Un amour de bête

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Mes gouts ? Les contes légendes, la SF et le Fantastique, l’Histoire de France jusqu’en 1815 avec une préférence pour l’époque médiévale, la Terre libre, naturelle et farouche. Et puis  [+]

Je ne sais pas si c'est à cause de la chaleur ou de l'air de la nature, mais dès notre arrivée à la campagne, ma mère biologique a ressenti le besoin très naturel d'avoir un compagnon près d'elle. Ma foi, moi, je ne pouvais guère satisfaire ses envies. Et pas seulement parce que je suis son fils... En tout cas, elle a su donner de la voix et avec ses appels déchirants, un monsieur a vite accouru. Oh, moi, je ne l'ai pas trouvé très élégant ; en tout cas, certainement moins bien que moi puisque noir comme elle.
Quoiqu'il en soit, nous étions beaux, tous les trois, à gambader et à se faire des mamours dans la prairie. Tant que ma mère était amoureuse, elle me laissait tranquille, elle ne me rejetait pas et je pouvais vagabonder librement jour et nuit - surtout la nuit - sans recevoir une raclée de sa part. Les parents, eux, nous regardaient, à la fois émus et amusés.
Et puis, comme pour tout, cela finit. Sans doute avait-elle reçu ce qu'elle attendait et son compagnon se retira, nous laissant seuls sur le terrain.

Mais sans doute était-ce l'année de l'amour. Les états d'âme de ma mère biologique à peine éteints, son amant de la Saint-Jean à peine parti, Éros à nouveau vint nous rendre visite. Cette fois, ce fut moi qui fus atteint de ses traits.

Je ne pensais à rien, qu'à me protéger de ma mère qui avait retrouvé son agressivité et, caché de tout le jour, je ne sortais que la nuit pour chercher pitance en la demeure. Je n'avais guère faim. Les insectes à ma portée me suffisaient amplement. C'était surtout pour dire à maman et à papa qu'ils n'avaient pas de mouron à se faire à mon sujet, je n'étais pas perdu, je pensais toujours à eux. Alors j'arrivais sur les coups de minuit, mâchonnais un grain, lapais une goutte de lait et repartais aussitôt en vadrouille. Or soudain...

Une fille, les amis...! Toute jeunette. Oh, une robe vulgaire, toute noire, mais sous le cou, elle portait une petite tache plus claire.
Moi, bien sûr, je me sens tout émoustillé. Surtout après le cinéma entre ma mère et son copain, les jours précédents, qui m'avait laissé sur ma faim. Et puis, je sais bien qu'avec mon manteau rayé par-dessus ma belle robe blanche, je fais de l'effet. Si, si. Bon, d'accord, il parait que je ne suis pas unique. Bon, d'accord, ma robe blanche, à la campagne, devient vite légèrement écrue. Mais... Mais je n'en reste pas moins beau gosse !
Elle arriva dans notre jardin sans crier gare. Enfin, quand je dis sans crier, il faut le prendre au sens figuré. Parce que ses cris...! Pire que ceux de ma mère la semaine précédente !
Et que je pleure, et que je me lamente et que je me roule et que je t'attends et que je me fais espérer... Mamours par ci, griffes par là... faut bien faire semblant de résister... on n'est pas une dévergondée ! Bref, le grand jeu, quoi !
Ah les amis, quel régal à se poursuivre ainsi, jour et nuit. Que de galipettes dans l'herbe, à califourchon sur une midinette qui ne demande pas mieux. Et qui en redemande sans arrêt. Une insatiable. Une boulimique. C'est vrai aussi que je ne peux guère la satisfaire.

On n'a pas eu beaucoup de temps pour taper la discute. Je ne sais pas d'où elle vient. En tout cas, elle reste là, dans ma remise, dans mes bois, dans mes tuyaux. Je crois que maman et papa n'apprécient pas beaucoup sa présence. D'ailleurs, elle doit ressentir leur hostilité parce que chaque fois que l'un d'eux fait mine de s'approcher, elle préfère se sauver.
Mais on ne vit pas seulement d'air pur et d'eau fraîche. À la longue, la faim se fait sentir. C'est comme ça qu'après avoir accompagné mon amie durant quelques jours dans ses amours brisés, j'ai voulu revenir à la maison pour casser la croûte. Que vouliez-vous que je fisse ? Je ne pouvais que l’inviter. Sur le seuil, elle ne savait trop que faire : entrer ou pas entrer ? Maman était là et cela l'inquiétait. Ma mère biologique aussi était là. Moi, je n'en menais pas large, mais j'ai crâné devant elle et fièrement je suis entré pour manger. Maman n'a rien dit, même pas bougé. Ma mère non plus. Alors mon amie est venue se restaurer aussi et puis nous sommes repartis tous deux comme nous étions venus ! Avec quel soulagement !
Et nous avons repris nos petits jeux. Elle me cherche, je la cherche, elle s'en va, je la quitte, et nous nous retrouvons avec effusion. Mais, c'est vrai que je commence à fatiguer, à l'avoir toujours sur le dos. Ces cris finissent par m’énerver, je n'arrive plus à dormir.

Elle est complètement idiote, la nana. Tout le temps à me courir après. Ça en devient absolument éreintant. Complètement tarée, que je vous dis. C'est bien ma veine ! Il faut que ça tombe sur moi une histoire pareille ! Elle n'a pas encore compris que je ne peux pas ? Que je n’ai que la façade d’un homme ? Enfin... d’un matou, veux-je dire.
Je vais essayer de trouver une cache où personne ne peut me trouver. Mais cette fois, je sais que c'est fini entre nous. Je ne l'aime plus. C'est ça le coup de foudre ? Un feu de paille !

Pour moi c'était fini. Mais pas pour elle ! Savez-vous ce qu'elle a fait, cette gueuse ! Ah, quand j'y repense, j'en ai le poil tout retourné!
Elle était toujours sur notre territoire, surtout le mien, celui du bosquet et de la remise, à pousser ses cris lamentables. Sans vergogne, elle s'offrait au premier venu. Au premier venu, oui ! Car, qui, soudain, vîmes-nous se pointer de son pas de séducteur ? L'autre ! L'ex de ma mère la semaine précédente ! Et ils ont fait "ça" ! Chez nous !
Non, mais...! Quand je disais qu'elle était d'un sans-gêne! Faire "ça" chez nous et devant nous ! Ça me dégoûte ! Je me demande comment j'ai pu m'éprendre d'une fille pareille !

Mais enfin, cette fois, je crois que c'est bien fini. Je ne la vois plus chez moi, chez nous. Elle a dû rentrer chez elle.

(d’après les confidences de Minou)
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Jeanne en B · il y a
Un texte qui a du chat :-)
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Atoutva · il y a
N'est-ce pas ! Elles en ont des choses, à nous dire, nos petites bêtes! Merci d'être venue sur ma page.
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Lange Rostre · il y a
Jolie histoire de chattes.....et de minous......:-)
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Atoutva · il y a
Nos petites bêtes ont tout de même du caractère !
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Truocel · il y a
Je viens de voter
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Atoutva · il y a
Merci !
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Fleur A. · il y a
Très drole.
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Atoutva · il y a
Oui, j'ai pensé qu'on pouvait un peu s'amuser parfois ! Merci d'avoir apprécié !
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Truocel · il y a
C'est un texte plein d'humour agréable à lire. Ne peut-il pas y avoir un parallèle avec les humains ?
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Atoutva · il y a
Un parallèle avec... ma foi, je n'y ai pas pensé, ayant raconté simplement ce que j'ai vu ! Et ce que j'ai vu était bien drôle !
(là, j'vois pas ton vote...)

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Paul Thery · il y a
J'ai bien aimé, mais mon chat Gustave (21 ans dans 1 mois) n'a pas compris de quoi il était question et réclame à manger
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Atoutva · il y a
Normal, il vieillit, il a ses priorités !
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Duje · il y a
Moi qui aime tant les chats et leurs manies , j'avais vite compris le fond de l'histoire .
J'ai eu des chattes ( elles ont vécu durant 15 ans ) Je les regrette . Ce n'était pas des chipies comme ceux ou celles de votre coquine histoire si bien écrite .

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Atoutva · il y a
Mais c'est une histoire vraie ! C'est vraiment arrivé à Minou, fils de Oui-Oui !
J'adore aussi ces petits félins.En 43 ans j'ai eu 7 chats ou chattes, bien souvent 2 à la fois, la plus vieille a vécu 16 ans. Depuis 3 ans il n'y a plus que la septième toute seule, la petite dernière de la famille, bientôt 10 ans, Scotchy.

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Duje · il y a
J'ai tellement eu de la peine quand elles sont mortes ( j'en avais 2 en même temps ) je n'ai plus le courage d'en avoir d'autres .
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Viviane Fournier · il y a
Jolies confiences .. félinement racontées ...j'ai trop aimé !
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Atoutva · il y a
Alors, c'est l'essentiel ! Les chats n'ont pas leur pareil pour minauder. Il ne reste qu'à les surprendre.
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Ginette Flora Amouma · il y a
La surprise finale est une sacrée surprise !
Voici des confidences peu ordinaires et qui sont pleines de drôlerie !

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Atoutva · il y a
Et oui, il suffit de les écouter. Mes chats m'ont toujours raconté de ces choses... Pas le temps de s'ennuyer avec eux !
(texte refusé )

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Philippe Barbier · il y a
excellent
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Atoutva · il y a
Merci pour l'appréciation !

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