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Un brin de magie.

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Elsah

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18:00. La brise claque sur nos visages pâles. Les rues sont inondées de flaques, dans mon Paris sale. Paris et ses pigeons, Paris et ses touristes. Mon Paris si mélancolique. Et moi je suis là, les cheveux au vent, le regard éteint, à marcher sans trop savoir vers où aller, vers qui me tourner pour parler, juste marcher vers le RER, pour boucler la boucle du jour. Reprendre le train que l’on a pris le matin même lorsqu’il était bondé, le même wagon bruyant et puant. Le trajet, je le connais par cœur, de la campagne à Paname, dans le brouillard hivernal quand les regards se croisent indifférents, que les paupières se ferment fatiguées d’une journée épuisante. Une journée épuisante comme celle-ci, banale et maussade, une journée vraiment fade.
19:00. Je rentre dans le wagon, m’assois près d’une fenêtre, du Linkin Park dans la tête, j’oublie tout, malgré l’odeur et le bruit. Deux arrêts plus tard un jeune homme rentre et s’assoit dans la même rangée que moi près de l’autre vitre, il sort de sa poche ses écouteurs et les met. Je lui ai souri, même si dans cette société ce geste est rare envers un inconnu ; j’ai fini par détourner le regard après avoir observé son style vestimentaire, un jean noir, un sweat-shirt avec un groupe de rock inscrit dessus et une paire de Doc Marteens comme celle que je porte. J’aime sa façon de se vêtir. Le paysage défile, les minutes aussi, il est 19:18.
Le garçon me fixe et cela me déroute, je le vois à travers le reflet de la vitre, il m’observe à son tour. Je me tourne brutalement vers lui, il persiste à me regarder, je fais de même, son regard veut me montrer son indifférence c’est peut-être sa défense. Je fronce un sourcil tout en le fixant, il sourit, une émotion apparente, je suis contente. Le petit jeu prend fin au moment où il sort de son sac plusieurs petites poupées sans visage. L’air intrigué, je l’observe. A l’autre bout du wagon de couleur bleutée, un groupe de jeunes, plusieurs sont de couleur, l’un est chinois tandis qu’un autre est un parisien chic. Plusieurs personnes âgées dont une grand-mère avec un petit caniche ainsi que plusieurs adultes quelconques sont également présents dans le wagon. Le garçon choisit une poupée, il sort une autre petite boite , il en sort des habits de la taille des jouets. Celui-ci observe le wagon, fixe une personne en particulier, une grand-mère, puis habille une poupée comme cette femme. Je suis toujours aussi intriguée, il tourne son regard vers moi et me sourit avec malice. Je décide de ne plus le regarder pour le moment. Quelques minutes plus tard, il m’interpelle : « hep ! Admire Ben le magicien. » J’observe attentivement ses gestes. Tout d’un coup la grand-mère se lève et commence à se contorsionner dans tous les sens, cela est captivant mais effrayant. Celle-ci se met à avoir le regard d’Echidna et à marcher à l’envers comme une gymnaste. J’ai peur. Je le regarde effrayée, il voit ma peur. Ben arrête ses gestes, la personne âgée s’arrête. Puis quelques secondes après, elle se met à danser de manière plutôt drôle, je souris, le regarde et soupire. Je suis la seule dans le train à réagir : « Suis-je folle? » lui dis-je , il me répond que non, qu’il m’a choisie moi pour être celle qui voit son don. Il s’amuse et me montre ses talents pendants plusieurs minutes. Puis il me tend ses boîtes où sont rangées ses poupées. Je les accepte. J’en prends une et lui fait faire des mouvements, le jeune asiatique se met à danser à la manière de Michael Jackson, c’est drôle, j’y prends goût.
Ben se lève, force les portes de sécurité, les cheveux au vent, il me regarde avec un sourire et un regard plein de malice et en un bond, il saute du train qui est lancé à pleine vitesse. Je le regarde partir, hypnotisée. Il n’y a que ses poupées dans mes mains, un air glacial me hante pendant quelques secondes. Sur la vitre, quelques jets de sang s’étalent. Ben a laissé un brin de sa magie à une inconnue et s’en est allé.

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Prinon · il y a
Une nouvelle très agréable
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