Un ciel trop bleu

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Je suis née au siècle dernier, quelques mois après que Tchernobyl a fait boum. Mais je ne brille pas dans le noir. Je rêve de détruire le monde. Mais il ne se laisse pas faire. Du coup  [+]

Image de Été 2020

Ça fait un moment qu’elle est debout face à la fenêtre, une tasse de café à la main. Un moment qu’elle fixe l’horizon. Et un moment qu’elle n’arrive pas à comprendre ce qui la gêne vraiment.
Elle porte le café à ses lèvres, grimace. Il est complètement froid. Elle l’oublie aussitôt, revient vers l’horizon. Elle a l’impression qu’il n’est... Non, c’est stupide. Mais elle a vraiment l’impression qu’il n’est plus là. Ou plutôt qu’il s’est rapproché. Là, en face, ça devrait être des collines. Sauf qu’elles ne sont plus là. Et ce n’est même pas un effet de la météo, il n’y a pas de nuages pour les cacher. Juste un ciel bleu. Complètement bleu.

Elle pose son café, ouvre la fenêtre et le fixe.

Trop bleu. C’est la seule pensée qui lui vient à l’esprit. En général, vers l’horizon, le ciel devient plus clair. Mais là, tout est d’un même bleu trop uniforme. Trop uniforme et trop... ouais, beaucoup trop bleu. Là ! Ce reste de colline vient littéralement de disparaitre. Et à la place, c’est du ciel. Sans nuages, sans rien.

Elle hésite. Est-ce qu’elle devrait descendre ? S’en rapprocher ? Mais pendant qu’elle réfléchit, elle voit un bout d’immeuble se faire dévorer par le ciel. Bleu, toujours aussi bleu. Elle se frotte les yeux. Peut-être qu’elle a des hallucinations. Peut-être qu’elle s’imagine des trucs. C’est sûrement ça, d’ailleurs : les collines et les immeubles ne peuvent pas disparaitre comme ça ! Ils ne peuvent pas et pourtant, le ciel vient de finir d’effacer le bâtiment. Il n’y a plus rien à la place. Juste ce bleu qui n’a plus grand-chose à voir avec celui du ciel. Il ne semble pas naturel. Et en réalisant ça, elle sent la terreur lui parcourir l’épine dorsale. Ce n’est pas normal, ce qui se passe.

Elle se penche à la fenêtre, regarde si elle aperçoit des voisins, d’autres qu’elle qui verraient aussi le paysage se faire effacer. Mais elle est toute seule. Elle entend juste la télé par une fenêtre ouverte, une discussion par une autre. Et aucune réaction face à ce ciel qui se rapproche, toujours un peu plus.
Le parc en bas, il vient de n’en faire qu’une bouchée. Il était là pendant un instant. Il était là, avec quelques enfants aux balançoires. Et maintenant, il n’existe plus. En plus, il y a cette limite nette entre la terre et le... non, elle ne peut plus appeler ça « ciel ». Ce n’est pas du ciel, c’est du rien.

Elle inspire profondément. Le rien est là, juste devant elle. Il est là et le bleu s’est transformé en noir. Il est là et elle pourrait tendre la main pour le toucher. Est-ce qu’on peut toucher du rien ?

Elle inspire, mais même l’air semble avoir disparu. Elle inspire et elle ne sait pas ce qui vient de se loger dans ses poumons. Peut-être ce vide. Elle inspire et elle ne voit plus rien autour d’elle.

Plus rien. Et elle, est-ce qu’elle existe vraiment ?

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