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un amour propre mal placé

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Melnuit

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J’ai quitté Maud le jour où j’ai (enfin) compris qu’elle ne savait conjuguer que la première personne au singulier de l’auxiliaire ÊTRE, que cela fut au présent comme au futur.

Elle était très jolie, pas bête et j’aimais tenir sa main. Parfois, je surprenais avec fierté le mouvement des yeux des quidams – mes concitoyens – en direction de ses seins, de ses hanches et de ses fesses. Durant les tournois d’échecs parisiens des différents week ends de l’automne 1989, Maud était non seulement l’une des rares femmes parmi une moyenne de 200 bonhommes, mais aussi incontestablement la plus belle.

Maud me flattait. On me regardait avec envie lorsque je venais me coller à elle entre deux parties, tout en lui glissant deux ou trois blagues pourries dont elle se faisait un devoir de rire avec force. Après tout, pour une raison que j’ignorais alors, Maud semblait tenir à notre liaison. Il me fallut bien des années avant de comprendre que j’avais été moi même un trophée que l’on pouvait exposer dans les soirées ou au Club d’échecs que nous étions tous deux salariés.

Dés lors, il n’était pas vraiment nécessaire que les gens puissent savoir que, nue et offerte, Maud s’avérait être la plus désirable des femmes mais la plus médiocre et la plus coincée des maîtresses. Après tout, je ne couchais pas avec elle pour ses modestes performances mais bien davantage pour restaurer mon estime de moi.

A ce jeu, je perdis le contrôle des évènements à partir de mois de Novembre. Je m’étais peu à peu attaché à ma nouvelle image de moi et à ses retombées sur le regard des autres. C’est ainsi que nombre de filles évoluant dans le cercle restreint du jeu d’échecs parisien me regardaient différemment. Je reçus en ce temps là des propositions que je me fis un devoir de refuser. Par conséquent, assez stupidement j’en conviens, j’en vins à attendre nos moments de retrouvailles presque quotidiens. Je découvris le manque, la colère, l’attente. Pire que tout, je le fis avec une cruche égoïste.
La toute dernière semaine de notre liaison, je me mis à souffrir. Deux parties distinctes de mon cerveau évoluaient à chaque instant dans le pire des dilemmes : « il faut jeter cette petite gourde » disait la première moitié de moi même. « Il faut d’abord vider cette gourde jusqu’à la dernière goutte » disait la seconde partie -plus primitive- de mon esprit de petit mâle.

Au moment où je la quittais, un dimanche soir dans le quartier de la Salpétrière, je lui dis, un peu en colère après elle et moi même : « J’espère que tu rencontreras un jour quelqu’un qui te fera mal...Autant que tu m’as fait souffrir ».

Dix huit mois plus tard, elle se fit un devoir de m’écrire pour me dire que c’était chose faîte.

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