Un cadeau d'anniversaire

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Et si écrire était comme partager des histoires, tous assis autour d'un feu, la nuit, au milieu de nulle part, sans s'être déjà rencontrés, et peut être jamais se revoi  [+]

Derrière la vitrine, un homme m’a longuement regardée puis est entré pour discuter à l’écart de mon prix avec un autre homme, avant de conclure son affaire et de m’embarquer en voiture.
Je connais bien les hommes, les femmes aussi...Je ne laisse jamais indifférente à commencer par mon prix car je coûte cher, très cher même, mais sans hésiter on me livre au plus offrant ! J’ai l’habitude de cela et je vis plutôt bien de la convoitise des gens, de leur fortune, à commencer par ceux qui sont venus m’extraire de ma terre natale, au Bostwana.
On m’a exilée au prix du sang et des dollars pour faire de moi, après quelques opérations délicates il est vrai, une sorte de star ! On m’a achetée puis revendue, on m’a échangée. Aujourd’hui, on m’offre en cadeau d’anniversaire ! Peu importe: je suis à qui me tient, sans émotion.
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire d’un certain Jules et son petit ami se vante de bien connaître les penchants de Jules pour “les belles choses qui ont du prix”. Cela est exact car lorsqu’il m’a vue, Jules a eu un vrai moment de confusion puis m’a tenue doucement contre lui avant de m’embrasser.
- Qu’elle est belle, c’est le plus beau cadeau d’amour que tu m’offres là, a-t-il fini par dire à son amant, puis ensemble, nous avons rejoint un petit groupe d’amis qui se trouvait dans le jardin. A nouveau, j’ai provoqué l’admiration, le désir dans l’esprit de certains. Mais je suis restée indifférente à la lueur particulière dans leurs yeux, la même que celle des hommes de mon pays, les “tswanas”.
Tout le monde ou presque m’a remarquée, mais je n’ai prêté attention à personne. Aujourd’hui ici avec untel, demain probablement ailleurs avec tel ou telle autre, malgré le prix qu’on vient de payer pour me posséder, je sais n’appartenir à personne en vérité, n’être la chose de qui que ce soit, définitivement. Je n’ai pas d’état d’âme, tout simplement pas d’âme sauf celle qu’on veut bien projeter sur moi, pour ce que je plais, pour ce qu’on veut de moi.

Dans le jardin où l’on a dressé un buffet et un chapiteau, des musiciens sont montés sur une petite scène et ont commencé à jouer. Un instant, comme s’il avait craint que je ne tombe, Jules a mis subitement la main sur moi. Rassuré, il m’a embrassé de nouveau, puis embrassé plus longuement son ami. Sur la grande table, on a rempli sans discontinuer les verres et j’ai entendu les commentaires, les propos des uns ou des autres à mesure que je me déplaçais dans cette petite assemblée. A nouveau j’ai dû soutenir les regards insistants, parfois outrés de certains convives. J’ai lu l’expression dubitative d’autres invités, les ai deviné nous suivre du regard et du propos aussi, probablement acide... A être montrée ostensiblement, j’en suis devenue provocante !
Cela a été l’idée de Jules de réunir pour son anniversaire quelques amis et d’autres convives qui l’étaient moins, voire beaucoup moins semble-t-il, mais qui ont accepté malgré tout l’invitation. Dans ce contexte particulier, à l’ambiance un peu surfaite, Jules, au cou duquel je suis restée accrochée, à soufflé ses bougies sous les applaudissements convenus!
Mais au moment de se retourner devant la petite assemblée, son pied s’est pris sous un tréteau; Jules est tombé, entraînant avec lui un pan de la nappe et quelques verres bien remplis. Cela a déclenché les “oh” d’émotion et aussi des rires. On a cru devoir relancer l’ambiance en reprenant de plus belle les applaudissements et les musiciens, l'incontournable "happy birthday", mais cela résonnait faux.
Rouge de mal-être, Jules m’a entraînée rapidement hors du lieu pour nettoyer les dégâts. Arrivés dans la suite pour amis, il m’a laissée près du lavabo et a commencé à se déshabiller mais, à l’évidence, il lui fallait changer complètement de vêtements. Il est monté à l’étage choisir un nouveau costume dans un dressing situé presque à l’autre bout de la maison.
Seule , j’ai entendu le passage de quelques invités qui empruntaient les toilettes toutes proches. Puis un homme est apparu dans la salle de bains, intrigué par la lumière. D’abord surpris quand il m’a vue, son expression a changé complètement ensuite. Il a hésité puis s’est approché lentement de moi avec une lueur dans les yeux que je connaissais bien. J’ai compris qu’il me voulait, qu’il allait m’entraîner ailleurs. Il a souri, m’a embrassée doucement avant de s’emparer de moi... Je changeais déjà de main, moi, cette “pierre”, ou plus exactement ce diamant du Bostwana “taille princesse” de 1,2 carats, couleur G, pureté VVS2, serti sur monture or gris 18 K et chaîne de cou assortie, d’une valeur de plusieurs milliers de dollars !
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