir, le curé avait fermé sa minuscule église.
Quelques vieilles s'obstinaient quand même à proposer des locations en hiver. Vivant de peu, elles louaient pour pas grand chose.
Il avait trouvé pension dans une maison au parfum d'humidité.
Il était seul, maintenant.
Les grands hôtels, dont certains n'avaient plus ouvert depuis des années, le regardaient de haut, comme si le ciel gris leur faisait baisser la tête.
Tout seul, lui le fugitif, l'assassin. Un hasard l'avait conduit ici, au bout de la route en lacets, au fond de cette étroite vallée. Là ou ailleurs, qu'importe ?
Aussi seul qu'il puisse être, un compagnon le suivait : l'autre, l'ami, le presque frère, celui qu'il avait tué un soir. Par jalousie, par folie, par bêtise ? Qui sait.
Une planète est trop petite pour cacher une telle faute. S'isoler au fond de ce canyon était vraiment une mauvaise idée.
Jour après jour, nuit après nuit, l'autre était là. Son cri d'agonie s'accordait avec le vent glacé.
Le plus étonnant est qu'il restait. Quelque chose le retenait dans ce fond de terre et de roc gris.
Le crime avait été violent, sanglant. Il s'était acharné sur l'autre. Après l'avoir tué il n'avait pas eu le courage de lui fermer les yeux : son regard mort s'inscrivait dans les nuages lourds.
Qu'il fume un de ses infects cigares, qu'il avale son maigre rata, qu'il erre au hasard dans la forêt, il y avait toujours autour de lui comme une odeur de sang.
Plus les jours raccourcissaient, plus la vallée se peuplait d'ombres.
En mars, c'est un randonneur qui l'a trouvé.
En partie dévoré par les bêtes, son corps était recroquevillé au pied d'un grand hêtre.
Dans ses yeux grands ouverts, on lisait comme un soulagement.
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