Un dernier pour la route

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Ecrire n'est rien si ça reste du papier et de l'encre  [+]

Il se faisait couler un autre café. Les médecins étaient formels, chaque fois qu'il en buvait un, il risquait une crise cardiaque. Du coup, il avait cessé de les consulter. Aujourd'hui, il s'en fichait, peut être que demain il y ferait attention. C'est dans ce contexte qu'il y a un an il avait arrêté de fumer, craignant de plus en plus pour sa santé. Il n'avait jamais repris, comme quoi il avait encore un peu de volonté.

Une fois de plus, il s'apprêtait à écrire une nouvelle, sans savoir si elle allait plaire, sans savoir même si elle aurait la chance d'être lue. Mais comme à son habitude, il était en panne d'inspiration. Il rêvait de devenir auteur, en avait-il seulement le talent ? A chaque concours littéraire, il participait avec un nouvel écrit. Quand les résultats tombaient, c'était toujours la même déception.

Dans tous les cas, ça ne durerait pas. Il était raide, pas encore mort, mais sans un sou. Son goût prononcé pour la littérature l'avait entraîné à refuser des postes et il y avait maintenant six mois qu'il n'avait plus travaillé pour gagner un salaire. Ce qui lui pendait au nez, c'était donc la pauvreté, la misère et la Mort.

Il se rendait dans son café préféré, juste pour entendre une voix. Aujourd'hui, il aurait la chance qu'on lui paie sa tasse. Il avait emmené de quoi noter, mais à présent chaque bruit l'agaçait, l'incommodait, en somme le rendait fou. Il n'arrivait pas à se concentrer et sa page était en train de se remplir de banalités sur sa propre condition.

Que faire quand on est dans l'impasse ? Quand ce qui nous sert d'exutoire finit par prendre le dessus et ne plus nous soulager, mais nous enfoncer encore ; comment réagir ? L'humour l'avait souvent sauvé, mais l'ennui creusait sa tombe et le cynisme coulait dans ses veines.

Il avait une tête sympa et un sourire de circonstance, un paraître de façade qui cachait tant et tant de souffrances. Il avait cette aura superficielle, qui cachait un mal être réel. Il racontait sa vie à des personnes, qui peut être, n'en avaient rien à faire. Il écrivait, rongé par le mal du siècle : le chômage.

Et si cette histoire est écrite au passé, c'est parce que c'était la dernière qu'il ait raconté.
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