Un amour en peinture

il y a
3 min
42
lectures
7
Qualifié
« Si ma vie devait se résumer à quelque chose ? Eh bien, je ne sais pas. Je dirais, peut-être, la peinture. Cet art est toute ma vie. Je peints depuis l'âge de six ans, et j'ai déjà gagné beaucoup de concours. Pas de grand concours, certes, ils se passaient tous dans ma région, mais au moins, ça avait le pouvoir de me rendre heureuse.
Certain ont besoin de drogue, ou d'alcool pour ressentir cela. Moi j'ai seulement besoin de mes pinceaux et de ma lame bien aiguisée. J'essaie d'arrêter, pour la lame. C'est l'hôpital qui m'a fait réfléchir. Je n'avais aucune limite, et je ne pensais pas à mal en faisant cela, je voulais juste me sentir bien, et donc peindre plus librement, avec plus de créativité.
Mais un jour, pendant un concours assez important, un autre participant a aperçus les marques sur mon poignet. Il n'en a rien dit et a continué de peindre. Quand les jurés l'ont disqualifié pour mauvaise compréhension des consignes (ils estimaient que son œuvre était trop choquante pour être montré), et qu'ils m'ont nommé la grande gagnante avec une note de dix-huit et demie sur vingt, il est venu me voir, m'a emmené à l'écart des autres participants, et m'as juste demandé : « Pourquoi ? »
Je l'ai observé pendant presque cinq minutes avant de lui répondre. Il ne m'a pas brusqué, il m'a juste laissé le regarder. Il avait de jolies boules noires qui lui tombaient sur le front, ses yeux très clair (d'un gris pâle) contrastait avec sa veste noire qu'il avait fermé et dont il avait délicatement rabattu la capuche sur le haut de son crâne. Il avait aussi un petit nez qui se redressait vers le ciel nuageux de ce soir-là, ainsi que de fine lèvres rosé par le froid. Ses ongles étaient rongés jusqu'au sang, peut-être à cause du stress.
Il attendait que je réponde, mais je ne savais pas quoi dire exactement. Dans un geste que je ne compris qu'après coup, il me prit la main gauche, tourna ma paume vers lui et souleva doucement (en fait s'était avec une lenteur que personne ne pourrait supporter) la manche de mon pull noir et blanc, et fit apparaître les petites balafres qui zébraient mon avant-bras. L'expression sur son visage n'avait pas changé. Et je ne parlais toujours pas. Il passa précautionneusement son pouce sur mes cicatrices, puis, leva brusquement la tête et me demanda une nouvelle fois :
« Pourquoi ? », mais cette fois, il enchaîna « grâce à toi, mon œuvre était parfait ! La plus belle que je n'ai jamais faites ! Et puis, pourquoi tu te fais cela, ça n'a aucun sens. »
Je répondis avec un faible sourire : « C'est juste une aide . Je me sens bien, et l'inspiration me vient quand je le fait ».
Il baissa ma manche, mais continua de tenir ma main. Il y avait chez lui quelque chose que je n'arrivais pas cerné, peut-être un du malheur. L'envie de l'aider me prit par les tripes, je voulais à tout prix rester avec lui. Je voulais le câliner jusqu'à plus d'heure, passer le reste de la journée avec lui, etc. Certain diront que c'est de l'amour. Pour dire vrai, je n'en sais rien. Peut-être.
On a continué de se voir. Au début s'était une fois par semaine, puis deux, puis quatre, et finalement on a fini par se voir tous les jours. On ne se l'ai jamais dit, ni même montré, mais il y avait une sorte d'attirance entre nous. On ne pouvait pas se passer de l'autre. Alors quand, un beau jour d'avril, peu après mon anniversaire, je ne suis pas venue à notre rendez-vous quotidien, et que, par la suite, il a appris que j'étais à l'hôpital, il a dû s'en vouloir de ne pas avoir était la pour moi. Il me répétait « je suis désolé, j'aurais dû être avec toi, j'aurais dû t'en empêcher, je suis désolé ! ». Me paroles n'étaient que du vide pour lui. Quand il eut enfin fini sa sérénade, je lui glissai à l'oreille, ma main dans la sienne : « Le bonheur fait mal parfois ». J'ai été trop gourmande ce jour-là, et je m'en excuse. Après m'avoir regardé, les yeux humides, il entoura mon visage pâle de ses mains et déposa un léger baiser sur mes lèvres. Après des mois, il osait aujourd'hui.
Quelques semaines après mon retour à la maison, il me dit de but en blanc : « Notre rencontre, ce n'était pas une coïncidence. Tous ce qu'il s'est passé depuis qu'on s'est parlé pour la première fois, et tous ce qui ce passera bientôt, tous cela est écrit ! Ce ne peux pas être une coïncidence. » Il jouait avec mes mèches rebelles qu'il adorait. « Ou alors, notre rencontre était une coïncidence inévitable. », répliquais-je. Il sourit de toutes ses dents et m'embrassa le front.
Je vous raconte cela parce que je trouve notre relation magnifique. Non parce que c'est moi, mais parce que je l'ai ressentis. Je lui ai donné tout l'amour que je pouvais avoir. Maintenant, je me rends compte que c'était de l'amour.
Un an, jour pour jour, après mon entrée à l'hôpital, on m'annonce qu'il s'est tranché les veines dans sa baignoire, et que personne n'était arrivé à temps pour le sauver. Il avait laissé un mot qui disait « Le bonheur fait mal parfois. ». Je n'ai pas pleuré. Non pas parce que je n'étais pas triste, bien au contraire, j'étais effondré. Mais pour lui rendre hommage, je lui ai promis de ne jamais pleurer. Et au lieu de pleurer, je me suis enfermé dans ma chambre, et j'ai peins. Des jours, des semaines durant, j'ai peins pour lui, j'ai essayé de nouvelles techniques, et j'ai finalement abouti sur la technique de peinture que vous connaissez aujourd'hui. Cette fameuse technique qui m'a fait gagner le plus célèbre concours d'art des États-Unis.
Je ne pense pas pourvoir en dire plus aujourd'hui, alors si vous vouliez bien m'excuser, je vais m'en aller. »

Interview de Klara Freints, célèbre artiste peintre, pour le journal Un art, une histoire, N°24 Janvier-février 2000
7

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,