3
min

Un coeur sans fin

Image de Célia Cr

Célia Cr

67 lectures

2

La nuit descendait peu à peu sur Florence tandis que je me baladais dans les ruelles dans l'intension de calmer mes préoccupations. Je m'arrêtai plusieurs fois devant des bijoutiers, des magasins d'antiquités sans trouver mon bonheur. Pourtant je pénétrai dans une de ses boutiques, intéressé par les boucliers votifs et les figures en bois peintes. Je montais au deuxième étage lorsque je me sentis mal, fatigué, impuissant, mort. Le jour commençait à pâlir à mes yeux... Je m'assis sur un tabouret dans la deuxième pièce du premier étage pour me reposer et reprendre mes esprits lorsque que, derrière un tableau posé au sol, je remarquai une statuette en ivoire taillée en ronde bosse. En la saisissant, j'eus un sentiment de bonheur physique et moral qui submergea mon malaise. Je me sentis vivant, vif. Sans doute étais-je réconforté par le soleil ayant rayonné durant cette journée, vu que depuis des jours, la pluie menaçait la ville et la refroidissait. C'était une statuette très ancienne due à son air inexpressif et profond, comme je l'aime. Je mis du temps à m'apercevoir qu'elle représentait une femme: ronde, sans visage, sans jambes ni bras peut-être. Mais je la trouvais magnifique; elle semblait vivante. Je continuai à observer l'œuvre, ses formes disproportionnées et son ancienneté remontant au paléolithique me faisaient penser à la Vénus de Lespugue, disparue de son musée depuis des mois à cause d'un cambriolage. Je cherchai l'étiquette du prix, il n'y en avait pas. Cette œuvre étant d'une rareté et d'une ancienneté incroyable, sûrement devait-elle être chère et n'ayant pas mon porte-monnaie sur moi, je la reposai avec déception. Soudain mon malaise repris. Ma tête tourna et je me sentis de nouveau faible. Effrayé par ce retournement brutal, j'eus une pensée étrange et irréelle, et étant généralement rationnel, je la chassai de mon esprit. Mais je ne pus m'empêcher de reprendre en main la statue, et comme je l'avais imaginé, tout redevint normal, la puissance m'envahit, j'étais..."vivant". Que s'était-il passé? Je devais absolument me procurer cette statuette. Malgré moi je décidai de la voler. Discrètement je la cachai sous mon veston et descendis l'escalier avec précaution. Puis, je sortis du magasin comme si de rien n'était et courus jusque chez moi.
Longtemps je la regardai et l'identifier. Plusieurs questions me revenaient à l'esprit: pourquoi était-elle cachée dans le magasin? Etait-elle vraiment à vendre?
Je me couchai tard cette nuit-là, obsédé par l'œuvre que j'appelais "ma Vénus". Au milieu de la nuit, je fus réveillé par un bruit sourd. Je me levai et me dirigeai vers ce bruit étrange. Instinctivement je savais que ma Vénus provoquait ce bruit. L'angoisse soudaine m'enveloppa. Puis une crainte affreuse. Je la pris contre moi et ce fracas s'arrêta, je n'avais plus peur. Je me sentais vivant, plus actif lorsqu'elle était près de moi, mais lorsque je m'en séparais, la mort obscure parcourait tout mon corps. Etais-je bien vivant?
Le soir suivant, quelqu'un frappa à ma porte. Ma Vénus était toujours dans ma poche de veston, et j'étais toujours aussi vif et vivant. J'ouvris la porte et un vieillard aux cheveux blancs, aux petits yeux en amandes et au visage biscornu entra brutalement dans la maison. Il avait un air grave, monstrueux et criminel. Alors il sortit un couteau; je hurlai. Il commença à gesticuler dans tous les sens avec son arme à la main en poussant de petits couinements qui me terrifiaient. Je voulus d'abord protéger la statuette. Il la cherchait, j'en étais sûr. Je n'aurais pas du la voler, peut être voulait-il la récupérer ou voulait-il à son tour la voler pour pouvoir profiter de son pouvoir surnaturel. Je me protégeai ensuite sous la table de la cuisine, mais l'homme tomba sur moi et m'enfonça son poignard dans la poitrine. Je perdis connaissance.
Lorsque je me réveillai, mon sang s'étalait sur le carrelage; je suffoquai. Pourquoi ma vie devait-elle se finir maintenant? Je souffrais terriblement et attendais mon dernier soupir. Je pensais à ma Vénus et ne fus pas surpris de ne pas la trouver dans mon veston. Mon meurtrier avait trouvé ce qu'il cherchait. À côté de moi, je vis une pierre très particulière. En luttant contre ma douleur, je réussis à ramper et à la saisir. Je m'aperçus alors que c'était un morceau de la statue, brisé par le couteau lorsque le vieillard l'avait enfoncé dans ma poitrine. Je la mis alors près de moi, plus aucune douleur ne se fit sentir. Je n'allais pas mourir. La statue était-elle magique ou tragique? Me donnait-elle la vie? Toutes ces questions me troublaient. Après avoir étudié ce morceau de statue, je sus qu'elle m'avait donné son cœur. J'avais aussi d'autres préoccupations. Ma Vénus était-elle celle de Lespugue, une Vénus maléfique?
2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,