Un coeur gros comme ça !

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Un recueil illustré "Couleurs chimères" aux éditions stellamaris: http://editionsstellamaris.blogspot.com/2018/03/couleurs-chimeres.html Le recueil "L'espoir de la meute" (papier ou ebook)  [+]

Image de Eté 2016
Alexandre avait un problème avec les femmes. Il les collectionnait depuis l’adolescence, sans jamais parvenir à les conserver. Sa psy lui disait que ça venait de sa mère et des relations conflictuelles qu’il avait entretenues avec elle durant son enfance. C’était bien les psys ça. Prendre cinquante euros de l’heure, caler des rendez-vous toutes les semaines, balayer sa vie en long, en large et en travers pour finalement en venir à pareille conclusion. Oui, merci, il était au courant qu’il n’avait jamais été en très bons termes avec sa mère passée la période de l’allaitement. Mais son problème ça n’était pas sa mère, qu’il appelait encore de temps en temps, tout fils indigne qu’il était, mais les femmes. Plus particulièrement celles entre vingt-cinq et trente-cinq ans.
Alexandre aimait les femmes. Il les aimait tellement qu’il était incapable de leur dire non, pourvu qu’elles aient un joli minois. Et si le reste lui plaisait aussi, il se savait parti pour une de ses nouvelles aventures amoureuses qui finirait comme d’habitude dans le sang et les larmes. Façon de parler, le simple fait de saigner du nez suffisait à lui faire tourner de l’œil. Et question émotivité, il se situait entre le glaçon et l’enclume.
Parfois il s’engageait dans des histoires rocambolesques avec plusieurs filles en même temps. Il n’y pouvait rien s’il avait un cœur gros comme ça ! Bien entendu la réciproque lui eût été intolérable, en jaloux maladif qu’il était. Il était dans la nature de l’homme de faire don de ses gènes aux quatre vents. Et puis on ne pouvait pas comparer les hommes et les femmes, ça n’avait rien à voir. Une clé qui permettait d’ouvrir toutes les portes était une super clé, mais qui voudrait d’une porte que n’importe quelle clé pourrait ouvrir ?
Les femmes lui plaisaient et l’agaçaient prodigieusement. Il ne supportait pas de les voir user de leurs charmes à tort et à travers, sans qu’il soit capable d’y résister. À croire qu’elles faisaient ça juste pour le mettre hors de lui, ou pour le narguer. Au fond de lui, il les enviait, et s’en voulait d’être un homme si facile à séduire.
Si ses amours finissaient toujours mal, c’était en grande partie de sa faute, il en avait bien conscience. En amont, il choisissait rarement les bonnes partenaires. En aval, il y avait toujours un moment où il merdait. Toujours était-il qu’il ne parvenait pas à s’épanouir dans une relation sentimentale stable, et ses multiples remises en cause et séances chez la psy n’y avaient rien fait.
Après quelques aventures tumultueuses, ses récentes périodes de célibat lui procuraient un repos tout relatif. Mais c’était sans compter sur ses foutues hormones et sa dépendance à la drague. On ne se refaisait pas. Comment faisaient les autres ? Ceux qui étaient en couple depuis dix ans ? Ils avaient investi dans une ceinture de chasteté ? Ils prenaient des produits pour calmer leur libido ? Il devait y avoir un truc, quelque chose qu’il n’était pas encore parvenu à saisir et qui l’handicapait prodigieusement.
À trente piges, sa plus longue romance avait duré six mois. Un véritable exploit. Bon il ne la voyait pas très souvent, ça avait pas mal aidé à transformer ce coup d’un soir en performance marathonienne. La distance faisait qu’ils se côtoyaient moins, et qui dit moins se voir dit moins s’engueuler, c’était imparable. Mais impossible alors de s’assurer que la promise n’allait pas batifoler à droite à gauche... Alex voulait une nana libre, mais sous contrôle. Belle, mais qui ne le faisait pas savoir à la terre entière. Sur ce dernier point, il en était venu à la conclusion terrible qu’en dehors d’un couvent, il ne trouverait jamais ce qu’il cherchait.
Les filles plus jeunes étaient pour lui des adolescentes futiles et immatures. Les plus vieilles avaient généralement des gosses. Celles de son âge qui n’étaient pas casées étaient souvent trop faciles à séduire. Bien entendu, en écumant les bars et les boîtes, il tombait certains soirs sur une fille qui lui plaisait, mais ça ne durait jamais longtemps. Telle gentille blondinette un peu potelée se transformait en l’espace d’une semaine en sinistre harpie possessive. Telle charmeuse élégante et un brin mystérieuse n’était en fait qu’une feignasse profiteuse. Telle minette souriante et amène se trouvait être une fanatique inquisitrice cherchant à faire de lui le père de ses douze futurs enfants, et un homme pieux et dévot.
Heureusement qu’il lui restait encore ses potes. Enfin, les célibataires, comme lui. Ceux en couple étaient devenus terriblement casaniers. Il avait vu Nico, son meilleur ami, passer en quelques mois du stade de pilier de comptoir festoyant à satiété à celui de larbin soumis. La dernière fois qu’il l’avait vu, c’était lors d’un dîner avec sa compagne. Il arborait durant le repas un rictus crispé, comme si sa douce et tendre, un verre de vin dans la main droite, tenait ses parties intimes dans sa main gauche et s’apprêtait à serrer la poigne au moindre faux pas. Pauvre Nico.
Lui ne s’était jamais couché aux pieds d’une femme. Certes, la première fois qu’il s’était fait larguer, il s’était retrouvé totalement désemparé, pensant qu’il avait perdu LA perle rare, qu’il ne retrouverait jamais aussi bien. Aujourd’hui il enchaînait les ruptures, souvent de mauvaise grâce, parfois avec un rien d’amertume, mais toujours en relativisant. Une de perdue... next.
Il se donnait encore une ou deux semaines de repos, à vivre à son rythme, en célibataire assumé, avant de reprendre sa chasse. Mais attention, pour la prochaine, il serait terriblement exigeant. Il lui fallait une femme équilibrée, jolie bien entendu, avec une bonne situation professionnelle, à l’écoute sans être trop intrusive, tolérante avec ses défauts et responsable. De son côté, il s’assurerait de jouer les romantiques en ouvrant son cœur pour de bon, sans tricher, afin qu’elle l’accepte tel qu’il était.
C’était décidé, la prochaine fois qu’il irait voir sa psy, il lui ramènerait un bouquet de fleurs.

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