Un autre univers

il y a
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Je suis une grande lectrice depuis l'adolescence grâce au réalisme de l'oeuvre d'Émile Zola. Passionnée par les romans historiques et notamment la Renaissance italienne je m'adonne volontiers  [+]

Il est impressionnant. Aucun des murs de ma modeste maison ne pourrait l’accueillir. Et son cadre massif, accumulation de sculptures de feuillages dorés à l’or fin, ajoute une dimension précieuse à ce gigantisme. Je ne connais pas l’artiste qui a eu le talent de peindre ce tableau, un portrait fascinant de réalisme. D’ailleurs, mes connaissances en matière d’histoire de l’Art de cette période frôlant le zéro absolu, son nom ne m’aurait certainement rien évoqué. Et le reste de la boutique est somptueux. D’autres peintures, aux dimensions plus conventionnelles, ornent les murs. Un imposant lustre cylindrique en verre descend majestueusement au centre de la salle. Dans un angle, trône un magnifique paravent en bois, dont la structure sert de support à une étoffe de soie aux riches motifs floraux. On peut également admirer deux vitrines, qui renferment des objets en porcelaine aux décors raffinés, dont la destination de certains m’échappe.
Cette boutique est un véritable musée. Je passe devant depuis des mois, je jette un œil admiratif à la vitrine, je la trouve belle et bien agencée. Elle attire mon regard comme un aimant, mais je n’avais jamais osé franchir le pas de la porte, pourtant toujours ouverte. Peut-être à cause de son contenu, dorures et meubles précieux, qui est loin de correspondre à mon idéal de décoration. Ou bien juste parce que me manquait le courage de pénétrer un univers qui n’est pas le mien.

Pourtant, qui ne s’est pas un jour laissé à rêver en déambulant dans les pièces d’un château ou d’un hôtel particulier. Dormir dans le lit à baldaquin d’un roi en imaginant avoir les pleins pouvoirs, jouer aux dames sur une petite table style Louis XV en marqueterie, déguster de délicieux mets dans une vaisselle en porcelaine Louis Philippe. Juste une fois, une seule fois. Je mentirais, si je disais que ce faste n’est pas tentant. Je mentirais aussi, si je disais que ces richesses ne sont pas indécentes.

Mon truc à moi, c’est plutôt les vieilles fermes et les granges, dans lesquelles on déniche d’anciens outils dont on ne sait plus se servir, des moyens de locomotion d’un autres temps, des bibelots qui parent aujourd’hui nos cheminées. Des objets chargés des souvenirs, heureux ou dramatiques, d’un ancêtre que l’on n’a parfois même pas connu. Des objets qui ont voyagé, qui se sont échangés, vendus, offerts, avec la seule réelle valeur d’avoir accompagné un quotidien souvent difficile. Mais ceux que j’afectionne particulièrement, ce sont les vieux meubles en bois, bruts, massifs, sans fioritures. Ceux qui ont reçu les coups, qui ont renfermé les possessions de toute une vie de labeur, qui ont été témoin de tant d’évènements inavouables et qui gardent à jamais en eux de lourds secrets de famille. Chêne, hêtre, merisier, pin ou essences de contrées lointaines. Tous me fascinent. J’aime le contact de ce matériau noble qui vit encore, même séparé de ses racines. Je le nettoie, le nourrit, le protège, le respecte. Je fais le nécessaire pour qu’il traverse le temps, qu’il conserve son histoire, qu’il garde cet éclat qui fait toute son authenticité. C’est mon esthétisme à moi et mes proches ne cessent de me dire qu’il me ressemble par sa simplicité.
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Jeanne en B · il y a
Chacun son univers :-) j'avoue ne pas apprécier non plus le faste des dorures. Un texte qui donne envie d'aller se promener dans une ferme pour "fouiner" :-)
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Didier Poussin · il y a
Souvenir des anciens