Un histoire de fou

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Rue Gambetta 21H00 un mardi soir, une année où les cabines téléphoniques existaient encore...

Comme tous les mardi soir, j’étais sortie de l’internat du lycée pour aller faire crayonner mon fusain sur la toile de mon chevalet à l’Académie des Beaux-Arts. Je profitais toujours de ce moment privilégié pour m’octroyer quelques libertés qui m’étaient interdites au sein des murs de ma prison concentrationnaire.
J’avais profité d’une pause dans le cours d'histoire de l’art pour fuguer jusqu’au bout de la rue, afin d’appeler ma meilleure amie, Marie, dans une cabine téléphonique qui se trouvait non loin de là, à un carrefour à l’angle d’une rue perpendiculaire.
J’étais dans la cabine en train de parler à Marie, tout en regardant, de temps à autre, défiler le crédit de mon temps de parole sur le petit écran, quand, subitement, je fus distraite par un énergumène. Je vis arriver en face de moi un étrange personnage.
Son intrigante dégaine attira mon attention. L’homme dégingandé portait un long manteau noir et marchait la tête dans les épaules en se dirigeant vers moi. En se rapprochant, un détail m’intrigua, le pardessus laissait entrevoir les bras ballants de ses manches inanimées. Il semblait que le type avait été amputé de ses deux mains. La longue veste laissait paraître par ailleurs une excroissance au niveau de bas ventre.
Je ne sais pourquoi une intuition désagréable commençait à monter en moins. Mes yeux furetèrent aux quatre coins cardinaux et je m’aperçus que nous étions les deux seules âmes qui trainaient dans ce quartier désert. Je fis part de mon inquiétude à mon amie qui me demandait quelques détails sur l’animal. J’étais prise de panique et mon dialogue intérieur frappait dans ma tête comme une balle de squash sur des parois. J’étais partagée entre l’envie de partir en courant et le fait d’être tétanisée par l’énergumène qui se rapprochait dangereusement. Il était déjà trop tard.
Il se figea alors derrière la porte vitrée et avec un petit sourire rempli de vice ouvrit le rideau pour me faire assister au spectacle d’horreur. J’étais pétrifiée. Le monstre était en train de caresser son machin sous mon nez quand subitement je le vis détaler.

Et pendant ce temps-là...

Comme tous les mardi, j’sortais Zob de chez moi, pour lui faire prendre l’air. J’vivais dans un taudis d’puis que ma morue de femme « Momonne », comme j’l’appelais, m’avait laissé tomber pour un bonhomme rencontré au salon canin d’ Brive la Gaillarde un an plus tôt. Faut dire qu’il en avait un bien plus gros qu’moi !! Un rottweiler noir du genre mastoc et musculeux du nom d’ Goliath. Il avait gagné l’ prix Beauté de l’année. J’vous raconte pas la participation de mon petit Zob, un chiwawa nain couleur d’ pêche, il a quand même raflé la s’conde place l’animal. J’étais pas peu fier !
Mais j’reviens à mon affaire. J’avais décidé d’ promener Zob qui était un peu fébrile.
Cette histoire de seconde place, ça lui avait mis du plomb dans les pattes à mon Zob. C’était plus l’même et j’lui trouvais plus le même entrain qu’avant.
J’avais pris l’habitude de le prendre contre moi pour l’rassurer d’ma fidélité sans faille depuis l’échec cuisant. Disons que mon Zob et moi, on s’remontait le moral réciproquement d’puis cette sale affaire.
On s’sentait tellement seuls lui et moi depuis un an que Momonne était partie. On était prêts à tout.
Justement ! Dans la rue, c’soir là, j’vois cette jeune fille dans une cabine téléphonique hypnotisée par notre apparition. J’vais me planter derrière elle, histoire d’prendre contact et comme j’suis pas beau parleur, fallait qu’je trouve un sujet pour faire la conversation. C’est là qu’j’ai une idée lumineuse, lui montrer mon p’tit Zob. Les gens sont toujours plus avenants quand vous montrez vos gamins. C’est là que mon Zob a pris la poudre d’escampette. En voyant la fille aux yeux de merlan fris horrifiés, j’crois qu’il a pas été rassuré. Il a décampé sur l’champs et m’voilà parti dans une course poursuite effrénée.
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