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Un dimanche à se taire

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Angèle Carutti

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Il batifole à travers champs ou sur le canapé. Il s’ébat comme un enfant, on dirait qu’il a oublié la promiscuité des cages du refuge où je l’ai trouvé. Je regarde ce bon chien au regard doux, un abandonnique qui me ressemble un peu, qui ne connaît de place que celle que je lui donne. Mon chien est un bâtard et moi aussi, on se comprend.

Aujourd'hui, il a fait un peu de printemps. Je n'avais envie de rien, même pas sommeil.
Ni envie de lire, ni envie de boire, même pas envie de chocolat.

Après le déjeuner, j'ai pleuré bêtement comme une gamine. Alors mon petit chéri a eu pitié ou quelque chose comme ça. Il a dit : "bon, on va faire le tour du pâté de maison". Je savais que ça ne lui disait rien alors j'ai refusé. Il a insisté, laissant tomber son ordinateur, sa musique en chantier. Il a dit "viens", comme ça, gentiment.

Nous sommes donc sortis, lui, moi et le chien tout fou, qui m'a fatiguée vite fait à force de tirer sur sa laisse.

Mon petit chéri, lui, il a été héroïque. Comme d'habitude. Il est atteint d'une maladie neurologique qui réduit son périmètre de marche. Il tient debout au prix d'une douleur tenace, en équilibre comme un bidibule. Un rien le ferait tomber, un souffle de vent, un baiser peut-être, une chiquenaude sûrement. Mais il a voulu marcher pour moi, pour m'accompagner, parce qu'il est beau. Parce qu'il est une gentille personne.

Aujourd'hui, c'était jour de manifestation contre l'austérité. Des dizaines de milliers de personnes se sont levées et ont marché ensemble pour protester.

Moi, je ne trouve plus rien à faire, je ne trouve plus rien à dire.

Loin de la Bastille, je ne fais que recevoir avec stupeur le brouhaha du monde et la vanité des hommes.
Pourtant, je crois que j'aimerais assez retrouver l'espérance.

Demain, je me ressaisis.
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