Un coude

il y a
2 min
5
lectures
0

le hasard...l'envie...la nouveauté.... associés à une vie de famille, à un travail et à un quotidien avec ses peines et ses immenses joies  [+]

Au moment de l’envie retrouvée de séduire, l’homme, même le plus attaché à sa silhouette, à son hale salé, à son sourire, à ses yeux pétillants ne sait pas que, à l’ultime étape des mains se rapprochant du visage séduit, son coude posé sur la table se montrera tel un cookie craquelé, trop sec, trop buriné. Vexé d’être encore oublié et mauvais joueur, le coude dévoile, subitement, l’état réel du corps : usé... et, la personne convoitée recule d’autant ! Quelle farceur, ce coude ! C’est peut-être pour cela, que les Anglais l’appelle le funny bone.

Ici, au milieu des expressions françaises, on parle du « petit juif ». Quand on le cogne, on se rappelle de l’existence du « petit juif » et on le masse rapidement pour chasser la douleur... quel mystère ce « petit nom » ! Impossible de l’utiliser aujourd’hui et cela nous donne, encore, une bonne raison, pour oublier l’existence de cette partie du corps et se contenter d’un « Aie » véhément !
Même l’enfant qui nait peut oublier un de ses coudes, jusqu’au moment où une césarienne le rappelle à une bonne tenue ! Les coudes grandiront avec l’enfant, mais sans égards : oublié chez le pédiatre, jamais : « maintenant, mesurons le tour du coude », oublié dans les soins du corps, jamais « pense bien à laver tes coudes » ! oublié dans le choix des jeux, jamais « joue à ce jeu, tes coudes seront forts quand tu seras grand ! ». Enfant, on n’apprend pas vraiment à aimer nos coudes !

L’incohérence saisit même Picasso quand, avec les Demoiselles d’Avignon, il déroute tous les observateurs avec des seins et des coudes qui pointent avec la même agressivité. Qu’ils soient traités de la même façon, on ne sait de qui, seins ou coudes, il faut prendre la défense! Le peintre va, enfin, les charger d’érotisme en les arrondissant pour Le Rêve : la douceur laiteuse de son coude enveloppe la rêveuse. Mais, cent ans plus tard, un coup de coude va déchirer le tableau. Grace aux dollars, amis posthumes du peintre, quelques réparations plus tard, il gagnera encore en valeur. On peut enfin féliciter un coude !
Sans penser à le féliciter pour autant, certains acceptent de reconnaitre l’efficacité de catapulte qu’ils doivent à leur coude : les experts de ronds dans l’eau avec les galets, les joueurs de tennis, les boxeurs, les joueurs de golf, eux, préfèrent parler de leurs hanches. Mais, tous peuvent avouer aimer savoir lever le coude.
Non, tous ne peuvent pas. Débarqué d’une mission, le corps du marin continue d’être trituré par les tensions du pont d’envol, par les bruits qui raisonnaient dans tout le navire, par les vibrations qui allaient jusqu’à faire trembler les os. Seul, au cœur de sa pièce, lui, l’expert des catapultages, il cherche à calmer cette agitation, il cherche à retrouver la stabilité sur sa terre ferme, il cherche à ne pas voir que, désormais seules ses propres affaires sont là. Il doit arrêter les questions qui l’assaillent. Pour lui, les yeux éteints, l’amie est la bouteille que, jusqu’à sa bouche, lui amène son coude.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !