Un certain noël

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J’aime la Vie, j’aime la Beauté sous toutes ses formes, j’aime l’empathie et la gentillesse, j’aime les voyages,  lire et écrire me sont indispensables, j’aime ma famille  [+]

Un violoncelle se rend chez un psy :

Le psy : - Qu'est-ce qui ne va pas ?

Le violoncelle  : Je ne supporte plus les pianos !

Le psy : Depuis quand ?

Le violoncelle : Depuis un certain Noël. Ne croyez pas que je cherche à me vanter si je vous dis que tous les grands chefs d'orchestre me recherchent, c'est juste pour vous donner une idée de mon niveau.
Le violoncelle renifle.

Excusez-moi, j'ai encore des difficultés à raconter cette histoire tant elle m'a bouleversée. Si vous connaissiez le bonheur de sentir l'archet frotter sur mes cordes ou les doigts de l'artiste les pincer pour en sortir LE son qui se rapprochera de la perfection, pouvoir palper l'émotion du public et saluer sous les ovations...

Le psy : - S'il vous plait revenons à ce fameux Noël

Le violoncelle : - J'y viens. On avait fait « un pont d'or » à mon Maître afin qu'il joue à Noël. Aldo serait au piano. Mon Maître et Aldo sont de vieux amis, et nous, leurs instruments servons avec admiration les deux virtuoses depuis longtemps. Une grande complicité s'est établie entre nous.

Le psy : oui....

Le violoncelle : - Donc, nous franchissons le porche d'un somptueux hôtel particulier. À l'intérieur, un piano à queue est installé dans une immense pièce décorée de fresques du XVIIIème. Un écrin pour un prestigieux Steinway et un violoncelle sortant du célèbre atelier de Stradivari.

Le psy : - Et alors ?

Le violoncelle : - Alors, une porte s'ouvre sur l'enfer. Un homme apparaît :« Maestro, merci d'avoir accepté de transcender mon art par le vôtre. Comme vous le savez, dans quelques heures, je dois servir le repas le plus exceptionnel de ma carrière. Je me dois d'être, comment dire ? Divin ».
Nous voilà au milieu de légumes, de viande, de poissons, d'hommes s'activant dans un brouhaha indescriptible de casseroles, d'allées et venues. Je ne peux empêcher mes cordes de lâcher un son rageur, nous ne jouerons pas avec le grand Ciccolini* mais avec un Aldo Cuisto !
Mes cordes voudraient dire : - Maestro vous n'allez quand même pas jouer dans un office !
J'essaie d'émettre des sons audibles dans cette cacophonie, alors que le Chef inspiré est en pleine création sur son piano de cuisine !
Quelques heures plus tard, tout à son élaboration, Aldo plonge des fruits de mer dans une huile bouillante dont les éclaboussures viennent me souiller, moi, violoncelle sorti des mains du meilleur luthier du monde. Pas une excuse, le Maestro de la bouffe est dans un état second : « Pierre, envoyez à la 12 »

Quelle outrecuidance ! Trop c'est trop ! J'en suis si offusqué que j'en brise mes cordes.

Le psy : - Hum hum, voyons voir. Je dirais : Syndrome de lèse majesté.

* Aldo Ciccolini – pianiste italien contemporain

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