Un enfermement pesant

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L'impact des gouttes sur le métal me sortit de mon pseudo état léthargique entre sommeil et hallucinations. Ces mêmes gouttes qui me ramènent à la situation actuelle, celle d’un homme enfermé dans un cachot humide, froid et lugubre.

« Depuis combien de temps suis-je enfermé?
Excellente question, merci de me l’avoir posé !
Le nombre de jours exact, je ne saurai vous le dire cher ami... »
A fortiori, assez longtemps pour tisser un lien d’amitié entre un cadavre de rat et ma petite personne.
La raison de mon enfermement? Y-en a t-il une réellement? Car au XVIIIème siècle, toute personne dérivant d’un millimètre aux conventions et aux dictats était jetée en prison, isolée, parquée dans 5 m2 ne sachant à quelle sauce elle allait être mangée.

Pour occuper ce temps qui passe lentement, je décidai de chercher la raison de cette sévère décision.

« Est-ce pour cet incident survenu à l’occasion de mes 21 ans dans ce pub, lorsqu’un peu éméché, je me suis battu avec un homme d’une cinquantaine d’années alcoolisé également ? » Cet homme, barbu, bien en chair, à l’allure dégingandée et à l’odeur pestilentielle s’approcha de moi pour commander un verre... A cause du monde présent ce soir-là, on se bouscula légèrement mais personne n’y prêta une attention particulière. Plus tard, dans la soirée, c’est alors que les choses se gâtèrent... Je le croisai de nouveau et dans un mouvement de masse je fis tomber son verre. Quelle ne fut pas sa réaction. J’aperçus dans ses yeux une haine indescriptible. Ce fut le geste de trop. Avant même que je ne puisse comprendre ce qui arrivait : l’homme m’empoigna pour me plaquer sur le premier mur qu’il trouva et m’asséna le premier coup. Je me défendis autant que je pus car l’homme était plus fort que moi. Je réussis à lui donner un coup dans le bas ventre avec mon genou avant que toute la population du pub s’en mêle et crée une bagarre générale. Il se passa quelques jours avant que je n’appris que l’homme contre qui j’ai eu cette altercation était le chef de la section militaire de la ville, à la retraite.

« Est-ce cela qui m’a valu d’être emprisonné à ce jour? » demandais-je à l’animal trônant en face de moi. Il me répondit qu’il excluait partiellement cette option car il pensait que les forces de l’ordre aurait réagi plus tôt à la suite de ce quiproquo.

Je continuai donc mes investigations...

Mes pensées s’arrêtèrent sur l’émeute qui eut lieu sur la place principale de la ville à la suite de la hausse du prix du pain. Cet heurt causa la mort de 3 personnes et en blessa une trentaine d’autres. La manifestation tourna au drame après qu’un ouvrier, blessé, désigna un noble comme son bourreau. Ses paroles prises au pied de la lettre attirèrent la foudre du petit peuple auquel je faisais et fais toujours parti. Veuillez noter au passage que mes opinions sont plus pacifistes que la plupart de celles de mes compagnons. C’est pourquoi, j’ai décidé de les accompagner ce jour mais sans cautionner leurs actes et en essayant au maximum de les résonner. A la suite des propos énoncés par l’ouvrier, animés par un esprit de vengeance conséquent, mes camarades (et moi même qui les suivait de loin) pillèrent les échoppes pour y dérober les armes qu’elles contenaient. Malheureusement, ces agissement violents retinrent l’attention des policiers présents sur les lieux qui nous embarquèrent pour nous placer en garde à vue. Après mon interrogatoire, voyant que je n’étais pas le cerveau de cette attaque mais seulement un suiveur, ils décidèrent de me relâcher.

« Est-ce qu’après une légère enquête, ils regrettaient de m’avoir laissé en liberté d’où ma présence ici aujourd’hui.?» suggérais-je au rongeur allongé. Il me rétorqua de ne pas m’arrêter sur cet événement chaotique car celui ci n’était sans doute pas la réponse à ma question, à son sens.

Par conséquent, ma réflexion se figea sur une autre péripétie qui se déroula un soir de cet été.

Un midi, déjeunent au parc en compagnie de ma soeur et de sa petite famille : son mari et ses quatre enfants, je la vis. Elle, dans sa robe beige et rouge, coiffée par des anglaises, resplendissante, bouquinant, les jambes recroquevillées sous son postérieur. Mon esprit vagabonda hors de la conversation qui était engagée par mon entourage à cet instant, trop occupé à la contempler. Au milieu de l’après-midi, elle quitta le square et pour ma part je repris le cours de ma vie sans l’ôter totalement de ma tête. Ce soir-là, je retrouvai mes amis dans un troquet du quartier et on commença des parties de cartes à n’en plus finir, le tout agrémenté d’un bon whisky pur malt qui me mit rapidement dans un état second. Au cours de la soirée, je sortis pour uriner dans une ruelle sombre aux abords du bar. Bien mal m’en pris de me rendre à cet endroit puisque j’assistai malgré moi à une scène d’horreur. Cette même femme, mystérieuse et électrisante de beauté, aperçue quelques heures auparavant était à demi nue en train de se faire violer par un paysan de bas étage complètement ivre. Cette dernière ne se laissant pas démonter, lui griffa le visage et essaya de s’enfuir à maintes reprises mais l’homme avec sa force l’a frappa d’un coup sec au visage. La violence du geste fut tel que la jeune femme s’évanouit. Vu mon état, je ne pus rien faire devant ce spectacle. J’étais abasourdi. Comment peut-on commettre un acte aussi barbare? Pour assouvir une simple pulsion sexuelle? Malgré que je sois resté stoïque, ma présence a due le déranger un chouia, l’homme s’enfuit en courant, abandonnant sa proie ensanglantée et dévêtue. Ne sachant si elle était vivante ou non, je décidai de m’approcher pour lui prodiguer les premiers soins. Après quelques minutes, je jugeai bon d’aller chercher de l’aide ne voyant aucune réaction de sa part et commençant à être en proie à la panique. Depuis cette nuit, je n’ai plus jamais revu cette demoiselle ou entendu parler de cette histoire. Je n’ai d’ailleurs jamais dit mot de cette mésaventure à qui que ce soit que je côtoie.

« Est-ce que dans la pénombre, une personne mal attentionnée qui aurait été témoin de la scène ou bien l’agresseur lui même m’aurait dénoncé croyant que j’étais la personne qui en voulait à la vie et à l’intégrité de cette charmante jeune femme...? » questionnais-je à mon colocataire de chambrée. Aucune réponse.

Je ne sais quelle heure était-il mais dehors il faisait nuit et la plus ne cessait de tomber lorsqu’un gardien vint m’apporter un maigre repas sur un plateau rouillé et sali par les nombreux repas antérieurs pris par autrui. Avant de me ruer sur ce repas comme la vérole sur le bas clergé, je me permis de demander à mon « serveur » du soir la raison pour laquelle j’étais cloitré dans ce placard. Sa première réaction fut un ricanement grave qui résonna je pense jusqu’à l’autre bout de la ville. Mais voyant que j’étais on ne peut plus sérieux, il se reprit et débuta son récit. Malencontreusement avant même d’en arriver au passage qui m’intéressait le plus, mon interlocuteur s’écroula raide mort devant moi, un impact de balle au milieu du front.

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