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Un banc, la lumière, nos ébats

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Maxime Aldous

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Une lumière, bien connue dans sud de la France, enveloppait les collines aixoises. Elle éclairait Elle. Ses petits seins rebondissaient doucement, ses fesses se dandinaient dans la plénitude de ses reins. C’était l’été, nous étions deux. La soirée était la nôtre. Après avoir fait l’amour sur le banc du salon de jardin, où s’étaient assis ses parents dans l’après midi, nous nous étions jetés, nus, dans la piscine. L’eau, qui avait déjà tiédi, n’avait pourtant pu refroidir nos feux. Ceux de la passion. On aurait pu s’imaginer Rome, Venise ou Florence. On aurait pu rêver des dunes sablées thaïlandaises, des paysages de la Californie — celle qui était encore sauvage — ou des eux turquoises balinaises. On aurait pu. A ce moment précis cependant rien ne troublait nos eaux. Leur profondeur avait été découverte, un bref instant.

La proximité avec laquelle nous nous étions fait l’amour n’avait pu prendre l’ampleur d’un temps infini. C’était pourtant bien l’éternité que nous avions touchée. Un moment d’or, de diamant, éclaboussé d’eau chlorée qui abîmait les yeux — qu’importe ! nous étions déjà aveugles. La possibilité pour nous de retrouver ce temps est aujourd’hui nulle, mais il reste en nous cet éclair. Tu étais apparue nouvelle, inchangée, et pourtant bien différente. Unique, plutôt. Tu me disais que tu te trouvais dans ce brouillard léger qui nous identifiait par la fusion.

Mes yeux t’adoraient, mes mains te voulaient encore, mon corps entier balbutiait à l’idée de te redonner un de ces instants : comment égaler cette touche passionnée, douceur à laquelle on n’ose pas faire l’affront d’une comparaison qui ne pourra être que fade ? Comment décrire cette hétérotopie — ton corps — dans lequel j’aurais voulu m’oublier en-corps ?

« Ce soir nous touchons un peu d’éternité », oui. Et si cela sonne vrai, c’est que nous sommes au bon endroit. La « place pour être » n’est pas une place dans laquelle il faut être pour connaître succès, richesse ou luxure. C’est une place qui laisse l’espace pour être. C’est un endroit dans lequel chacun trouve son bonheur, d’une façon ou d’une autre, un bonheur intérieur surgissant de ses propres entrailles, et par le partage envoutant d’un sourire, d’une interaction avec sa peau, comme un rêve agitateur, intégré et projeté, qui transporte l’union vers un ciel plus beau : bref c’est une chaleur.

En toi tout est possible. La déviance s’intègre et les normes s’évanouissent. Seuls nos modes d’être subsistent, ceux que l’ont tait et qu’on ressort en cas de solitude — solitude désormais partagée. Les restes d’auto-censure égotique qui n’ont pas été anéantis par la fatigue se sont évaporés magiquement. Hétérotopie d’un être. C’est donc bien l’été, et nous le créons : nos possibles s’affirment dans la chaleur des douces heures du soir et la les reflets sublimant. La régularité n’est assurée que par lerythme coïtal, et encore. Tout le reste n’est que spontanéité, émotion pure, sensation libre. Et libérée, puisque le contrôle a lui aussi déserté l’air et le sol, n’y laissant que l’odeur lila de ton parfum, Guerlain je crois.

Nous sommes pourtant en terrain connu, croit-on ; mais chaque rencontre corporelle retentit comme la Terre inconnue de la découverte, église seule dans la steppe que l’on redécouvre par hasard, ayant suivi une intuition, Temple dans lequel le pape sourit aux arrivants : « priez, mes amants — nos Dieux en ont assez de vous voir à terre pour eux, ils ont déjà ce qu’il leur faut ». Alors nous restons debout, allongés, ou entre-les deux, éclairés par cette lumière amoureuse, et nous baisons-fêtons tantôt l’amour, tantôt le destin fabuleux qui nous a conduit en cet endroit pour être. L’éternité que nous touchons n’est pas la continuité infinie du temps, mais l’arrêt de celui-ci : en cet instant nous ne le sentons plus, la fatigue même a déposé ses armes aux pieds des tiens, sur les dalles marbrées, celles-là mêmes qui enfantent notre liberté et nous transmettent les feux brûlants que les Olympiens nous prêtent pour ce soir...

Alors enfin je réalise cette naissance et la remercie. Est-ce la lumière qui sublime ton apparition ? Est-ce plutôt la joie tranquille qui suit chaque ébat qu’on aime ? Est-ce simplement la forme de passion liante qui nous fait ? Je suis dans l’eau, tu en ressors ; tu mets ta serviette sur tes épaules et caches ainsi, dans ce jeu incitatif, une partie de toi. Ton sourire, pourtant, ne cache rien. La prise de conscience commence : dans cet amour instantané et pourtant si long, nous nous sommes trouvés à un autre endroit, dans un ailleurs qui était pourtant le bon. Réalisation jouissante et engagée : je te vois, tu me vois, et peut être que cela nous suffit. L’amour est une apparition bien particulière. Car le propre d’une apparition est de se réaliser elle-même en un temps court, l’oubli la suivant vite. On la conscientise — on ne remarque plus ce qui est déjà apparu. Ce soir là, tu es apparue à jamais.

PRIX

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Keith Simmonds · il y a
De belles images pour l'originalité de cette œuvre, Maxime !
Mes voix ! Une invitation à découvrir “Le Vortex” qui est aussi
en compétition pour la Matinale en Cavale. Merci d’avance
et bonne journée! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1

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Cristo · il y a
Une belle Ode à l'amour et une écriture raffinée mes 3 voix
Mon cours poème " amour à mort" va dans le même sens

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JARON · il y a
Bonsoir Maxime, un très joli poème empreint d'un amour puissant, on plonge dans la piscine et on tourbillonne dans un océan de bonheur amoureux. Je vous offre mes 4 voix sans hésiter. Si vous avez 2 petites minutes pour mon texte "émergence" et me donner votre sentiment. En attendant bonne soirée. Jacques.
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Francky EA · il y a
Toutes mes voix pour cette belle pièce littéraire.
Je vous invite à me lire par ailleurs.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/heroine-3
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sens-interdits-1

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Clémence Gnintedem · il y a
Mon soutien Maxime +3
Mon invitation à découvrir mon texte
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/amour-ou-raison

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Ginette Vijaya · il y a
Beau texte très original .!
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Keita L'optimiste · il y a
Je vous donne mes trois voix,votez pour moi aussi sur ce lien https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/apparait-maintenant
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Dimaria Gbénou · il y a
Bien bien bien. C'est bien construit.Mes voix. Je vous invite à lire mes textes dont un est en finale
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sous-le-regard-du-diable
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/malchance

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Dominique Coste · il y a
Joli texte, très bien écrit !! Merci à vous !!
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